...Mon plus beau transport ...

 

Tout commence comme d'habitude par un coup de fil de mon pote Thierry dit le Fléau.

Thierry : -« Salut, alors tu ne veux plus bosser, routier de parking !  Tu roules déjà ? »

Moi : -« Ben non, je n'ai pas eu d'appel aujourd'hui ! »

Thierry : -« Je descends vers Malaga pour livrer une centrale hydraulique… »

Il sait que je maronne dans mon coin. L'Espagne, c'est ma destination favorite. L'air moqueur je lui réponds : « Non, moi tu sais, j'attends pour partir en Finlande… »

Thierry : -« Tu as le droit d'y croire, la Finlande c'est ma spécialité, c'est pas pour les p'tits joueurs. Regarde plutôt où se trouve cette p…de centrale. Je n'arrive pas à la trouver. Elle n'est indiquée sur aucune de mes cartes. »

Je le chambre un peu en lui disant qu'il est grand temps de changer ses parchemins.

Moi : -« Pas de problèmes, je regarde et je te rappelle. »

Après avoir regardé sur mon atlas espagnol, je m'apprête à le rappeler quand le téléphone sonne. C'est Bruno, notre affréteur habituel.

Bruno : -« Bonjour Philippe, tu es disponible ? Car j'aurais de l'ADR pour la Finlande ! »

Je rigole tout seul, il me demande pourquoi ? Je lui explique ma discussion avec Thierry.

Bruno : -« Bon tu passes cet après midi vers 14h00 et je t'explique. »

Je rappelle le Fléau, lui indique l'endroit de sa centrale et je lui dis innocemment : « Je pars à Vaasa en Finlande… »

Lui était monté à Tampere la semaine avant. Pendant que j'étais à Vigo. Chacun son tour.

14h00. Je me présente au bureau des expéditions. Bruno m'explique que j'ai une caisse de 250 kilos soumise à l'ADR pour la centrale de Vaasa et une de 300 kilos pour la centrale d'Anjalankoski. Quand je parle de centrales, se sont des centrales de production d'énergie.

Si tu peux livrer Vaasa en premier, ce serait très bien. De toutes façons, on n'est pas à un jour près. L'ADR en bateau c'est la galère…

Les caisses sont prêtes. Je remplis mes CMR et je suis obligé d'attendre les déclarations de MD (matières dangereuses) et la liasse de consignes de sécurité.

15h00 Je suis chargé, je quitte l'usine, avec tous mes papiers en ordre. Mon véhicule est signalé. (plaques oranges)

Je quitte Belfort et je prends l'A36 de direction de l'Allemagne. Je passe la frontière et monte sur Francfort par l'A5. Pour une fois que ça roule bien en Allemagne. Le temps est gris et maussade. Mais pas de pluie. Donc un peu plus de chance de ne pas avoir des « cartons » sur l'autoroute.

Je quitte l'A5 au sud de Kassel et je reprends l'A7 en direction du nord. Il est 20h00, je fais ma pause repas à l'autohof de Kircheim. J'adore cet Autohof. Il y a deux stations services avec restaurants et un Mc Do. Je continue à rouler jusqu'aux premiers signes de fatigue. Je passe Hanovre et je m'arrête pour la nuit un peu avant Hambourg. Mes paupières sont lourdes, je m'endors immédiatement.

Le lendemain matin, après un bon café, je passe Hambourg et prend l'A1 en direction de Puttgarden. L'arrivée à l'embarquement se fait sous le soleil. Il n'y a pas grand monde. Quelques camions sont là, très peu de touristes. Je me gare et me dirige vers le bureau de la Scandlines. Je leur montre ma liste ADR et à ma grande surprise, ils me la font recopier sur une de leur fiche. Je suis attablé comme un écolier en train d'écrire une dictée. N° ONU etc.… Je rends ma copie, et on me donne mon billet d'embarquement. Mais, les choses se corsent. On me dirige sur un parking très loin des autres véhicules, entre des tas de sable et des extincteurs. Tout ce que j'ai compris, c'est qu'il est formellement interdit de fumer et peut-être même de péter ! En fait, je me trouve sur l'aire de stockage des véhicules ADR. A coté de moi, une citerne allemande. Nous sommes là comme deux cons au milieu de nulle part. Au bout d'une bonne demi-heure et après avoir vu le bateau partir, un cycliste vient vers nous et nous dirige vers une rampe d'embarquement.

Nous avons un bateau pour deux véhicules !!! C'est un petit navire un peu du genre Nord-Pas de Calais (pour les habitués de Seafrance) qui est capable d'emporter une douzaine de semis. Il y a un restaurant où nous mangeons avec les membres d'équipages.

Nous voici au Danemark. Attention la vitesse est limitée à 110 km/h sur autoroute. C'est plat et très cultivé, blé, maïs. Cet endroit du Danemark ne me plait pas du tout. Alors raison de plus de se hâter lentement vers Helsingor. Deux cent kilomètres plus loin, après avoir passé Copenhague, je suis au port d'Helsingor. Après être passé au bureau et m'attendant au pire, je prends ma place dans la file des camions. On ne m'a rien demandé. Le gars à jeté un œil sur mes papiers, ma demandé si mon fourgon était signalé (plaques oranges) et zou à l'embarquement ! La traversée se passe comme d'habitude : Une douche, un repas, un tour à la boutique, au bureau de change et c'est le débarquement à Helsinborg.

C'est l'arrivée en Suède. Le voyage commence à devenir intéressant. Je sors de la ville et je prends l'E4 en direction de Jönköping. Aujourd'hui, je ne vais pas chez Volvo à Göteborg. Les paysages sont radicalement différents. Je me pose avant Ljungby pour la nuit.

