Je suis parti avec mon père en camion dès l'age de 3 ans.
Malgré son désir de me dégouter du métier, j'en ai fait qu'a ma tête, et suis sur la route depuis mes 21 ans. Rouler, voir du pays, ne pas avoir de chef, ni de contraintes horaires style 8h-12h ; 14h-18h ont été mes motivations pour devenir routier.
Dès le début de ma carrière j'ai pris l'habitude de me tenir à l'écart, de manger dans le camion. J'allais de temps au restaurant, en fin e semaine ou le week-end. J'avais le temps, il y avait moins de monde. La mentalité des chauffeurs à peu à peu évoluée et j'ai abandonné l'idée de partager mon temps libre avec ces gens, de plus, la legislation ne permet pas toujours les arrêts "gastro", surtout si on a des impératifs. Je ne peux plus accepter de manger dans une bonne ambiance à table ou tout le monde est copain, et ou, une fois sur la route tous les coups sont permis :
Je préfère donc, rester dans mon coin ; je suis arrivé à un point, ou je selectionne (j'essaie) les parkings déserts.
L'accès à la profession a été massif à cause du chomage, et un peu tout le monde s'est mis derrière un volant, la multiplication des lignes avec relais en cours de route fait que beaucoup de chauffeurs n'ont même plus besoin de connaitre le vrai travail de routier, du travail bien fait. Cette mentalité n'est malheuresement pas spécifique au transports, elle est ancrée dans notre société. J'ai aussi l'impression qu'après chaque grève de routiers, il y a eu une dégradation de la mentalité.
La législation est une contrainte de plus dans le métier même si elle fait office de garde-fou :
Je met la ceinture de sécurité pour ne pas perdre de points, elle est juste posée car sur le Volvo elle me prend à la gorge. La ceinture de sécurité en PL a autant d'efficacité en cas de gros clash, que le casque de sécurité dans une raffinerie qui explose (shell Berre). Il est prévu pour les VL un système de bridage débrayable pour la vitesse, pourquoi pas sur les camions????
Aujourd'hui je fais de la ligne régulière avec des produits frais entre Avignon-Paris ou Strasbourg. Ce qui me permet d'être en règle avec les heures. Le respect de la loi, pour être à l'heure, m'oblige de m'arreter au bout de 4h30 de route mais pas quand ça m'arrange, voilà la liberté des routiers...