| Carnet de bord de Février 2026 | Partager sur Facebook |
A 6h moins le quart, vavavoum. J'ai une grosse journée, faut aller au mastic. Lure Vesoul Langres, juste avant 8h je suis garé à Villegusien. Je m'étais annoncé hier soir, un joli texto bien aimable, réponse on ne peut plus sèche : oui. Punaise mon gars ignore les formules de politesse. Pas grave.
Surprise ce matin, c'est pas un gars c'est une mémé ! Je lui livre une porte de garage, je lui fais remarquer que son portail n'est pas normalisé, je ne sais pas si je vais pouvoir passer. « Oui ben je ne vais pas élargir les portes. » « Posez le colis dans le garage, je suis trop petite pour ouvrir le loquet du haut, et vous refermerez derrière vous. » Ouh mais elle commence à me saouler Tatie Danièle. Soit je suis bien brave, soit je suis bien con, mais je lui range sa porte sectionnelle. Une signature et je me sauve.
Changement de décor en Meuse, le client a répondu à mon message hier soir, il m'attend. C'est quand même mieux les gens sympas. Ici c'est un peu plus long, des portes Hörmann, pas du premier prix. Encore une signature et zou !
La suite est à Verdun, j'appelle le client, ils ferment de midi à 14h. Merde, ça m'arrange pas. Je m'arrête au pain à Commercy, et je mange juste avant Verdun.
A 13h15 je suis aux pompes funèbres, le magasin est fermé mais un gars se pointe à ce moment. J'ai pour eux 4 palettes de pierres tombales, ça m'a l'air de venir de Chine, c'est palettisé à la one again. J'avais sanglé sérieusement, rien n'a bougé, j'étais pas tranquille avec cette merde. Je me hâte lentement pour vider, j'y vais mollo pour monter le trottoir, les gars qui font ça au tire-pal hayon ne doivent pas rigoler. Quand les pierres sont dans la cour, je suis bien soulagé.
Je traverse la Lorraine jusqu'à la limite des Vosges pour livrer encore une porte de garage. Le client m'avait bien expliqué au téléphone, le quartier est en cul de sac, je trouve à me retourner, pas facile mais ça va. Gars pas chiant, je pose ça le long du tas de bois.
Purée j'ai encore un store à livrer vers Metz, ça va être chaud bouillant avec les heures, j'ai pas traîné, roulé à fond à fond, mais voilà, ça va faire juste. A hauteur de Metz je rappelle le client, je lui propose de venir demain matin de bonne heure mais il refuse, il n'y aura personne, il a pris sa journée exprès. Bon, tant pis pour moi. A 18h45 je suis à Guénange, quartier pas facile, il fait nuit, j'arrive à me retourner sans rien casser. Le store en échange d'un chèque et je me sauve.
Je redescends au centre routier de Metz, à 19h30 c'est complet, je me gare dans la rue. Je tire un ticket et j'explique pourquoi j'ai largement écrabouillé les 10h. Plus qu'à serrer les fesses pendant 2 mois.
J'ai une grosse 11h, qui ne compte pas mais en cas de contrôle ça fera joli dans le tableau, prouver que je ne suis pas un gangster, décollage à 7h. J'oubliais, 8€80 le café pain-beurre douche, ça commence à peser.
Avant d'arriver à Stiring Wendel je rappelle le client comme il m'a demandé, il m'envoie son frère pour réceptionner la porte de garage. Je la pousse dans le garage, un petit quart d'heure et c'est refermé. J'enquille l'autoroute direction Strass, il y a fort longtemps je m'étais fait emmancher par un gros gendarme parce qu'à vide j'ai déboîté de la voie lente pour doubler un grumier. Il n'y avait pas un chat, juste au loin la bagnole des keufs. J'étais déjà un affreux délinquant.
