Mes Histoires...

 

Le Routier aux deux chevaux (Suite 2/3)

 

Décembre 1955 :

Mon permis rouge en poche, avec pour cadre les « Portes du Soleil » au cœur de ce domaine skiable, mais même en saison les remontées mécaniques a cette époque se comptant sur les doigts d'une main, m'offrait aucune opportunité de décrocher un emploi de chauffeur.

Motivation inévitable de rechercher un emploi partout ailleurs.

Il est 06 h 00 du matin ce vendredi 16 décembre 1955, il fait encore nuit, entre un ciel bleu azur et un parterre immaculé, un rebelle à l'allure désuète mais décidée, quittait le nid familiale et traçait sa voie dans plusieurs cm de neige fraîchement tombée, et certainement sans s'en rendre compte, se dessinait un avenir de baroudeur. Bien armé, non seulement d'une petite valise, emplie de quelques effets personnels des plus indispensables, faisant office de bagages de vacanciers, mais d'une conviction de réussite indomptable, le réel sera tout autre. Arrivé aux abords de l'accès principal conduisant au but fixé, qui ne dura que le temps de méditer sur les aléas de cette décision spontanée, je levais un bras, sans négliger ce pouce orienté dans le sens du terminus que je m'étais fixé, Genève, distante de 120 km . Conscient que mon escarcelle ne portait pas la marque de Crésus, je me résignais à terminer un temps de parcours long, accompagné d'une heure d'arrivée incertaine. Me voilà agréé par un petit commerçant boucher, au volant d'un petit porteur, Opel Blitz, aux couleurs mortuaires, qui s'en allait faire sa tournée de livraison en ville de Monthey distante de 7 km , mais c'est déjà ça de pris. Ou vas-tu me demanda-il, contraint de ne pas divulguer mon projet, de craintes que les échos se propagent plus promptement que l'aboutissement de mon idéal, je fis donc la sourde oreille, le temps de quitter ce premier indulgent transporteur, fût l'opportunité libératrice. Me voilà sur une voie plus fréquentée, il est à peine 07h00 l'aurore semble me gracier de sa bienveillante luminosité, durant cette attente, métamorphosée, qui vas devenir le jour proprement dit. Enfin une plaque, VD, celui là va certainement me laisser le temps en sa compagnie, de réchauffer ma main, qui à force de se diriger éternellement vers le ciel, le pouce tendu en arc de flèche, s'était partiellement vidée de son sang. Effectivement ce second bienfaiteur me fit l'honneur de prendre place dans une mirifique, Plymouth Belvédère, je m'en souviendrais à vie, car le dénominatif, Belvédère, n'avait pour moi pas d'autres repères que ce petit troquet qui portait cet attribut non loin de ma demeure familiale. Chemin faisant ce brave sauveur à l'âge respectable, n'avait d'autres satisfactions que de vanter ses méritoires capacités humaines, lui permettant de surmonter, contraintes administratives, aléas de la conduite par tout les temps et a toutes les heures etc. s'acquittant par la même, le droit à se divertir librement et professionnellement avec cette belle mécanique, qui occupé, une place préférentielle de sa vie, somme toute, me confiât-il, cette voiture est ma deuxième épouse.

Tous ses exposés n'était pas pour me déplaire, car je n'avais pas à répliquer à des questions complexes comme la première qu'il me posa une fois assis sur le siège passager, mais avant que j'ai eu l'opportunité d'ajuster ma valise entre mes jambes, « Je site » Savez-vous conduire une voiture, sur cette question je lui répondit par la négative, évitant un interrogatoire qui m'aurais sérieusement embarrassé, comme par exemple, vous n'avez pas de voiture ou bien qu'allez vous faire plus tard etc. ou quels sont les motifs de vous servir de ce moyen de locomotion. Ainsi avec un permis rouge en poche devoir lui confier que j'ai dû abandonner la carte grise, de ma voiture, pour faute de moyens financiers, tout cela dans une embrouille que seul un professionnel de la dissimulation serait en mesure de palier, afin de ne pas mettre les pieds dans le plat.

Vers 08 h 30 environ je me trouvais en pleine ville de Lausanne, satisfait, comblé, de parvenir à plus de 60 km du départ, et tout ce chemin en moins de 03 h 00.

