Mes regrets
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Je suis devenu chauffeur car depuis petit je me déplaçais de la ville à la montagne en car postal, (1941/1948) (Un vieux Saurer BLD) qui ne dépassait guère les 25 km h en côte et je me tenais a l'avant au coté du chauffeur, a genoux sur un vieux banc du passager recouvert de cuir, la tête à l'extérieur de la fenêtre, pour le plaisir de voir sortir les roues de leurs cages (Garde-boue) dans les virages, le crissement des pneus sur un terrain précaire m'envoutait, ce sont ses précieux moments, qui comme les arabesques laissées par ces pneumatiques sur cette terre battue, dessinaient également dans ma tête mon futur, devenir un chauffeur responsable et libre.
A l'époque on choisissait tout d'abord de devenir chauffeur, parce que l'on avait pas la possibilité financière de faire un apprentissage, alors bien a l'abri les jours de pluie,(mieux que de creuser une fouille) et au chaud, (Chaleur relative car le chauffage n'existait pas) les jours de grands froids. Pour la petite histoire, années 56/62, je roulais sur un SAURER avec les demis au Meebach, 110 ch., je faisais le trajet en plein hiver par les Ardennes, Suisse Belgique, Gand exactement, je ne possédais ni chauffage ni couchette, mais un banc en bois recouvert d'un cuir noir, et comme j'avais si froid aux pieds, je m'étais au retour aménagé un chauffage artisanal, le dimanche au garage j'ai façonné un entonnoir en aluminium d'environ 40 cm de diamètre fixé derrière le radiateur ou plutôt le ventilateur, fixé a un tuyau de durit qui arrivait vers mes pieds (Après avoir aménagé un petit orifice de 5/6cm dans le plancher alors en bois). Mais l'inconvénient était lorsque je faisais fonctionner le frein moteur, (Verrouillage de l'échappement) j'avais les gaz d'échappement qui refoulaient dans ma cabine, alors je me servais de ce genre de ralentisseur avec beaucoup de parcimonie, et prenais soins, dans la mesure du possible de boucher quelques secondes l'orifice du chauffage avec mon pied droit.
Puis le plus important était la liberté, car on prenait l'ordre de transport et hop c'était parti pour une semaine au moins, plus de tél. plus de nouvelles bonnes nouvelles. On roulait (Tirait comme l'on disait si bien) avec de l'engouement, de la considération, d'une tâche définie, mais le bon temps on en avait car la concession des heures et des heures passées au volant, on se les soldait soit même par une halte rallongée, un éveil plus indolent, ou un petit arrêt quelque part. Combien de fois (Ce sont mes plus beaux souvenirs) je remontais du Midi, avec des fruits surtout, Marseille Joliette, bananes et les vins rouges, puis d'Espagne, fruits secs, ou abricots, pêches œufs vins huiles etc.,
Je transitais en Tir par la France, passage obligé avantageusement¨ ou l'on trouvait sur les Nationales (Les autoroutes n'existait pas en Europe sauf l'Allemagne) des Relais Routiers, ouvert 24 h sur 24 aux menus qui feraient encore de nos jours pâlir d'envie des Maîtres-Queue avertis, et si c'était dimanche, (L'arrivée prévue en Suisse pour le lundi matin) on allait faire un passage par les (Vogues !) tout cela dans une ambiance festive. Merci la France d'alors celle qui me fera rêver longtemps encore.
En conclusion qui ne regretterait pas ce temps là, moi le premier.