MES HISTOIRES

Cette histoire s'est passée en Italie en 1975. J'avais alors 14 ans et j'étais avec mon père au relais routier "Chez Tina" dans la descente du Mt Blanc côté Italien. Un routier Français est venu s'asseoir à notre table et à commencé à parler avec mon père, comme quoi il en avait marre de rouler, que ça faisait "X" années qu'il faisait ce travail et qu'il voulait s'arrêter. Quand j'y repense, son discours n'avais rien de ceux que l'on entend de nos jours quand un routier se plaint du métier, d'être mal traité et de toute les tares qu'il y a à notre époque. Non, simplement il disait en avoir marre c'est tout, sans aucune critiques. Bref, là n'était pas mon propos. Donc, sur le fait que ce gars ai parlé de la route en utilisant le mot "travail", je lui ai dit " tu appelles ça un travail" et sur sa demande de comment j'appelai ça, je lui ai répondu" moi j'appelle ça un plaisir". Je vous laisse imaginer l'effet de cette remarque sur ce mec qui en avait plein les bottes de son boulot. Mon père, un peu gêné s'est excusé en lui expliquant que, en tant que gamin, je ne me rendais pas compte et que je brûlais mon frein en attendant de faire ce métier.

Celle là est arrivée à mon père. En rentrant du nord de la France direction Bâle à la veille de Noël, mon père avec son Berliet GCK de 1963, chargé camion-remorque de chaudières, s'est arrêté au relais routier de Lunéville pour manger un morceau avant d'attaquer le col du Bonhomme. ( De nos jours on ne traverse plus Lunéville, le fameux relais à disparu, et le col est interdit aux P.L. Belle époque vraiment.) Tout à coup un routier rentre dans le relais et dit "vous avez vu ce qui tombe..." En regardant par la fenêtre, mon père voit des flocons de neige gros comme des oeufs. Il saute dans son Berliet, espérant passer le col avant que la neige soit trop épaisse. Comme mon père était toujours super équipé, il n'avait évidemment pas de chaînes. Donc le voilà parti, pas âme qui vive sur la route, le seul barjot à se lancer à l'assaut du col. A cette époque, les ponts et chaussées n'étaient pas aussi efficaces que de nos jours, et la neige montait toujours plus. Arrivé à 300 M. du sommet le camion commence à patiner. Plus moyen d'avancer. Mon père se dit "tant pis, je vais dormir là, et on verra demain." Il met le frein à main et voilà que l'ensemble glisse en arrière. Impossible de l'arrêter, même en remettant une vitesse et les gaz, le Berliet glissait à droite de la chaussée, direction le vide. Au moment où le camion allait tomber dans le ravin mon père ouvre la porte et saute de la cabine. A ce moment, la roue arrière droite se plante dans le petit fossé au bord de la route et immobilise le véhicule presque en porte-feuille avec la remorque. Mon père, voyant ça, cale le camion, remonte dans la cabine, allume le chauffage et saute dans la couchette. Il avait un chauffage à gaz et comme - de nouveau - il était super équipé, à 2 heure du mat' plus de gaz. Les ponts et chaussées sont passé à 9 heures. Mon père n'avait pas fermé l'oeil de la nuit. il était congelé et tout bleu. Le gars des ponts et chaussées l'a prit dans sa Jeep et l'a descendu au bistrot le plus proche. A peine le barman l'a vu, il a comprit et sans rien lui demander, lui a sorti la bouteille de calva. Le soir il est arrivé pour fêter Noël avec la famille. Il s'est endormi après le repas, à 21 heures et s'est réveillé à 4 heures du mat' quand tout le monde s'en allait. Joyeux Noël n'est-ce pas ?

 

En 1989, je bossais pour un patron du coté d'Asti, une vraie crevure qui faisait mourir les chauffeurs au volant. Ca faisait déjà un bout de temps que ce blaireau me pompait l'air. Un vendredi soir, je chargeais à Como pour l'Angleterre. Quand je faisais ce trafic en général je partais de suite et je déchargeais le lundi matin. Cette fois là, il me dit de venir au dépôt. Je me suis dit "bon, je rentre à la maison". Donc je pars de Como et au lieu de tirer sur Torino et le Fréjus, je descends par Alessandria à Asti où je dors devant le garage. Le lendemain je fais le service du camion et une fois fini, à 14 heures, le connard vient me dire que je devais partir de suite pour être à Calais à 6 heures le lendemain et décharger à Londres le lundi. Voilà la discussion que j'ai eu, mots pour mots avec ce con. Moi - Tu m'as fais venir jusqu'ici pour me dire ça maintenant. Lui - Il fallait bien faire le service du camion. Moi - D'ici à Calais il faut 14 heures, je vais d'une traite, sans dormir, manger et me laver. Lui - Demain tu auras tout le temps pour ça. Moi - Je n'ai plus le droit de rouler après 22 heures ce soir. Lui - Tu peux rouler jusqu'à 8 heures demain matin. Moi - Tu sais très bien que 8 heures c'est en Italie. En France c'est 22 heures. Lui- Il n'y a pas de flics la nuit. Alors là j'ai dis d'accord. Faut pas discuter avec des tarés pareil. J'ai toujours été partant pour "tirer" toute une nuit voir plus si vraiment c'est nécessaire, mais me faire perdre 18 heures que j'aurais pu rouler pour me faire passer au dépôt et ensuite me faire rouler comme un con, c'est se foutre de ma gueule. Du coup je suis parti, et je me suis arrêté à 20 heures chez mon pote Jean-Claude, le gérant de la station Total à Pont d'Ain. ( Si vous passez par là, passez lui le bonjour pour moi.) et j'y suis resté jusqu'au mercredi midi. Tout le monde me cherchait. L'affréteur, les clients, le patron, etc. C'était la panique. Quand je suis rentré, bien sûr, le tôlier c'est mis à gueuler. Je l'ai envoyé chier, et il a pu se chercher un autre esclave.