J'ai commencé à accompagner mon père en camion à l'âge de 6 ans dans les années 78. Les destinations les plus courantes étaient l'Italie, l'Espagne et le Portugal.
Sur l'Italie, on montait avec des bobines de ferraille chargées à Montataire, et au retour du groupage ou des primeurs en ATIE au départ de Cavaillon. J'ai connu le Col du Mont-Cenis, ensuite le fameux tunnel du Mont-Blanc qui m'impressionnait tant avec ses 12km de traversée. Quand on arrivait au tunnel, quelque soit l'heure, mon père avait ordre de me réveiller, je voulais voir la traversée, même s'il n'y avait pas grand chose à voir, pour moi c'était grandiose. A certains péages c'était moi qui payait, car il restait encore quelques cabines de péage à droite du fait que certains camions Italien avaient la conduite à droite.
J'ai connu ces douanes interminables, à attendre les papiers au guichet, mais aussi à se promener et à discuter au pied des camions. Quand on avait les papiers, bien sûr tous en même temps, c'était la bousculade, il fallait des heures pour sortir des autoports, ça je l'ai connu par la suite sur Irun.
Sur l'Espagne et le Portugal, c'était essentiellement de la pièce auto que l'on transportait, Peugeot, Citroên et Renault. J'ai donc connu toutes ces usines encore présentes pour la plupart. Beaucoup d'usines ne laissaient pas entrer les passagers, j'ai dû attendre pas mal d'heures dans les cafés. Je n'étais jamais seul à attendre, il y avait toujours d'autres enfants de chauffeurs, ou un routier qui attendait que son patron l'appelle pour lui donner son retour, le portable n'existait pas encore. Au retour, on remontait avec des pièces auto, des pneumatiques ou du porto.
C'est tous ces moments là qui m'ont fait découvrir le métier de routier et l'aimer, la joie des rencontres mais aussi les galères.
A 15 ans, j'ai fais un CAP de mécanicien poids lourd. La mécanique me plaisait, surtout que j'ai été rodé, car le week-end il fallait faire l'entretien du camion, voir trois à une certaineépoque.
Après mon CAP, je suis rentrée à l'AFT de Poitiers pour passer un CFP, que j'ai eu au bout de six mois de formation.
J'ai fais mon CFP avec mon père comme employeur, ne voulant pas me laisser seul sur les routes sans avoir bénéficié de son expérience, j'ai donc roulé un peu en double. Durant ce temps, j'ai eu le droit aux réflexions du moniteur personnel, fait comme si, fait comme ça etc........pas toujours facile, mais je lui dois tout ce que j'ai appris, ce que j'ai connu et tous les souvenirs qui vont avec.
Ensuite je suis allé travailler chez des amis qui sont dans la même ville que j'habite. Une entreprise familiale, une vingtaine de camions tous nickel. Là, j'ai fait de la benne céréalière, j'ai connu les joies de la poussière, les heures d'attente à Rouen à pas en finir, les campagnes de betteraves, j'ai aussi fait du plateau, du convoi exceptionnel pour le transport de moissonneuses batteuses et de la taut.
J'ai commencé avec un F12 de 330cv, avec les phares ronds et le petit levier de vitesse, qui était très agréable à manipuler, ensuite un F12 de 360cv et pour finir un AE420 privilège. Quelques mois avant d'avoir l'AE, le fils du patron qui est un copain, a eu un FH 420 série 5000ème, il me l'a laissé quelques semaines avant que j'ai l'AE. J'ai bien apprécié le FH, mais je ne regrette pas l'AE.
Ensuite, je voulais rentrer tous les soirs, pour ma vie privée. Je suis donc parti, ne voulant pas devenir un boulet pour mon patron, le mec chiant qui ne veut plus rouler. En partant, je savais que j'allais les vexer, mais ils l'ont compris, on est toujours amis. D'ailleurs, si je dois reprendre la route je repartirais chez eux.
Là ou je suis, j'ai fait un peu d'ampirol dans mes débuts, mettre et enlever des bennes de déchets chez des clients. Très vite, on m'a proposé d'évoluer, j'ai accepté de suite, j'en avais la motivation et je l'ai toujours. J'ai commencé par l'exploitation, la gestion des tournées, des heures, et maintenant, je suis plus dans la sécurité au sens large. Je suis aussi conseiller à la sécurité pour le transport de matières dangereuses par route.
Voilà j'ai fait deux employeurs depuis que je travaille, trois avec mon apprentissage. Pour l'instant, je n'ai pas l'intention de changer, j'y suis très bien, sauf que la route me manque, mais il y a FDR pour m'aider.