Sur les coups de 10h je suis à St Quirin chez un gars en CFA, il roulait chez Faure et Machet, puis les chauffeurs ont été repris chez Ku...ly. Je lui demande si c'est une bonne maison, la grimace qu'il fait vaut réponse. Encore une porte de garage, l'existante mérite un changement oui.
Les clients suivants m'inquiètent, pas de réponses ni aux textos, ni aux appels, les gens sont chiants, c'est pénible d'y aller à l'aveugle. Je m'étais annoncé pour midi à Reichshoffen, j'y suis à 11h30. Je me gare sur un parking à côté d'un garage Renault, c'est grand nickel. Le client m'a vu depuis sa fenêtre. Je dépose un carport de 6m, heureusement que c'est grand. Le client est sous son parapluie, moi sous la flotte, normal.
Je prends le temps de manger un bout vite fait. Le client suivant est un artisan, je l'appelle, il m'explique le truc. Le temps d'arriver un gars m'attend avec un télesco, un coup de fourches et la pergola est rangée.
Le suivant m'a enfin répondu, il m'attend, purée j'aurai passer la journée à appeler et textoter. La maison est en haut d'une impasse. Problème c'est extrêmement étroit. Je compte 3m entre deux maisons, en chicane. Je pensais laisser le camion mais le carport fait 6m, il ne passera jamais. Pas le choix j'y vais en marche arrière. Je slalome entre les maisons et les bagnoles mal garées, un type me voit faire il vient me guider, ou du moins hurler quand je suis près de toucher. A un moment je me dis merde, j'abandonne, on reviendra avec un chariot latéral. Fais chier, j'insiste, j'y arrive...sans accrocher surtout. Le client me dit qu'ils ont le problème avec le camion-poubelles, selon qui est le chauffeur il refuse de passer. Le gars est apiculteur, il me donne un gros pot de miel, j'ai bien fait de me faire chier.
Encore une porte de garage à Kircheim, encore une impasse, mais je trouve à me garer dans le pays devant un taudis. Je pensais la maison abandonnée mais non il y a un vieux, sympa par ailleurs, je lui dis que je n'en ai pas pour longtemps. Douzième et dernière livraison de la tournée, à Héricourt. C'est juste un panneau de porte sectionnelle, ça doit faire 4 ou 5 kilos pas plus. Après les livraisons en chariot, la livraison à pied ! Je demande à la cliente pourquoi elle n'a pas répondu à mon texto : « ben c'était pas une question ». C'est pas faut mais juste un ok, même sans formule de politesse, ça rassure.
A 18h30 je suis à Audincourt, 8h15 de volant quand même, j'ai ma dose.
Démarrage à 6h30, grosse journée faut que je m'affole. Je monte à vide à Xertigny, la route est bien grasse, je ne fais pas le Fangio. Il me faut passer par Plombières, ça patine dans la côte. Je suis chez le sous-traitant de Waterair juste avant 8h, on charge deux moules pour fabriquer le nouvel escalier, ça va assez vite, ils choisissent de coucher les moules pour ne pas qu'ils bougent, ça me va. Je passe deux sangles pour ne pas qu'ils glissent et zou !
Plombières est dans le fond d'une vallée mais je ne me tape pas la remontée de l'autre côté, je longe la rivière pour me retrouver à Aillevillers. Ça me revient je suis déjà venu dans cette boutique de construction métallique. Je vais au bureau, le mec me file un post-it, je trouve un cariste mais il y a du camion dans la cour. J'imagine devoir attendre, « vas-y ouvre, je te charge tout de suite si tu veux ». Tu penses que je veux ! Un coup de fourches et j'ai un abri de 6m de plancher dans la semi. Retour au bureau, papiers, je serai à peine resté plus d'un quart d'heure dans l'usine.
