PREMIER TOUR SUR LE MOYEN ORIENT
(Transports Camperi Ginestet 34 Vendargues, AL BASRAH terminus Sud Iraq)
Déjà, au départ de Paris, parti en solo avec un tracteur tout neuf, Volvo 88 à l'époque, afin de récupérer une remorque, je perçois de sournois à coups vers le pont ou la boite de vitesse. Direction Volvo Paris, essais, contrôles, essais, recontrôles. Défilé des mécanos, arrivé des techniciens, consultation au sommet… ??? Et là, le miracle, l'ange Gabrielle de la mécanique est apparu. Le Mongol (ce n'était pas encore mon surnom à l'époque), en freinant brutalement en solo, avait fait un léger plat sur un jumelage. D'où les petits à coups repérés en roulant. Les mécanos sont repartis discrètement à leurs occupations, les techniciens aussi, très discrètement, la queue entre les jambes, avec peut être les félicitations de leur grand Gourou. Une journée de perdue, facturée à l'œil, mais à l'époque on était pas à 1 jour près pour des voyages qui duraient quelquefois plus d'un mois.
Je passerai sur les détails du chargement, les préparatifs, les courses au « super conserves » du coin, les douanes, et le futur Mongol, fier comme un Bar Tabac. YALLAH ! Italie, Yougoslavie, Bulgarie, Turquie et pas le temps de faire 10L d'huile avec une olive puisque « Inconscient » Et là, à l'entrée de Bagdad au Check point (point de contrôle militaire à l'entrée et sortie de chaque ville )j'arrive avec une rage de dent à me faire sauter le caisson. Et là je suis sérieux. Explications avec les militaires, en Anglais, et direction je ne sais où, dans une grosse voiture noire, les pieds callés sur 2 Kalachnikovs. Arrivée à l'Hôpital, de nuit, et réveil d'un pauvre bougre qui dormait sur un carton, avec sûrement fonction d'infirmier de garde. Reexplications et prise de cachets. Lesquels ? Je m'en fous, je suis preneur, j'avale tout, j'ai trop mal. Retour au camion, atténuation de la douleur et stationnement sur place. Bagdad by night, Shereazade and Co, les milles et une nuit, ce sera pour plus tard. Echangerai danse du ventre contre dentiste.
Entre parenthèses, chaleur lourde, air difficilement respirable, pays inconnu, panneaux directionnels inexistants, certain écrits en arabe, stress, sommeil agité et pour couronner le tout de très nombreux ronds points, comme en Angleterre, avec plusieurs avenues…LE PIED. Comme fait exprès, mes quelques collègues du moment m'avaient largué pour d'autres destinations douanières, mais aucun en direction du sud.
Vers 7h du matin, réveil de la douleur, retour au Check point, explications avec la relève, retour à l'Hôpital et là arrivée d'un médecin. Piqûre dans le cul, debout dans une salle austère, pantalon baissé. Grosse prise de risque si vous voyez ce que je veux dire. Un certain PLANTADE, chauffeur de son état a failli, au sujet d'une piqûre de vaccin obligatoire, se prendre une très grosse piqûre en Iraq, par contre, si pour moi c'était sur la fesse, lui s'était entre. C'est tout nouveau, ça vient de sortir. Si un jour il vous raconte son histoire, avec l'accent « d'Agen, » les dames se feront pipi dans la culotte. Par contre, lui, sur le coup, était plutôt crispé (de partout).
Je poursuis donc, retour d'un infirmier, avec un cornet en papier journal dans lequel, différents cachets inconnus prirent place. Retour au camion et vite, vite direction le chantier français d'Al Basrah où je devais livrer. Mais voilà, plein de ronds points, pas de panneaux, une ville immense, la piqûre et les cachets qui commencent à faire effet…T'en VEUUUUUUUUX !
Je tourne en rond, je demande plusieurs fois ma route dans un état second, encore quelques ronds points, et je parle Iraquien couramment. Puis je me colle comme un morpion, sur 2 camions étrangers, « puisque moi je suis français, » qui semblent avoir une immatriculation bulgare. Je suis euphorique je me suis trouvé 2 copains. Apparemment ils viennent du Nord et se dirigent vers…l'est, l'ouest, ou le sud. INCH ALLAH. Drogué comme je suis j'irai même faire une belote avec Saddam Hussein.
Je sors de Bagdad, toujours collé à mes 2 « amis », vu qu'on fait la route ensemble, et j'aperçois le premier panneau m'indiquant Al Basrah. Je suis sauvé, la route principale va me conduire à destination. J'arrive sur le chantier français, je leur explique mes aventures style Burt Lancaster dans « La dernière caravane », je joue un peu les héros, les dames se pâment, leur petit cœur palpite d'émotion… non, là j'exagère, trouvez moi vite un dentiste. THE DENTISTE.
Quand j'ai vu l'installation du cabinet dentaire, j'ai regretté. Des fois on se dit qu'il ne faut pas remettre au lendemain, ce que l'on peut faire le jour même. Je pensais à mon testament. La roulette, avec ses courroies style western des années 40 avec en prime, les flèches des indiens en anesthésie. C'est psychologique, « a pu mal ».
Enfin de compte, ce chirurgien iraquien, qui avait fait ses études aux Etats-Unis, mais qui possédait un très beau matériel de musée, de l'époque de l'inquisition, à la vue de l'état de ma gencive, m'a rédigé une ordonnance en arabe, direction la pharmacie avec mon cady d'antibiotiques. Si on arrache vous êtes mort m'a-t-il fait comprendre, en Anglais, alors que j'aurai très bien pu parler iraquien au premier tour de roulette.
Je vous passe le retour sous antibiotiques, vu que j'allais mieux et que j'ai pu regagner la France. Chose curieuse et inoubliable, passé Vintimille, côté français, passé la douane, je me suis mis à trembler ?? Le choc du retour, la joie d'avoir réussi « MON PREMIER TOUR » ?? Aussitôt les effusions familiales consommées, les cadeaux et souvenirs distribués, les coups de téléphones donnés, direction……et oui le dentiste.
Je lui explique le pourquoi du comment, la souffrance endurée, le confrère iraquien, l'abcès, l'hôpital, la pharmacie etc etc…Bon assez parlé, on pique, on arrache, et on se casse. La steppe attend le Mongol pour de nouvelles aventures. Et non mon bon monsieur Mongol, on continue les antibiotiques pendant une semaine, sinon DANGER. Une semaine après, et après une dizaine de piqûres, tout était anesthésié : le nez, la bouche, les oreilles, les yeux, les agmydales, sauf la dent. THE DENT en iraquien.
Et bien croyez le si vous voulez, mais le Mongol a fini sous anesthésie générale, en clinique. Et il est reparti, un croc en moins, mais déjà accro d'aventure, de grands espaces, de découverte, de vie tout simplement.
Un peu moins douloureux, les dysenteries dont je vous parlerais plus tard, à l'heure du repas.
Bon appétit à tous.