A priori, je n'en ai eu que deux et demi. Céline en 1980, et Sébastien en 1985. Pour le demi supplémentaire, il ne s'agit pas d'une faute de frappe, il va falloir, lire l'histoire pour comprendre.
CELINE :
C'était notre premier enfant, une fille. Rien à redire, elle était bien portante et normale. Tant mieux. Par contre, elle est née, huit mois après notre mariage. Pour nous, cela ne changeait rien, mais pour les chefs de la famille Guénégo, à savoir, les deux sœurs Le Corno, c'était un crime de lèse-majesté. Cela voulait dire que Jeanne avait couchée avant son mariage. Mais ceci est une autre histoire. A sa naissance, je roulais pour Schambourg. C'était au retour d'un tour de Danemark, que j'appris la naissance de « Bicou ». J'étais à Pontivy, en compagnie de Le Hir, un jeune qui était à son compte, et qui faisait un tour de Danemark, toutes les semaines avec un F88. J'ai donc appris que c'était une fille. Dès que j'ai pus, je suis aller la voir à l'hôpital. La suite fut plus classique, les couches, les biberons, etc.….
Du fait de mon métier, c'était Jeanne qui s'occupait principalement de sa fille. De temps en temps, je mettais quand même la main à la pâte, ou plutôt, les mains dans la merde, quand il s'agissait des couches. Pour les mêmes raisons, je ne l'ai pas vu grandir non plus.
Maternelle à Noyal, secondaire à Muzillac, et elle a déjà seize ans. Elle ne voulait pas nous dire quel métier, elle voulait faire. Ce n'était pas grave, un jour viendra, où elle nous le dira d'elle-même. Ne serais-ce que pour faire ses études. Ce fût donc à ma mère, qu'elle s'est confiée. Elle voulait être conducteur routier. Diable, sa mère comptait la voir faire coiffeuse, elle en avait été vexée.
Donc elle a fait ses études à Pont-l'Abbé dans le Finistère. Deux années pour avoir ses permis poids lourds et ses examens. En pension la semaine, elle rentrait le week-end en train. A suivre, elle a fait une année de plus en agent du transport. Cette année là, elle a eu le droit d'avoir un appartement. C'était l'époque où nous, ses parents avions les moyens. Ensuite, elle est partie à l'école du Porteau à Poitiers, où moi-même j'étais, trente années plus tôt. Là bas, elle à fait un Bac Pro transports, en deux années. Puis à cause de mes problèmes avec la justice, elle n'a pas voulue continuer pour faire un BTS Transports. Déjà, sans parler des études, qui sont relativement dures, elle avait eu son accident et les soucis que nous avions lui ont sapés le moral.
Durant sa jeunesse, elle a eu beaucoup de coups de gueule avec sa mère. Un jour, elle a fuguée. Elle devait avoir sept ou huit ans peut-être. Elle avait mis des vêtements dans un sac, puis elle est partie à pied. On l'a retrouvée à la sortie du bourg. Elle partait chez sa grand-mère à Damgan.
Chaque fin de semaine, en rentrant à la maison, je lui apportais un petit quelque chose. Le plus souvent, c'était des Kinders, un œuf en chocolat, avec un cadeau surprise à l'intérieur. On en a eu toute une collection. Lorsque l'on rentrait de promenade le dimanche après-midi, en voyant le camion dans la cour, la réflexion habituelle était: « Tiens, papa, est là, peut-être qu'il a ramené un coco chocolat, on peut allumer la télévision ? ». Comme toutes les petites filles, je pense, elle aimait les jupes et robes volantes. Elle prenait plaisir à tourner sur elle-même pour faire voler les pans du vêtement. Comme sa mère, elle a été majorette à la Jeune France de Noyal. Elle faisait la fière avec sa petite jupette et son bâton.
Un jour où nous faisions le plein d'essence dans une station de Vannes, nous avions décidés de faire laver la voiture aux rouleaux. Donc nous restons dehors tous les quatre, car il me semble que ma mère était avec nous ce jour là. Le fameux « Queue Plate », son nounours, était resté sur la lunette arrière. Tout allait bien jusqu'à ce que le rouleau arrive au niveau de l'arrière de la voiture. C'est à ce moment que Céline s'aperçoit que le Queue plate était resté dans la voiture. Elle a piquée une crise, car elle avait peur pour son Queue plate. Et là, ce n'était pas un caprice.
Un jour, elle a faillie se faire estropier, elle aussi, et par sa faute. A Damgan, après être sortie de la voiture, elle a refermée de toutes ses forces la porte du véhicule. Pour ce faire, elle avait une main sur la porte, et la seconde était en appui sur le montant de la voiture, au niveau de la serrure. Ce n'est qu'une fraction de seconde avant l'impact qu'elle l'a enlevée, sans le faire exprès. Ma sœur avait vue cela aussi, mais nous ne pouvions rien faire.
LE DEMI ENFANT
Maintenant, c'est au tour du demi enfant. Celui que l'on ne connaîtra jamais. Jeanne ayant fait une grossesse extra utérine, elle avait du avorter. Que serait-il (ou elle) devenu (e)? On ne le saura jamais.
SEBASTIEN
Viens ensuite le tour de Sébastien. Pour lui, j'ai voulu assister à l'accouchement, et ainsi j'ai pu voir comment cela se passe. Au moment où il est né, j'ai pleuré, je n'ai pas pu me retenir. Pleuré de joie, certainement, mais surtout d'émotion. Car derrière ma carapace, je suis très émotif.
Lui non plus, je ne l'ai pas vu grandir. Quoique de temps en temps, il venait avec moi en camion, en Espagne. Il passait le plus clair de son temps à dormir, et à faire des cabanes avec les couvertures dans la couchette de l'AE.
Quand il était petit, il appelait sa soeur « ya », lui c'était « moné », quant à moi c'était « gros didet ».
Au niveau scolaire, je dois avouer que j'ai été déçu. Il était bien le fils de son père, on ne se casse pas trop la tête, mais on avance toujours plus loin. Il devait avoir environ onze ans, quand j'avais récupéré une vieille mob. un Peugeot 102. Il s'en servait, pour faire le tour de la maison, sur la pelouse, puisqu'il n'avait pas le droit d'aller sur la route avant d'avoir 14 ans. Plusieurs fois il me demandait l'autorisation d'aller sur la route, mais il faut être ferme. « Encore trois ans à attendre, je ne tiendrais jamais ». Ben si mon gars, il va falloir. Maintenant, il a 17ans et demi, et il en a eu des mobs et des scooters.
Autant sa sœur est du genre intello, que lui s'est plutôt un manuel. Très vite, les moteurs de mobs n'ont plus eu de secrets pour lui. Les montages d'autoradios, de petites lumières et des Klaxons, sur les scooters des copains non plus. A l'âge de onze ans, c'est lui qui était aux commandes de ma grue de vingt cinq tonnes, pour charger la ferraille dans mon camion.
Maintenant, il est où? Dans une école de routiers, mais à Guer.