Je dois faire une navette Vesoul Besançon pour un de nos clients, je file à Vzoul. En chemin Pauline m'appelle, faudrait que je ramasse une mini-pelle à Luxeuil. Ben j'ai déjà 12m dans la remorque, la navette c'était juste mais cette fois... Je passe donc à Luxeuil, je suis le seul camion, je prends un chargeur à chenilles et un rack d'accessoires. Je vais poser ça chez nos collègues Rigoulot à Vesoul, c'est plus facile de ramener le lot de Vesoul plutôt que de Luxeuil.
Une fois fait je vais charger la navette, on glisse une paire de palettes le long de la longueur de ferraille, ça rentre ric-rac.
En passant à hauteur de Devecey je m'arrête compléter les pleins et je vais me mettre à quai à Serre les Sapins. Il est déjà 13h bien tapées, je commence à manger un bout, ils ne reprennent qu'à 14h. J'en suis au kiwi un gars vient me voir : « finis de manger tranquille, je t'attaque. » Le temps de rembarquer le chariot il est 14h, tip top cette histoire.
J'ai eu le temps de regarder, je livre l'abri en ferraille demain matin chez un particulier dans le 24. L'accès me semble muy complicado. Je l'appelle, je m'annonce pour milieu de matinée. J'ai pas le choix Waterair Damazan ne travaille que le matin si je veux y être avant midi. Gaz !
Punaise j'y pensais plus, le pont de Navilly est fermé ça y est. Je fais le délinquant, je passe par Verdun sur le Doubs comme lors de la fermeture de l'an dernier. Par là on ne perd pas trop de temps, ça limite les dégâts. Je coupe 15 avec un café par là le long, puis 30 vers Moulins, j'en profite pour faire le programme de piscines dans 15 jours.
A 20h15 je suis à l'auberge du pont à Bessines avec pas loin de 10h de volant, les deux fois sont cramées.
Ici le troquet n'ouvre qu'à 6h, tant pis pour le pain frais, je file à l'issue de mes 9h. Sur les conseils de Jean-Charles je m'arrête à La Coquille, le troquet a rouvert depuis un moment. Café, pain-beurre douche 5€50, c'est plus raisonnable qu'à Metz.
Je passe Périgueux à 8h, un feu, trois rond-points, je ne veux pas être désobligeant avec les Périgordins mais c'est rien du tout, je pensais trouver du monde vers les garages de bagnoles mais rien. On va pas s'en plaindre. J'appelle mon gars quand je suis au Bugue, je ne suis plus très loin. J'ai beau regarder Maps dans tous les sens, ça pue mon histoire. Le premier pont sous le chemin de fer est indiqué à 3m50, le suivant pareil, le GPS du camion me fait prendre le troisième, comme un con je tourne, et je tombe sur un pont à 2m, record battu ! Putain je suis vert, vas-y recule à contre-main sur la grande route. En fait le deuxième pont est toujours indiqué à 3 50 mais il a été rehaussé. C'était compliqué d'enlever le vieux panneau ? Il est rouillé ils doivent attendre qu'il tombe tout seul. Je roule sur 3 ou 4 km, petite route mais ça va. Je dois tourner à droite en épingle, j'avais prévu d'aller retourner plus loin, au pire à Belvès mais en prenant large ça doit le faire. Le côté droit du tracteur s'enfonce dans la gadouille, là faut pas lâcher, sur l'élan ça passe. Je me retrouve sur un petit chemin, la maison est à 1km900. A 100m de la baraque il y a des branches basses, très basses même, fin de la visite. Le fardeau fait 6m, faudrait un chariot qui roule en crabe, là entre les arbres et les poteaux électriques c'est mort. Je vais à pied à la maison, le client doit être garagiste il a une dépanneuse. Je recule un peu jusqu'au premier « carrefour », si on peut appeler ça comme ça. Je sors le paquet, vire le camion, le gars recule sa dépanneuse, je pose dessus. 6m sur son petit yoyo, ça penche du cul, pour faire 100m ça va aller. Je le suis jusque chez lui, je pose la ferraille par terre, il est content, au poil. Très bien mais moi je fais quoi ? Il me dit de ne surtout pas continuer plus loin. Bon. J'essaye de me retourner là mais c'est mort. En été à la rigueur, mais là c'est mou ça patine. Pas le choix je recule les 1km900. Sauf qu'à l'aller ça descendait, maintenant je patine, je redescends le chariot et je le monte en haut de la côte, retour au camion à pied évidemment. C'est là que je me rends compte que j'ai niqué ma coupure de 30. Putain fin énervé ! Quand t'es en galère, le premier truc c'est de ne pas embourber ou pire casser le camion, la coupure ma foi... Seul point positif, en marche arrière je n'ai plus l'épingle au bout. Je coupe mes 30 au premier parking potable.
