Poêmes...

 

Dans le mauvais alcool qui empeste à plein nez

Et dans l'odeur âcre du tabac qui m'enfume,

Je suis là comme un con près d'une putain fanée

Qui pour se faire sauter sensuellement se parfume.

Et ça sent la matrone, le touriste et la bière,

Ca pue par vagues fades le fric et le mégot,

De derrière le comptoir sous sa gueule de gruyère,

Il y a le caissier qui ramone ses naseaux.

Ca grouille de madame, de messieurs distingués,

De filles à la hauteur qui parlent avec leurs fesses,

De jeunes demoiselles sans nul doute bien nées,

Qui pour se cultiver acceptent des caresses.

Dans le fond de la salle, un pauvre type souriant,

Glisse un œil abruti sous les jupes d'une voisine,

Et il bave comme un porc dans son verre de vin blanc,

Avec la face de cul du mec qu'on assassine.

Sous l'effet du gros rouge, vautré sur une table,

Affalé dans un plat où trône un cassoulet,

Un gros monsieur ventru à l'allure convenable,

Chatouille en rotant, une vieille desséchée.

La voila en chaleur dans un prompt retour d'âge,

Comme un vieux camembert elle coule vers son amant.

Elle lui tend sans façon le vide de son corsage

Et lorgne instamment, l'intime de l'inconscient.

Dans la lumière blafarde d'un néon tamisé,

Un couple de poivrots, un couple de cochons,

Sur un divan crasseux et cent fois retraité,

Essaient ce que souvent, ils font à la maison.

Alors dans ce décor d'un brillant avenir,

Où se corrompent la vierge et le digne bourgeois,

De tout sage conseil je préfère m'abstenir,

Et je laisse à chacun la liberté du choix.

 

 

Le corsaire du roi

 

Il était grand capitaine

Il était corsaire du roi

Et en lui quoiqu'il advienne

Tous ses hommes avaient la foi

 

Sur les mers, les continents

Ne résonnait que son nom

Sa justice, ses châtiments

Et la voix de ses canons

 

Lorsqu'au loin vers le levant

Se dessinait son galion

Et que flottait dans le vent

L'invincible pavillon

 

Le silence s'installait

L'angoisse était à son faîte

Pour ceux qui déjà savaient

Que proche était leur défaite.

 

Pour ceux qui avaient osé

Sur l'océan le défier

Et ceux qui n'avaient osé

Dans un combat s'édifier.

 

Jusqu'où irait son audace ?

Quand prendraient fin ses exploits ?

Jusqu'à quand fera-t-il face

Aux ruses que l'ennemi déploie ?

 

Puis un jour vers les tropiques,

Quatre navires apparurent.

Quatre équipages fanatiques

Et payés pour sa capture.

 

Il comprit que le destin

Ne lui laissait aucune chance,

Que ne servirait à rien,

Une ultime résistance.

 

Mais fidèle serviteur

De son roi, maître après dieu,

Nul ne dira que la peur

Fut inscrite dans ses yeux.

 

Il rassembla ses marins,

Demanda des volontaires

Et tous levèrent la main,

Ils finiraient tous en frères.

 

Aujourd'hui au bout d'une chaîne

Il se souvient qu'une fois,

Il était grand capitaine,

Il était corsaire du roi.

 

 

L'Auberge du grand Dédé

 

Dans un quartier mal fréquenté

Se tient l'auberge du grand dédé

Et c'est dans la salle enfumée

Que se retrouvent les mals aimés.

Pour être admis, faut être grossier

Sale puant et mal rasé

Savoir jurer, savoir cracher

Et du couteau savoir jouer.

Ici vous êtes en société,

Pas besoin de vous présenter

Démocratie et liberté

Choucroute , saucisses et cassoulet.

En mille et une spécialité :

L'coup de rein sur canapé

L'coup d'surin improvisé

Celle du passant dépouillé

Du poulagat éventré

Et l'coup d'sang du curé.

Pas de pucelles éploréees,

De clients non balafrés

De travelos de poules mouillées

De cols durs amidonnés.

A l'auberge du grand dédé,

Venez tous vous amuser,

C'est l'endroit tout indiqué

Pour passer une bonne soirée.

 

 

A la table d'une auberge, un homme se restaure,

Son esprit semble lié au journal qu'il lit,

Que de tristes nouvelles, que de drames que de morts,

L'anxiété sur son front visiblement s'inscrit.

 

Pense-t-il au Vietnam, à Cuba ou ailleurs,

S'est il transporté aux Indes ou en Afrique,

Il partage sans doute le poids de ces malheurs,

Peut être qu'il se transpose noir, en Amérique ?

 

Que fait il brusquement, il s'agite, vocifère,

Va-t-il mettre un terme au monde qui s'enlise,

Peut être a-t-il trouvé solution à la guerre ?

Une goutte de sauce a taché sa chemise…