MENTALITE...

 

Je suis rentré, il y a 30 ans maintenant dans le monde des routiers. Au départ, je n'y connaissais rien. J'avais donc signé sans savoir ce qui m'attendais, mais j'en voulais. J'ai tout appris sur le tas. Au début, le métier était dur, mais nous étions heureux. Nous étions respectés par tout le monde, et il y avait une solidarité sans failles. Pour faire ce métier, il fallait avoir la vocation, presque comme les curés, quoi.

Après 5 à 10 ans de route, je me suis aperçu d'un changement de comportement, parmi les routiers qui faisaient du national. Cela devenait le début de la période « ma gueule d'abord, les autres débrouillez vous ». Il restait alors une bonne ambiance parmi ceux qui faisaient l'inter.

Maintenant, 30 ans après, tout est pourri. Mon métier, est devenu un métier banal, pratiqué par des gens qui s'en foutent complètement. La majorité des entreprises de transports sont maintenant dirigées par des « fils à papa », qui n'ont jamais mis les pieds dans un camion, qui ne connaissent rien au transport, si ce n'est que les comptes de fin de mois. Je sais, qu'il y a des bons dirigeants, mais je dois avouer que je suis de l'ancienne génération, et j'ai appris mon métier, dans le plus pur style « marche ou crève ». Ce n'était d'ailleurs plus du tout le même métier qu'aujourd'hui. Les chauffeurs, eux, ne sont pas meilleurs. Fini la vocation, ils travaillent, parce qu'il faut travailler, c'est tout. Le principal pour eux, n'est pas la qualité de leurs prestations, ni la pérennité de leur entreprise, non, la seule chose qui compte maintenant, c'est avoir un maximum d'argent, pour un travail minimum. Voilà pourquoi 95% des camions roulent en excès de vitesse permanent. A titre d'exemple, en Bretagne où il n'y a pas d'autoroutes, mais des voies express, et des nationales, une semi-remorque, ne doit pas dépasser les 80 Km/h. Hors, nous voyons en permanence des camions roulant à 90 / 100, des cars à 110, même des citernes d'essence, qui elles étant limitées à 60 ou 70 roulent allègrement à 90 comme les autres. Les seules qui respectaient la vitesse, étaient celles appartenant aux compagnies pétrolières, maintenant, il n'en n'existe pratiquement plus.

Pour moi, le mot « sécurité » veut bien dire quelque chose. J'estime et je sais que j'ai raison, qu'il vaut mieux dépasser les temps de conduite de 10 ou 20 minutes, tout en respectant la vitesse, que de respecter les temps de conduite et rouler pied au plancher du matin au soir. Cela me paraît évident, mais pas aux fonctionnaires bornés qui ne savent que lire bêtement leurs notes internes.

De plus, au niveau social, si on roule 10 Km/h plus vite que la norme, sur une période de 8 heures, cela fait une heure de travail gratuite donnée à l'entreprise. Sur 20 jours de travail mensuel, cela fait 20 heures gratuites, soit deux jours et demi. Deux jours et demi, c'est le nombre de jours de congés obtenus par mois de travail. Donc en simplifiant l'exposé, nous voyons bien que les congés payés des chauffeurs sont en fait payés par eux même, et non par leur employeur. En périodes de grèves, quand ces messieurs barrent les routes, en gueulant contre les patrons, parce qu'ils sont exploités, cela me fait rire aux éclats. Personne n'est derrière eux, pour appuyer sur la pédale d'accélérateur. Et c'est encore sans compter sur leurs responsabilités en cas d'accidents. Leurs permis sautent et leur emploi aussi.

Il suffit de s'arrêter dans un relais routier, et de les écouter raconter leurs exploits devant les serveuses, qui d'ailleurs n'en n'ont rien à foutre pour la plus part. Ensuite, quand ils sont sur le terrain au devant de difficultés, ces mêmes personnes se font discrètes, et l'expression « rentrer en marche arrière dans le bureau », prend tout son sens, avec des gens comme çà.

Quand j'écrivais, que le métier de conducteur routier, était devenu banal. Banal, au point de ne plus m'intéresser du tout. Enfin le métier, si, il m'intéresse, mais ce sont les personnages autour qui ne m'intéressent plus.

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