J'envoie un texto à Jean-Pierre à Damazan, je m'annonce pour midi, midi quinze, il est ok. Bon maintenant je n'ai plus qu'à rouler comme un débile pour tenir l'heure.
Pas de déviation, pas d'emmerdes, à 12h15 pile poil je suis chez Wat. Je me vide les moules et je recharge, papiers, à 13h je me sauve, ils ferment boutique derrière moi. Le petit déj est loin, je m'arrête manger. Je prends mon temps, de toutes façons je n'ai plus que 4h à rouler. Il pleut toujours autant, c'est infernal, l'eau ruisselle sur la 21, les gens ont peur, ça roule pas bien fort, les endroits pour doubler peu nombreux. Je pensais remonter jusqu'à Bessines pour faire la boucle mais j'ai 8h52 au Colibri à Limoges. J'ai déjà une infraction lundi, là j'ai pas d'argument pour dépasser, stop.
Réveil 5h, le troquet est fermé, en route. De Limoges on ne rentre pas à Besançon en 4h30, loin s'en faut, je roule deux heures et je coupe à Deux Chaises pour déjeuner et me doucher évidemment.
J'appelle Alexis le pneumologue, il m'avait dit de surveiller mes avant. Aujourd'hui j'ai le temps, on se donne rendez-vous à son atelier pour 13h30. Ça me laisse le temps de manger un bout là le long.
Il retourne mes gommes sur jante et les retaille un coup. C'est quand même bien ces gros pneus, c'est esthétique, c'est confortable et ils s'usent bien carré ou presque. Si c'était parfaitement carré ça ne servirait à rien de les tourner me direz-vous. Avant de repartir il voit un arrachement sur le premier essieu de la semi, je surveille mais j'avoue que je ne l'avais pas vu, il a des jantes propres, deux coups de péteuse et c'est réglé.
Je rentre à Devecey, je vide mon Damazan. Je saute dans la Fiat et je vais récupérer le collègue Yvan chez Renault, il dépose son colza, il me dit qu'il a pas mal de défauts.
Je me rentre par la Haute Saône, à 17h30 je suis à Bourogne. Bon week à tous, le ciel vous tienne en joie.
Après un week-end quasi printanier faut redescendre à la mine. A 5h je prends l'ascenseur du puits numéro 1 de Bourogne, pas de coup de grisou, le Webasto a démarré. J'arrête là la métaphore, faut pas déconner, les routiers on ne chope pas la silicose et les poumons tout noirs.
A 6h je suis chez Peugeot Vesoul pour faire un délestage comme ils disent. Il faut donner un numéro au gardien, ensuite un premier bureau où une brave dame me donne une feufeuille, ensuite avec le camion il faut aller à un second bureau pour montrer la feufeuille et là on me donne un quai ou un emplacement en l’occurrence parce qu'on charge en latéral. Après ça je monte sur le quai pour trouver un gonz, cette fois c'est bon. Dans les 5 minutes un cariste se pointe, ça va pas trop mal, quelques caisses sont cachées derrière d'autres m'enfin ça va. 8 piles de caisses c'est vite complet. Retour vers la petite dame, papiers, zou !
