L'an 1954 débuta ma vie de « Baroudeur ».
Cette année là, après avoir fait mes premières armes en participant aux convoyages dans les forêts des départements de Vaud & Valais en Suisse, pour le compte d'un petit transporteur de bois et de son frère, se dessina mon avenir de routier.
Mais ce livreur s'était surtout spécialisé, dans les transports des billes de 4m de longueur, destinées à alimenter les scieurs de la région, et Dieu le sait si ils étaient nombreux, ceux du sciage à l'ancienne, je veux dire leurs industries alimentées par les voies d'eau. Chaque jour départ tôt le matin, au plus tard vers 05h00 il fait encore nuit, 3 bonhommes étroitement emmurés dans une cabine de poids lourds, un Ford a essence de 8 cylindres, se rendaient en altitude pour prendre en charge la précieuse matière qui servait soit de combustible de chauffage ou de matériaux de construction. Chez nous les villas n'existaient pas encore, la construction s'appelait chalet, alors ce genre de négoce était à l'époque très prisée. Et les règlements communaux n'étaient pas très bienveillants à accorder d'autres formes d'habitations.
Le rebelle, comme on me prénommer devait participer au chargement au déchargement, à l'entretien etc.. comme un grand. L'alimentation journalière, froide comme l'Alaska, se composait d'une caisse contenant 30 bouteilles d'un litre de vin blanc, (Remise périodiquement à jour) qui elle faisait partie intégrante, de la huche à provision (Un sac de jute) composée de pain salami saucisses lard etc. Et comme le chargement se faisait tout a bras, les grosses billes d'abord, et les petites ensuite, roulées sur des chargeoirs, (Longues queues de bois) placées en parallèles au départ du sol, l'alcool n'avait que peu d'effets euphorisants, car ce dernier « Combustible » avait tôt fait d'être distillé sous les efforts constants. Un transport par jour en général, nous ramenait au domicile que vers 19 h 00 à 20 h 00, tout cela pour un salaire de 06.00 Fr suisse de l'époque par jour , mais en plus un avantage quand même non négligeable, celui d'avoir le privilège de déplacer le véhicule, à vide, et d'effectuer de petites manœuvres, afin de me familiariser avec cette nouvelle mécanique qui deviendra ma raison d'être.
Novembre 1954, je pris le taureau par les cornes et je faisais mon permis de moto et voiture. Je me devais d'acquérir une voiture pour me déplacer, mon choix jeta son dévolu sur une occasion, Peugeot 2002, pensait donc c'est fier comme Artaban que de je déplaçais, après mon gagne-pain, souvent tard le soir pour faire des cours théoriques poids lourd.
1955 je me présentais à Sion en Valais, pour l'examen théorique, qui se devait d'avoir lieu un matin à 10 h 00.
10 h 00 me voilà en salle de théorie, face a un rompu a sa besogne, armé d'une baguette de bois d'environ 70 cm de longueur, et comme ornements une table en bois également de plus de trois mètre de long, sur un bon mètre cinquante de large, recouverte de véhicules miniatures en fer, (Le plastique connais pas) de toutes les formes et de toutes les couleurs, de l'ambulance blanche, et croix rouge, au véhicules de pompiers, en passant par le cycliste en tenue de pluie etc. Ce brave, Maître des lieus avait pour tache de déplacer avec opiniâtreté ses petits objets sur des artères diverses, et de déceler à l'aide de sa baguette magique mes faiblesses, en matières de priorités. Lequel de tel ou tel véhiculeétait prioritaire ou pas, celui là, ou celui-ci, me répétait-il en permanence. Bref la chance étant de mon côté, je réussis à me sortir indemne de cette salle de torture, sachant que j'avais réussi mon premier texte théorique.
Mais quelle ne fut pas ma surprise quant l'expert me signifia, « Je cite » rendez-vous ici à 15 h 00 pour l'examen pratique, moi qui pensais que ce tortionnaire me convoquerait dans un avenir plus futuriste.
Pris d'un peu de panique, je me rendis donc en ville de Sion, chez le seul agent agréé en matière d'auto école poids lourds du Valais. Arrivé là, un branle bas de cloches de toutes sonorités, me rappela qu'il était midi, motif pour lequel je vis sortir de cette porte d'immeuble comme un diable de sa boîte, (Ou il était inscrit Auto école Favre toutes catégories) un homme d'une trentaine d'année, je l'interpellai, et je lui fît part de mon désarroi, dans un français approximatif, (Il était Haut Valaisan donc de langue allemande) il me posa la question si j'avais déjà conduit, je lui répondis un peu, (Mensonge humanitaire pardonnez moi) et il me rétorqua que 15 h 00 pour l'examen de conduite c'était trop court. Immédiatement je lui sortis un billet de 50 Frs « Un faucheur selon l'expression de l'époque car il y avait sur ce billet effectivement un faucheur » et lui fît part de mes intentions celles de faire instantanément de la pratique, il hésita un instant puis il fini par agréer mon offre. Il m'emmena avec une magnifique, Vauxall Vélox, noire, a environ 1 km de là, et me voilà devant une bête, portant le nom exhaustif de Ford Hercule Diesel.
L'appréhension d'apprivoiser cette mécanique a l'allure séculaire, fut quelque peu mise à l'épreuve, mais celle qui aura le plus souffert dans cette infortune situation, croyez moi, c'est bien la boîte à vitesse, qui devait en prendre un sacré coup, un dentiste à mes côtés aurait tôt fait d'être l'innocente victime d'une crise apoplectique. Double débrayage, double débrayage, me répétait sans cesse, ce nouveau maudit bourreau. J'avais compris que entre un moteur diesel et un moteur essence, la différence n'était de loin pas négligeable. Mais voilà que l'heure passe, et la faim également, rendez vous est pris pour 14 h 30 avec celui qui m'accompagnera au service automobile, ne me laissant pas le loisir de me présenter seul, évidemment mon permis n'était qu'une affaire de loterie en de telles circonstances. Cette pose de 30 minutes me permit de refaire le plein d'espoir et d'énergie, et par la même occasion, je me suis découvert des vertus religieuses insoupçonnées, jamais mes yeux ne furent si longtemps rivés vers le firmament.
Le voilà de retour le persécuteur du matin, et nous voilà partis pour un tour de ville, ou je me montrais plutôt économe dans la manipulation du levier de vitesses, la boîte à vitesse se devait de m'être reconnaissante, puis la montée vers les hôpitaux du haut de ses lieux, marche arrière sur 50 mètres à peine, puis la descente, eh là ! Ralentir me disait-il, car on va passer de la troisième vitesse, en première par paliers, alors frein a main légèrement tiré puis changement de vitesse et ainsi de suite, cette fois, ma main ne vibrait plus sur le levier de commande, émis par les grincements de la boîte de vitesse, mais elle flirtait avec la paralysie.
Retour à la case de départ après un peu plus de 40 minutes, quant je m'entendis dire, revenez prendre possession de votre permis rouge, d'ici une heure de temps. A l'époque le permis poids lourd était rouge, avec en plus bien entendu toutes les autres catégories annexes inscrites. Et il donnait droit à rouler avec des remorques.
Si j'aurais tenu toutes les promesses faite à notre Créateur en ses moments là, je serais au Vatican en qualité de son porte parole, en reconnaissance à celui qui a comblé ma requête !!!!!
La suite de cette histoire reste à venir et résumera le sens de mon titre "Routier à la deux chevaux "
Rayan le Baroudeur