Dans le mauvais alcool qui empeste à plein nez
Et dans l'odeur âcre du tabac qui m'enfume,
Je suis là comme un con près d'une putain fanée
Qui pour se faire sauter sensuellement se parfume.
Et ça sent la matrone, le touriste et la bière,
Ca pue par vagues fades le fric et le mégot,
De derrière le comptoir sous sa gueule de gruyère,
Il y a le caissier qui ramone ses naseaux.
Ca grouille de madame, de messieurs distingués,
De filles à la hauteur qui parlent avec leurs fesses,
De jeunes demoiselles sans nul doute bien nées,
Qui pour se cultiver acceptent des caresses.
Dans le fond de la salle, un pauvre type souriant,
Glisse un œil abruti sous les jupes d'une voisine,
Et il bave comme un porc dans son verre de vin blanc,
Avec la face de cul du mec qu'on assassine.
Sous l'effet du gros rouge, vautré sur une table,
Affalé dans un plat où trône un cassoulet,
Un gros monsieur ventru à l'allure convenable,
Chatouille en rotant, une vieille desséchée.
La voila en chaleur dans un prompt retour d'âge,
Comme un vieux camembert elle coule vers son amant.
Elle lui tend sans façon le vide de son corsage
Et lorgne instamment, l'intime de l'inconscient.
Dans la lumière blafarde d'un néon tamisé,
Un couple de poivrots, un couple de cochons,
Sur un divan crasseux et cent fois retraité,
Essaient ce que souvent, ils font à la maison.
Alors dans ce décor d'un brillant avenir,
Où se corrompent la vierge et le digne bourgeois,
De tout sage conseil je préfère m'abstenir,
Et je laisse à chacun la liberté du choix.