Grosse déception je suis chargé pour Luanda en Angola, 9300km depuis Vesoul, mais c'est pas moi qui y vais. Il me manque le télépéage pour traverser le Niger, raahh je passe à côté d'un bon tour pour un détail... Donc tant pis je passe au dépôt pour récupérer mon chariot et faire les pleins. A 8h45 je suis à la halle fret, le Nico finit de charger Bruno avec la city et il m'attaque, 8 coups de fourches, ça va plus vite à vider qu'à charger.
Une fois vide je descends chez Compo, il y a du monde mais je charge des pesticides à quai, je grille la file, désolé les gars. Ça traîne un peu, ils ont perdu une palette de prépa, elle réapparaît miraculeusement. A vrai dire je ne suis plus vraiment pressé, c'est mort pour compléter avant midi.
Je me tape ce put... de boulevard de Besac sur toute la longueur, bien sûr j'ai dû avoir 15 feux au rouge, normal. Je m'étais tâté à faire Baume les Dames Valdahon mais ça rallonge vachement. A midi moins dix je suis dans une menuiserie à Arçon. La pays du cheval...d'arçon. Le gars me dit : « attends dix minutes les gars vont partir manger, le parking sera vide, je te chargerai. » Le cariste haut-doubien est courageux. Quand 3 ou 4 bagnoles sont parties, il sort son télesco et on charge. On commence par le cul, mais il me faut 9m, ça va être juste. A cause de la hauteur je démonte la dernière palette de Compo, l'égarée, et je gerbe ce qu' il reste sur une autre qui me semble costaud. Le patron descend de son bureau avec les papiers et le tampon, on fait les formalités dehors, au soleil. A 13h je me sauve.
Le petit déj de 4h est oublié tellement il est loin, je mange un bout au premier parking de la 57, vite fait pour ne pas que le truc revienne à zéro. Je finis mes 30 sur l'A6 entre Dijon et Auxerre. A6 que je quitte à Auxerre justement pour la N6 jusqu'à Champigny, aux gars de la route. C'est bien pour un lundi.
Démarrage un peu avant 6h, il me faut 45 minutes pour arriver au Carrouf de Villiers en Bière. Il fait nuit, je suis les indications PL et je me retrouve devant une barrière à 2m, barrière bousillée d'ailleurs. Fatalement je recule, je finis par trouver la réception, faut téléphoner, mouais, je suis à l'ancienne réception, maintenant c'est le drive, le gars m'explique. J'y arrive enfin. Je poireaute dix minutes, la réception ouvre, je suis le premier, tout seul même. Le réceptionnaire me demande de me mettre à quai, ça va pas le faire. Pas de pleurnicheries, on vide en latéral. Pas un mot pour la palette démontée, j'explique que ça passait pas sous le toit. La cam n'a rien, c'est propre, encore heureux qu'on ne m'ait rien dit.
C'est maintenant que les choses se compliquent, Maps m'annonce 1h45 de trajet pour 39km jusqu'à Orly ! C'est rouge de partout. Je m'en doutais évidemment. A Arçon le patron m'avait demandé d'y être pour 8h, les monteurs attendent sur les fenêtres. J'avais dit oui par politesse... Je vous la fais courte mais c'est un calvaire tout du long. A 9h10 je suis dans la rue du chantier, j'appelle le 06 qu'on m'a donné, un gars vient à ma rencontre. « Faites gaffe en tournant le dernier camion a arraché une voiture avec le Fenwick. » J'ai pas demandé si c'est un de chez nous, peu importe. C'est vrai que c'est fin, les bites en ferraille qui protègent les trottoirs sont toutes couchées, en y allant mollo ça passe. Mauvaise nouvelle d'entrée, c'est le dernier tour, je dois récupérer tous les chevalets vides, donc je dois attendre que les monteurs dépotent tout. Je descends deux palettes, et je commence à recharger ce qui traîne. Les gars se parlent en portugais, en fait de Portugais ce sont des Brésiliens ! Seul le chef d'équipe parle français. Ils ont un chariot à roulettes, ils emmènent les fenêtres deux par deux dans le bâtiment. Entre deux on papote un peu, c'est des grandes fenêtres genre baie vitrée, il me raconte que chacune fait 150 kilos. C'est des fenêtres spéciales à cause du tram et des avions. Punaise les pauvres mecs, ils en chient, sous la pluie, boulot de merde. J'empile les palettes en bois mais ça fait trop haut, quand je m'apprête à en abandonner une je me sers de mon cerveau et je trouve une solution. Une paire de sangles et à midi c'est refermé. Il y a une boulangerie au coin de la rue, à pied le coin est un peu loin, pas grave c'est bon la marche.