Je me remets comme si c'était hier, avoir sillonné la ville à pieds durant deux à trois km pour me retrouver au café restaurant des « Abattoirs » sur les précieux conseils d'un citadin qui constata que j'étaisà la recherche de repaires, ce dernier me transmis ceci, « Je cite » si tu part à Genève, arrête toi dans cette établissement et là tu auras la chance de t'y rendre directement, car tout près il y a des entrepôts frigorifiques, et spécialement les camions français se présentent régulièrement pour les alimenter. Une fois sur les lieux, j'entrais et absorbais un café, et deux croissants délaissés sur une table dont j'étais pour l'instant le seul héritier. Journaux sur journaux, je parcourais d'hypothétiques places de chauffeur, elles ne manquaient pas, mais les rubriques annexées en disaient long sur les exigences de ces futurs employeurs. Cherchons chauffeurs, permis rouges exigé, parfaites connaissances de la ville, ou longue expérience pour livraisons nationales, et extrait du cahier judiciaire valable(En plus). Faire offre par écrit sous chiffre et.etc. Il est clair que la conviction de trouver un job dans ses circonstances laissait utopique les plus optimistes quémandeurs d'emploi.

Mais voyons, il est plus de 11 h 00 lorsque s'engouffre un routier cela est incontestable, une « Armoire », les bleus en Lafond, a bretelles nantis de la bavette traditionnelle, avec poche a fermetures éclairs, cela dévoile son emploi, c'en est un, me disais-je. Une fois que ce brave eu ingurgité, ses trois décilitres de rouge, je vins vers lui en lui signifiant que j'avais le désir de faire sa connaissance car je devais me rendre à Genève, il me rétorqua poliment que normalement sa « Boîte » ne cautionne pas la présence de personne ne faisant pas partie des leurs, dans sa cabine. Je m'excusais de cette intempestive et hasardeuse avance de ma part, quant tout à coup il me dit, prend place et assoit toi là, il poussa de son pied la chaise sur laquelle mes mains était posées. Il me fit l'honneur de prendre une nouvelle compresse de rouge, un demi lançât- il au serveur et un verre. Une fois la commande servie c'est avec plaisir que je lui offris la totalité des deux consommations. Son camion avec une remorque était immatriculé, 01, un Panhard vert, avec une couchette grevant la surface du pont servant au transport de la marchandise, il avait livré, me dit il des boyaux sec en fût et si ma mémoire ne me fait pas défaut son port d'attache se situait près de Bourg-en Bresse? Nous voilà parti pour Genève distante de 60 km il est à il est exactement 12 h 00 à mon oignon. L'on discute enfin du métier, dans une résonance assourdissante, mais le dialogue est très convivial, à l'écouter il était très heureux, d'exporter des oignons en fût, des cornichons, de la moutarde, enfin si je l'ai bien saisi des condiments de toute nature. Une halte peu avant Genève 10 km environ, il est un peu plus de 13 h 00, au café de la Frontière , un relais « ROUTIERS SUISSE » que je découvre pour la première fois un Routier Français de 27 ans, soit de 8 années mon aîné, me faisait découvrir mon pays. Un excellent repas pris en commun noua une réelle amitié, avant de reprendre la route, Je ne me souviens pas de l'heure exacte, mais ce super Routier me déposa à la gare de Cornavin/Genève ou je me suis aperçu une fois seul en levant les yeux vers l'horloge géante, que mon oignon était en avance de plus de 15 minutes, et concrètement il était près de 15 h 00 une fois le rectificatif accompli, il me restais le plus difficile à concrétiser, me présenter là ou un ami, Valaisan, m'avez promis une réussite pour avoir lui-même offert ses services. Cette maison de transports officiel «CFF» et international, portait le nom de Natural Lecoultre SA Genève. Placée au voisinage de la gare je fis apparition au siège de la dite entreprise, ou une dame d'un certain âge me révéla, que les embauches ne se réalisait que le matin, exception faite pour les chômeurs, à la clef cela voulait dire revenez demain samedi. Il s'agissait dès lors de trouver une chambre pour la nuit, j'en ai fait des hôtels, Hermitage, Rhône, Pâquis, Plazza, Alhambra, etc., mais pour une nuit c'était une fortune et comme je m'attendais à en passer plusieurs avant de me trouver une mansarde, je n'avais plus qu'une alternative, me rabattre sur « LE PETARD » comme le prénommait les coutumiers, de l'établissement qui n'était autre que l'Armée du Salut, situé à la rue des Grottes à 100 m de mon aléatoire et futur employeur. Après un frugal dîner je me présente donc à ce centre d'hébergement, ou les conditions d'accueil sont clairement définies sur la porte d'entrée, fermeture de l'établissement, 21 h 00, matin ouverture 05 h 30, le prix du bol de café, 30 centimes avec une tranche de pain, alcool interdit. Etc. Me voilà à l'enregistrement avec comme pièce d'identité, l'occasion d'étrenner mon beau permis rouge, a défaut d'autre documents officiels. Puis l'accès a l'étage par un colimaçon, ou m'attend un dortoir, composé de huit lits uniformes tous occupés, ou fusent de toutes parts, haleines, aux parfums de compost, accompagnées de détonations aux émanations, qui me remémorent, qu'a ce stade il est préconiser de ne plus la remuer ?

