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Les paysages des routiers modernes
Je pense que des regrets on en a tous un certain nombre. Moi en tout cas j'en ai plusieurs, mais mon regret le plus important c'est de voir comment ce métier s'est dégradé. C'est plus qu'un regret, c'est carrément une plaie que j'ai au fond de moi et qui ne se refermera jamais. Ce métier comme je l'ai connu enfant, me manque tous les jours de ma vie. Des fois quand j'entends de la musique qui me rappelle un moment précis de ma vie de routier à l'époque que j'aimais, ou que je passe à un endroit que je fréquentais souvent dans le temps, ou encore si je croise un milles-pattes tout plein de lumière la nuit, il me vient une terrible nostalgie. J'en arrive presque à avoir les larmes aux yeux. J'en veux à tous ceux qui on foutu ce métier en l'air, et à tous ceux qui ne l'on pas défendu. Je pensais déjà arrêter l'international depuis un moment vu comment devenait le métier, mais il est vrai que je n'était pas vraiment pressé, quand un jour de 1994, je me suis arrêté à 5h du mat' dans un parking d'autoroute pour dormir. Il n'y avait plus une place alors je me suis mis où je pouvais. 1 heure après que je dormais, un enfoiré de flic à tapé contre ma portière comme un sauvage et il a gueulé "Y'a de la place maintenant, je repasse dans 5 minutes, si t'es encore là ça va chier" D'habitude je l'aurais violemment envoyé péter, mais avec 18 heures de volant dans les bras un samedi matin, j'ai fermé ma gueule. Ce jour là je me suis dit "J'arrête, c'est sûr, et vite" Je pensai faire du TP, ou des livraisons en ville, ou n'importe quoi en attendant de trouver quelque chose qui me permette de lâcher le volant. Pour moi rouler c'est en international où rien du tout. Le T.P., le terrassement, les livraisons, etc., pour moi c'est de la merde, (chacun ses goûts). Mais le soir, quand je ferme la porte de mon appart', il n'y a pas un âne de flic qui vient me faire chier... De 2003 à 2008 je n'ai plus roulé du tout. Il m'auras fallu 9 années de merde dans les chantiers et dans cette ville dégueulasse qu'est Genève pour trouver enfin quelque chose qui ne m'allait pas trop mal. J'étais magasinier et je bossais de nuit. C'était pas la route mais ça m'allait pas trop mal. De toute façon, depuis que j'ai arrêté la route en 1994 je suis devenu le blaireau moyen qui va au boulot pour avoir un salaire à la fin du mois et c'est tout. Les temps changent, les gens aussi, mais pas souvent dans le bon sens....
Puis, courant 2008, une succession d'emmerdes m'ont mis KO. (Perte de mon job, chômage, perte de mon oncle due au cancer, fermeture du club de voitures anciennes que l'on avait créé suite à des dissenssion avec mes amis, problèmes avec les autorités de mon canton, etc, etc)
J'ai donc repris la route contre ma volonté pour ne pas crever, mais je constate que tout ce qui m'avait fait tourner le dos à ce boulot est arrivé à un stade insupportable et maintenant, "grâce" au limiteur de vitesse et à toutes ces saloperies d'interdictions de doubler sur autoroute (entres autres), le routier actuel n'a plus comme paysage que deux glissière et le cul de la semi qui le précède. C'est vraiment déplorable...