Je me fais bien un peu chier en repartant, il y a des ponts de partout, plusieurs à 3m20, merci le GPS Scania parce que Maps est à la rue évidemment.
Un peu avant 13h je suis aux transports Solutrans à Claye Souilly, je ne connaissais pas, en fait c'est le groupe Vigneron du 54. Je me claque au fond de la cour et je mange un morceau. Je viens récupérer deux palettes de terreau abandonnées ici par un collègue. Elles ont été refusées dans une base pour je ne sais quelle raison, erreur de commande ou je ne sais quoi. A l'exploitation on me demande de me mettre à quai, rebelote, non merci c'est impossible. Je me débrouille, je chope un tire-pal, je pousse les palettes au bord du quai et je me les charge avec le chariot, ça me fait du poids devant, parfait.
C'est la bonne heure pour quitter la région parisienne, A 104 A4, ça roule. Dans la cuvette de Provins je rattrape un ATS, c'est Jean-Luc un de mes frères de Scania. Il va à Pontarlier lui aussi.
On soupe ensemble au resto de l'Abbaye à Clairvaux, je ne connaissais pas, c'est pas un routier mais c'est une très bonne adresse. Cherry on the cake, cereza ensima del pastel, je valide ma première 11h.
Le troquet n'ouvre qu'à 8h, je mets en route à 5h et je vais déjeuner à Semoutiers, c'est une vingtaine de minutes plus loin, ensuite il n'y a plus rien. Le système des douches a changé, il paraît qu'un bourricot à forcer les caisses à jetons. Incroyable de connerie ! Bref. Maintenant la serveuse appuie sur un bouton depuis le bar. Douche 3, je me dépoile, je me brosse les dents, j'appuie sur le bouton, nada. J'ai l'air con à poil avec du dentifrice plein la bouche. Non je ne vais pas comme ça au bar, je me rhabille sommairement. « Ah ben excuse, j'ai du mal appuyer sur le bouton ». Mais ça n'arrive qu'à moi ces conneries ? En une petite demi-heure je suis frais et painbeurré.
A 8h30 je suis de retour à Arçon, j'ouvre, je vais choper le gars et son télesco, c'est vite fait, tellement que j'attends un peu pour faire 30 histoire de remettre le truc à zéro.
Je remets un tampon sur ma carte d'abonnement à Compo. Faut dire que c'est la pleine saison, ils préparent l'arrivée du printemps. Bizarrement il n'y a qu'un camion dans la file d'attente. Je pensais devoir me mettre à la rampe pour vider le terreau en retour mais non, direct à quai derrière, le gars vide les deux palettes puis les Europe que j'ai récupérées au Carrouf hier matin. Ensuite il me charge un complet de pesticides, tout ça sans changer de quai, au poil. A 11h je me sauve direction la Vendée. Tour parfait pour finir la semaine.
Pas le temps de faire le malin par Verdun sur le Doubs, je garde l'autoroute jusqu'à Beaune. Oui c'est d'un ennui mortel mais j'arrive à survivre. Je m'arrête manger par là le long pour finir la seconde coupure. La pluie ne cesse pas, c'est un enfer, j'ai entendu que pour les 10 premiers jours du mois on a presque reçu la flotte d'un février habituel.
