Lundi matin 19 décembre 01 h 30 du matin.
Après une nuit plutôt courte, mon amie Antoinette s'acquittait de sa tâche de serveuse avec le respect des conventions en vigueur, 10 h 00 prise de son service, 16 h 00 / 17 h 00 heure de chambre « Comme on la dénommait a l'époque » et de 17 h00 à 00h 00 le dimanche. Je devais donc par courtoisie la raccompagner de son lieu de travail a son domicile, guère plus de 5 minutes. Le temps de se faire un bon café, quelques promesses de fidélité, et me voilà parti pour cette mémorable rue de Zürich, a peine 10 minutes de mise en jambe. L'appréhension me suivait comme mon ombre, ne sachant pas à quelle sauce j'allais être ingurgité.
Me voilà face a une grande porte en bois à deux battants, décorée de fermants qui aurait fait pâlir de jalousie bien des prisons de hautes sécurité. Un minuscule rayon de lumière s'échappait par les jointures mal accommodées à servir d'imperméabilité. Je saisis la lourde poignée en fer forgé, et faisait irruption, sans trop me préoccuper de bien verrouiller cette lourde brèche, prétexte pour lequel, l'accueil fût plutôt rustre, quant un homme la quarantaine plus large que long, avant de m'accueillir se fit remarquer en me lançant ceci « Je cite » tu as des sacs chez toi, j'ai eu tôt fait d'interpréter, que cet effronté, n'avait pas passé son CFC dans une société de bon accueil, avant de se retrouver garant de cette écurie. Oui effectivement il me déclara tout de go, « Je cite » moi c'est, Mermoud, et si tu chemines droit on fera bon ménage sinon va falloir voir ailleurs. Me dévisageant de la tête au pieds, il ajouta encore ceci « Je cite) 1m70 /80 viens par ici, et c'est ainsi que j'enregistrai en traversant une longue halle donnant sur une écurie que les véhicules avez bien quatre roues, mais les tracteurs eux avez quatre pattes. Sur ce il me légua (A titre de prêt bien sûr) un grossier tablier de lin noir, avec bavette, et grande poche, cette dernière allant de la ceinture, jusque ou le nom de mollets prennent leurs appellation, l'avant suivi d'une cordelière qui faisait office de tour de cou. Vint ensuite une casquette, forme « Gradé de l'armée Rouge de nos jours) couleur brune, avec entourée sur son sommet d'un léger filet rouge, d'une visière, noir synthétique, surmontée d'un sigle de trois lettre dorées, (NLC) Natural Le Coultre.
Une fois affublé de cet attirail burlesque, j'ai était convié à parapher une quittance, de cet équipement, ou il était bien mentionné, a titre de prêt, avec valeur de 48 Frs, déductible de son salaire. Donc ce qui revenait à dire que j'étais redevable de ce montant, avant de débuter mon travail.
Alors me déclara-il voilà votre mission, vous vous présenterais chaque matin ici même à 02 h 00, étrillage et brossage des chevaux, alimentation, en avoine et en eau, puis attelage, a un char qui vous sera attribué ainsi que son percheron, voir deux, selon la tournée de ville a effectuer. Dès aujourd'hui et pendant environ un mois, cela dépend de vous, vous serez accompagné de M. GENILLARD, qui lui fait ce travail depuis près de 20 ans. A trois heure 30 précise, vous quittez ce lieu pour vous rendre à la gare de Cornavin, pour procéder à l'enlèvement des colis express, que vous arrimerez vous-même, et classifierez par la suite avec soins vos tournée selon un parcours établi. Me voilà dans le vif du sujet, sous les ordres, et yeux de M.Genillard, d'abord l'alimentation, l'avoine devait être soigneusement dosée, et l'eau a profusion, puis arriva le moment de l'attelage, de deux immenses percherons, qui comme me l'a déclaré mon cerbère pesaient à eux deux plus de 1700 Kg, l'écurie en comptait cinq, plus quatre chevaux. Tout cela se fit sans problèmes car j'étais un amoureux des chevaux et en plus dans mon jeune age j'en ai entretenu et monté chez des paysans de notre contrée. Nous voilà sorti au petit pas, (La gare n'étant distante d'a peine 600m) arrivée devant la gare, pas de quai de chargement, on entrait dans une très grande halle à plein pieds avec chariot a deux roues (Diable) et ont faisait ainsi la navette sur environ 40/50m, en ayant soin de se servir de la marchandise correspondant à la clientèle, sise sur le parcours. 05 h 00 nous voilà parti pour une tournée qui va durer environ 08 h 00 de temps. avant notre retour. Bien assis un fouet bien dans son emplacement de droite, pour un droitier, ou au choix a gauche pour un gaucher, une couverture pour mettre sur les genoux pendant les parcours, nous séparant des lieux de livraison, au dessus de nos tête un avancement en forme de casquette pour être protégé des intempéries, 4 roues à cercles, un pont de trois mètre quatre-vingt, le tout supportant une charge de trois tonnes, voilà le descriptif du convoi. Une fois les livraisons terminées, on faisait la ramasse, fûts de parfum « FIRMENICH » fûts de vins « SCHENKER » et toutes sortes de marchandises à reconduire en gare pour expédition, tout cela se déchargeait et se chargeait a bras, les fût avec le (Poulain) en bois. Une invraisemblance
il y avait dans ces attelages, toujours ou presque, un animal très âgé et un jeune, c'est pourquoi je me souviens que le plus âgé qui se prénommait « Wultry » avait la fâcheuse coutume de se figer impérativement de lui même, à trois emplacements bien distinct, je veux dire trois pintes, vers 09 h 00 au passage de la RENFILLE, (Lieu et resto qui existe toujours) on leur donnait l'avoine dans un sac aménagé a cet effet fixé au caveçon, il faisait un ou deux pas en avant mais pas plus, son second par instinct en faisait de même évidement, puis à 12 h 00 au Grand Lancy, et le dernier, vers la place du Cirque vers 13 h 30 un petit troquet à l'avenue Henry Dunant qui se prénommé le « PISTOU » là il était bien difficile de le faire repartir subitement. M. Genillard (Un chic type) a bien dû m'avouer que sa ferveur pour le bon vin avait fait de ses secteurs des relâches imposées, et comme lui seul avait dégrossi et guidé le Wultry, l'habitude avait fait d'eux des complices. 13 h 30 arrivée en gare mais coté nord cette fois avec quai, on procédait au déchargement de la ramasse, puis retour aux écuries, dételer, abreuver, alimenter, étrier, brosser, une journée bien meublée il est 15 h00.
Cela à duré 5 mois, auxquels j'ai eu l'opportunité d'expérimenter la ville de Genève, avec mes chevaux, (Pas celui de M.Genillard) et ainsi, démonstration acquise, j'ai été agréé a débuté mon travail, non plus de charretier mais de chauffeur de poids lourds, avec permis rouge. Mon premier camion fût un (IF) du nom de Isotta- Franchini, comme son nom l'indique, un véhicule Italien, cabine avancée, 7 m de pont, 75 ch. Mais des chevaux moteurs cette fois.
L'embarras dans tout cela, était que des amis Valaisans, qui se rendaient à Genève, le vendredi soir, en quête d'intimités, finissaient la nuit avant de repartir en train au «Buffet de la gare » de Cornavin, qui lui ouvrait à 04 h 00, et m'avait aperçu avec mes chevaux, et s'en retournaient rapporter des nouvelles dans mon village, comme (Je cite) le « Rebelle » peut bien rouler les mécaniques en se disant chauffeur, mais il fait le charretier par Genève!!!
Le Baroudeur