Samedi matin le 17 décembre, 05 h 30. Debout toilette à l'eau froide, puis je me présente à la réception, récupérer mon « Rouge » et départ pour le buffet de la gare tout proche, un bon café dans l'attente de l'heure fatidique de 07 h00, en feuilletant le journal de l'emplois. 3 minutes de déplacement m'ont suffi, et me revoilà face à la dame de la veille, qui cette fois m'accompagne dans un bureau ou un homme de très grande taille, me reçoit, et se présente, Mr Ecuvillon, me signale-il, et immédiatement me demande mon permis poids-lourds, puis libère un sourire plutôt narquois, en auscultant ce dernier avec un soin si particulier, qu'il me fit penser à un faux chèque d'un million présenté a un banquier au tournant de la faillite. Puis il me dit bon ca va, mais connaissez-vous la ville, là inutile question, sachant tout juste me rendre à la gare, et bien sûr à mon «Pétard ». Suite à mon manque de connaissance de la ville il me déclara ceci, « Je cite » Je vais vous tendre la perche, vous avez chez nous l'opportunité d'inaugurer votre métier de chauffeur, voici mon offre. Lundi matin vous vous présenterez, au no (J'ai oublié) de la rue de Zürich près de l'hôtel National pour 02 h 30. Oui j'ai bien compris 02 h 30, et vous vous présenterait en bleu de travail, a monsieur, Mermoud.

Je quittais ce bureau tout heureux d'avoir enfin concrétisé mon espoir, celui de trouver un vrai emploi de chauffeur, pour la somme brute de Frs 380 (Trois cent quatre-vingt) par mois.

Vers 08 h 30 tout guilleret, bagage à main, j'ai repris mon bâton de pèlerin et je me suis mis à fréquenter les lieux publics réservés à une clientèle plutôt en quête de rencontres épisodiques. Mon but le bouche à oreille pour me dénicher un logis acceptable. Après plusieurs estaminets j'ai rejoint petit nommé, « Chez Dédé » mais là, je suis tombé sur des individus cherchant des noises, me traitant, d'hirondelle, de piaf etc., ou, que viens-tu faire par ici , va dans ton pays, paye a boire si tu veux être des nôtres, je me surpassais pour ne pas exploser, et je me suis retranché sur le choix le plus adéquat, de quitter les lieux. Enfin une satisfaction le « Café de la Victoire  », il fût, et restera emblématique, car c'est la précisément que j'ai fait la rencontre, d'une tenancière qui venait également de mon Valais natal. Mais c'est avec la serveuse que devait se réaliser mon but primaire, (Son profil étant aussi mignon que son nom, puisqu'elle se prénommait, Antoinette,) après quelques échanges de dialogue, et de consommation, elle me suggéra de partager son petit studio, situé rue de Bâle 15 je crois ou 17, situé au cœur des quartiers chauds de Genève c'est-à-dire les Pâquis. Ou j'ai tout de même passé plus de 6 mois, ou j'ai dû me rendre à l'évidence que le quartier n'était, et de loin pas un lieu ou régnait le respect de la personne, la raison du plus fort deviendra le lot de ceux qui comme moi doivent cohabiter.

Lundi matin 02 h 30 là vous allez tout savoir …. Au prochain no………


                                                                          Le Baroudeur