J'aurais aimé pousser jusqu'à Bessines mais il va en manquer un peu, pas grave, d'autant que Laurence m'a envoyé un retour, on rechargera dans les parages, moi qui pensais recharger chez PRB, c'est largement mieux. A 17h45 je suis à St Vaury, au taquet des heures, je valide ma seconde 11h, tout va bien.
Réveil 5h, au café je tombe sur mon ex collègue Jean-François, il me dit que le Jojo était là aussi hier soir, c'est con. Dans la file de camion j'ai bien vu un Perrenot, mais il y en a tellement j'ai pas pensé à lui. Bref pas grave, il y a là aussi un gars que je connais de vue, c'est la gazette de la Haute Saône, je paye ma tournée de café et je file.
Il a plu toute la nuit pour ce que j'en ai entendu, ce matin ça n'arrête pas, par endroit on voit les champs inondés. Je prends par Bellac Confolens Melle, j'adore cette route, je me revois à 25 ans avec mon F10, équipé d'un Telma s'il vous plaît, j'étais un king. Oui je vous ai déjà raconté les allers et retours Ottmarsheim Melle, aujourd'hui on se chie dessus pour un 10h10 sur la carte, au secours !
La traversée de Niort est bien tranquille, je me pointe à Fontenay le Comte à 9h30 pour rendez-vous 11h. La fille sur le quai me dit qu'ils vident la navette, et que c'est mon tour ensuite. Yess ! Les gars se mettent à deux tire-pals, ça fonce, 3 piles d'Europe vides et go !
Ma première ramasse est à 4km, rdv entre 12h30 et 14h. Il y a une jolie boulangerie au coin de la rue, de la place pour me garer dans la zone, parfait. Une fois que j'ai mon campagne à graines je me présente chez le marchand de bois sur la pointe des pieds. Un chauffeur d'un transporteur aborigène finit de sangler, je vais choper le cariste : « mettez-vous au milieu, ouvrez des deux côtés, on charge tout de suite. » Pas souriant mon gars mais efficace. Il en chie pour sortir les fardeaux du bâtiment, normalement il a un chariot latéral mais il est en panne, sortir les longueurs de 6m par une petite porte c'est technique. On pose de mes Europe au sol pour caler le bois et je passe 4 sangles, ça fait beaucoup, je fais une crise de Berlinerite aiguë, comprenne qui pourra, un peu comme si j'allais en Allemagne quoi ! En tous cas il est 11h et quelques, c'était mon heure de livraison, là j'ai déjà recharger un lot, le Vendéen est courageux.
Le second lot se charge dans le 79 vers Niort dans la pampa. C'est pas une mince affaire pour y arriver, une première route fermée à cause des inondations, pas grave je pique à gauche, rebelote sur la déviation, ensuite dans un bled c'est des travaux, purée j'y arriverai jamais ? A midi et demi j'arrive enfin dans la boutique, petite chaudronnerie, la grille est ouverte, je recule dedans, personne, je me dis que je vais manger et on verra à 13h. Un gars sort du bâtiment : « tu viens charger le Besançon ? Je te charge tout de suite si tu veux. » Si je veux ? Tu parles ! Purée j'ai le cul bordé de nouilles aujourd'hui. J'ouvre, il me charge des poteaux en ferraille, je passe deux sangles, je demande conseil pour repartir et zou !
