Des instants comme ceux là l'on ne les vit qu'exceptionnellement, enfin pour ce qui me concerne, car l'adrénaline, n'était jamais montée si haut a l'échelle du Baroudeur.
C'était encore l'époque, fin des années 60, ou pour se rendre en Irak par le parcours conventionnel, Adana – Gaziantep – Urfa – Mardin –Silopi – Habur, il fallait quitter le tracé à Kiziltepe, (Car le tracé via Nusaybin n'était pas encore réalisé) pour arpenter la déclivité, me conduisant à Mardin, qui porte bien son nom « Mardin le nid de l'aigle » car perché au sommet de cette montée je dirais d'une dizaine de km, incontestablement il était aisé pour ses bambins de 8 à 15 ans, de donner l'alerte au village, en me matraquant de pierres dans cette montée ou les virages se succèdent surtout dans le denier km avant la traversée du sud de la ville. Une fois arrivé en ville un calme relatif mettait fin, disons à l'angoisse, je me dirigeais en direction de Savur distant d'environ 25 Km ou sous la menace de nouveaux jets de cailloux, je lançais par les fenêtres de mon véhicules des cigarettes, soit en vrac, soit en paquet, lorsque les groupes était plus denses. Une fois hors de portée des antagonistes je pensais réellement à en avoir achevé avec ses saboteurs, mais le pire m'attendait a environ 50 kms plus avant sur cette piste interminable qui en en totalise 130.
Cette accalmie fût de courte étendue, puisque a moins de 10 km plus loin sur la piste conduisant à Ziseré, tout recommençait de plus belle, et visiblement même des adultes cherchaient à me stopper, j'accélérais le plus possible mais la trace complètement défoncée avec des trous de plus de 20cm ne me permettait pas de rouler à une vitesse de plus de 20 à 30 km h. J'ai pu ainsi sans perdre mon sang froid enfin me départir de ses écumeurs de routiers.
Mais voilà le plein de malchance n'était pas complet, tout ce temps perdu, inexpérience de cet obligatoire et maudit parcours, la nuit tombait graduellement, mon tableau de bord m'indiquait la mort de l'alternateur, je poursuivais lentement, mais j'ai dû me rendre à l'évidence que de toutes manières je n'arriverais pas au but, sans faire halte, et plus j'insisterais moins j'aurais de chance de remettre mon moteur en route, si je persévérais ainsi j'allais assécher mes batteries en pleine nuit. Alors je me range, sur le côté droit de cette piste sur un terrain en déclivité, dans le bon sens de ma couchette, remis de mes déboires je m'allongeais sur la couchette sans me départir de mes vêtements, avec la ferme intention, de ne pas m'endormir. Mais de l'intention à la réalité, il y a un fossé pas toujours aisé à franchir.
Malheureusement ce qui devait arrivé arriva, vers 03h00 du matin j'entendis des voix des chuchotements, mais dans le sommeil, (J'étais lessivé) en réalité je me suis rendormi, mais à 04 h10' j'entendis des crissements de sabots de chevaux, et une résonance qui m'indiquait, que l'ont me vidait les coffres extérieurs, c'est-à-dire victuailles, vêtements, bombonnes de gaz, cette fois j'ai dû me rendre à la réalité, l'ont pillé tout le convoi,
excepté la marchandise transportée qui ne contenait heureusement que de la charpente métallique destinée à l 'aménagement d'un futur monte charge à destination de Basora (Irak) précisément. Alors je tirais légèrement les rideaux de ma couchette. Et je percevais deux cavaliers face à mon parc brise les yeux rivés vers ma cabine, je me suis bien gardé d'intervenir. C'est sur les conseils d'un pote de la maison, Wütrich de Suisse, Marcel, pour ne pas le citer, un routinier, et un pionnier du Moyen-Orient, qui m'avait dit un jour « Je cite » si tu te trouves dans telle ou telle situation évite de t'exposer car les témoins pour eux sont synonymes de charges, alors tu risques ta tête mon ami. En suivant ses recommandations il m'a peut-être sauvé la vie. Car l'armée Turque est présente en permanence surtout au Kurdistan, et en cas de témoignages les condamnations sont très lourdes.
Passons au lever du jour, les alentours était déserts, premier souci remettre l'ouvrage sur le métier, mon moteur d'abord, et c'est tout juste qu'il démarra, je descendis de ma cabine et j'ai trouvé alentours un terrain noble complètement pétri par les traces de sabots de chevaux, mes coffres laissés ouverts et vidés avec soin, ceux de la remorque n'ont pas échappés à leurs flairs, outillages et autres, les cadenas ont eu tôt fait de céder, seul une pomme de terre abandonnée sur le sol faisait office de rescapée.
L'inconvénient majeur était de m'expliquer avec les autorités Turques en douane pour l'affaire du TIR qui bien évidement était rompu, mais cela pour eux n'est pas un cas unique alors le problème n'était en définitive pas trop grave. Arrivé à Ziceré, vers 10 h 00 je devais obligatoirement faire halte, peu avant de franchir le petit fleuve, ou m'attendait un poste militaire, et une prise en charge obligatoire de l'un des leurs armé, pour effectuer les 30 km nous séparant de la douane Irakienne de Hâbur. Mais quand la guigne occupe le terrain, le périple ne se termine pas ainsi, puisque peu après le pont un petit raidillon de moins de 300 m de longueur précède une petite descente, et ensuite c'est un parcours très roulant jusqu'à la douane. Mais a peine le sommet franchis un berger de mouton, me fit signe de la main gauche, deux doigts porté à la bouche, signifiait qu'il voulait des cigarettes, et dans l'autre une pierre prêt a être lancée en cas de refus, mais escorté du militaire je n'ai pas trouvé utile de parfaire la sollicitation de ce jeune gardien de troupeaux, un instant distrait par un cailloux qui heureusement, n'a pas brisé mon parc brise, mais a laissé son impact, un nouveau regard sur la route s'imposait, je me trouve subitement face à face a un mouton je dévie sur la gauche, mais ce dernier à fini sous l'essieux arrière de ma remorque. Sur ce je m'apprêter à m'immobiliser mais le soldat assis a mes côté devait m'en dissuader, alors confiant que ce dernier assumerait son rôle de garant de ma sécurité, je poursuivis ma route en direction de la douane.
A peine les dossiers déposés en l'administration, je m'apprêtais, dans l'attente de mes documents à monter dans ma cabine pour apprêter un petit repas, car je n'avais rien ingurgité depuis la veille. Mais a peine sorti de la douane une meute de Kurdes, 8 ou dix, débarquait d'un véhicule Toyota, avec chacun en main un couteau, l'un et l'autre me picotait les épaules avec des pointes bien effilées, en me sollicitant de leurs verser 800 DM (Deutsch Mark) immédiatement, Ne parlant pas le kurde un instituteur que le hasard à bien voulu qu'il traîne ses baskets par là, fit l'interprète, en ayant soin de leurs transmettre que je ne m'étais pas aperçu de la mésaventure, les braves Kurdes me firent constater la laine et le sang du mouton visible vers l'essieu arrière de la semi. Pour terminer j'ai pu grâce à la compétence de l'instituteur négocier le prix du mouton pour 200 DM. Mais j'ai compris, qu'ici tu ne dois compter que sur toi, un point c'est tout…..
NB : (l'instituteur a qui je me suis confié par après m'a déclaré « je cite » ici spécialement sur ce parcours ne compte pas sur les soldats, il mentirons pour sauver leurs peaux ‘ ‘ ) L'expérience que j'ai vécue devait lui donner raison.
Le baroudeur