Je passe Niort et je mange enfin mon bout de pain aux graines, croustillant, parfumé, une merveille. Retour par la même route Melle Confolens Bellac Guéret, à St Vaury j'ai 7h et quelques de volant, je suis pas mal. Je visais au pire Deux Chaises pour ne pas couper demain matin mais il me reste 1h10, je tente Digoin. Je suis à L'Euroscar avec 10h03 de volant. On mange mieux au Tom Bar vous allez me dire, c'est vrai mais il n'y a pas que la bouffe dans la vie (oui c'est moi qui dis ça, sans vergogne). Le matin je préfère ici, le petit déj et les douches sont mieux. En plus j'ai bien fait, je tombe sur Laurent, il a fini de manger mais il reste pour papoter avec moi. Aujourd'hui il a frôlé la mort, et je n'exagère pas. Sur une petite route il a croisé un artisan avec une échelle sur la benne et la cabine. Il a bien vu l'échelle en travers, fait des appels de phare, il s'est serré dans l'accotement au risque de verser et boum ! L'échelle lui a explosé le rétro et s'est planté dans l'angle du tablier. Une partie de l'échelle plantée dans la semi l'autre sur la route après avoir éclaté la ridelle de la benne. A 20cm près c'était dans le pare-brise, vu le trou dans le tablier j'imagine même pas dans la poitrine. On est peu de chose n'est ce pas ?
Réveil 5h moins le quart, pas grand monde au bar, je déguste mon café pain-beurre, deux types à côté de moi s'embrouillent : Jeanne d'Arc était la fille bâtarde du roi, tu vois, l'évêque Cauchon le savait, c'est pour ça qu'il a été muté de Beauvais à Orléans. Punaise, à 5h du mat' les gars sont à fond. J'arrive pas à savoir s'ils sont bourrés ou quoi. Quand je sors de la douche c'est pas fini : une fille pouvait pas commander une armée, c'est une connerie. A un moment j'ai cru à une caméra cachée.
A 5h30 go ! Je passe Chalon de fort bonne heure, tip top. Le rendez-vous était prévu à 10h mais hier on s'est cadrés pour 8h30, à l'heure je descends dans le centre de Besançon. Je crois que c'est un bout du vieil hôpital St Jacques qui a été rasé, gros chantier, l'accès n'est ni clair ni facile, pont-séparateur béton-tram la totale. Bien sûr rien n'est indiqué je descends dans le chantier à l'envers. Le chef d'équipe que j'ai eu hier vient à ma rencontre, il voudrait que je recule dans un coin de merde pour vider à la grue, ça grimpe avec une marche je vais tout arracher. Niet je propose de me vider moi-même avec le chariot, et j'emmène les poteaux où tu veux. On fait ça. Quand c'est fini il me dit que j'ai bien géré, qu'au téléphone j'étais pas inquiet pour l'accès. Mouais, je suis trop vieux pour ce métier, n'y voyez aucune vantardise, plus rien ne m'inquiète. Il n'y a pas trop de bordel, je fais demi-tour en bas sans peine, on ressort à l'aveugle derrière une palissade, un mec en bagnole me laisse passer, cool.
Il me reste le bois à Rioz et les Europe, c'est con d'aller à Rioz et de revenir mais le bois est appuyé contre les palettes évidemment. A l'usine le cariste sort un chariot latéral, à la troisième palette il tarde à revenir et se pointe avec un gros frontal : « le latéral a commencé à fumer, je l'ai éteint, il est en panne en plein au milieu de l'atelier, c'est la merde ». Bon je suis bien désolé mais c'est pas trop mon problème, vire-moi le dernier fardeau que je me casse.
Au dépôt je fais les pleins et j'ouvre un peu devant pour virer les Europe, un café avec Laurent le nouvel exploitant, je finis mes 30 et je me sauve.
Pressé mais sans plus je passe par la Haute-Saône, ici aussi c'est bien inondé par endroits. On avait décalé mon rendez-vous de 10h30 à 13h, je suis à Seppois à 13h15, je suis le dernier je ne vais gêner personne. Mon voyage est dehors, Alex a dégrossi le pointage, ça va vite à charger. Au bureau j'ai droit à ma rafale de tee-shirts et de sweats Wat. A raison de 5 tee-shirts par an depuis 23 ans j'ai de quoi faire des chiffons avec les vieux pour des années.
A 15h15 je suis à Bourogne, fin de cette jolie semaine, bon week, le ciel vous tienne en joie.