Réveil un peu tardif tant pis, une bonne douche et un bon petit déjeuner qui en couronnes suédoises fait…. très cher ! Ce que j'apprécie dans les pays du Nord, c'est les variétés de pains qu'ils proposent au p'tit dej. J'ai en gros 450 km à faire jusqu'à Stockholm, une belle balade. Il fait beau. On s'adapte à la conduite suédoise. Lentement mais sûrement.

Les maisons en bois sont, pour la plupart peintes en rouge et dans le jardin, le traditionnel drapeau bleu à la croix jaune flotte au vent. La route est agréable. Je traverse les forêts, longe des lacs immenses, et après avoir traversé Norrköping je fini par arriver en fin d'après midi à Stockholm.

Mon copain Thierry m'avait dit : -« Prends la Silja line, c'est la moins cher. »

Ok, Fléau, je vais suivre ton conseil. Mais le gros problème de la capitale suédoise est que chaque compagnie de ferries dispose d'un port différent. Comment trouver celui de la Silja ??? Je suis l'itinéraire PL et j'arrive comme une fleur sur les ferries… de la Viking ! Et merde…. Je demande à plusieurs personnes mais je ne comprends pas les explications. Je m'arrête acheter un plan de Stockholm et je m'aperçois que le port de la Silja est à 6 km au nord. En fait cette ville est construite sur plusieurs îles. C'est très joli mais pas évident pour quelqu'un qui ne connaît pas. Demi-tour. Je traverse la ville et Ô stupeur je vois un magnifique panneau d'interdiction aux MD. Après une bonne heure de galère, je trouve enfin le port. Je me gare dans la file, et entre dans le bureau. Là une discussion cocasse s'en suit.

La préposée, une blonde typiquement suédoise (d'un gabarit à peu près égal au mien), me demande si je suis français. Je lui réponds qu'oui. Elle me dit :  « Ce n'est pas vrai ! Les Français ne parlent pas Anglais ! » Je rigole et on discute un peu de la France. C'est marrant les idées que se font les étrangers de notre pays. Elle me parle culture, beaux monuments, soleil et climat doux, vins et champagne. Elle ne connaît pas la Franche Comté ! Moi ce que je veux, c'est embarquer. Son collègue prend mes papiers et me dit : « Vous ne pouvez pas embarquer vous avez un produit interdit à bord des bateaux. » Quoi ? J'ai bien pu passer jusqu'ici. Il m'explique que j'ai un petit flacon de 50 cl (very dangerous.) La brave suédoise lui tire la liasse des mains, la relit et me dit : « Ne vous inquiétez pas, vous embarquerez mais seulement demain matin. »

Elle me tend mon ticket et mes losanges (MD) à poser sur mon fourgon. Je la remercie chaleureusement et lui demande ou je peux dormir ? Elle me répond mettez-vous dans la file numéro 4, celle des camions et bonne nuit !

J'ai de l'occupation, pas moins de 12 losanges à poser sur mon fourgon. Trois par coté et le pire, ils ne sont pas autocollants, ce sont des plaques de PVC…Les files d'attentes se remplissent ; c'est une invasion de Scania et de Volvo qui viennent passer la nuit là. Je ne dis rien, ils sont chez eux…Ha, ha, ha ! Un petit casse croûte et dodo. Mauvais le dodo, un frigo n'a pas cessé de ronronner toute la nuit. J'étais juste à coté. Comment font les chauffeurs de ces engins ?

Mes plaques ADR

Le lendemain, c'est l'embarquement à bord d'un superbe ferry. Je me suis réservé une cabine. Que voulez-vous avec l'âge on aime de plus en plus le confort ! Et puis dix heures de traversée, c'est long ! A peine arrivé à bord, une bonne douche et visite du navire. C'est grand, c'est beau, c'est scandinave. La route qu'emprunte le bateau passe au milieu de nombreuses petites îles couvertes d'épicéas. Elles ont presque toutes le chalet rouge, le drapeau et le petit port avec le bateau. Les gens nous font signe de la main en faisant leur barbecue. Vraiment beau à voir. Ca me fait penser que c'est l'heure du repas. Après le repas, une bonne sieste dans un vrai lit. Retour sur le pont. Je ne me lasse pas de regarder ses îlots. Le bateau ne bouge pratiquement pas. Jusqu'en Finlande, ce sera ainsi.

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......Ferry Siljaline................................Cabine Ferry..........................Entre Suède et Finlande

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Les ilots

Nous arrivons à Turku. Je sors de la ville et je me mets à la recherche d'une station service et d'une boutique pour y refaire des réserves. Puis j'attaque la route. Direction le nord. Environ 350 km à faire avant d'être à Vaasa. J'ai quand même roulé jusqu'à 70 bornes de l'arrivée. Je trouve un parking où tout est réuni. Le petit « plus » Finlandais c'est que tout est ouvert 24h/24. Je range mon fourgon un peu à l'écart. Et je m'endors comme un bébé.

Le lendemain, après un bon petit déjeuner, je me dirige vers la centrale de Vaasa. Une chance, c'est une thermique. Pas de problème pour entrer. Un coup de fil à mon contact et me voilà vide. Le chef de la sécurité ne veut pas prendre de risques avec ce produit de m… Il stocke dons la caisse à l'extérieur. Une poignée de minutes plus tard je ressors et direction plein sud.

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Routes scandinaves

Il est 9h15. Je prends l'E12 en direction de Tampere, Lahti et enfin Anjalankoski. Il fait un temps magnifique et la route est belle. Je vois des forêts magnifiques. Je descends tranquillement je serais sans problèmes à Anjala demain matin. Je passe Tampere et au même moment, mon portable sonne. C'est Bruno. Il veut que je recharge 4 « valises de contrôle » à la centrale de Tampere. Il faut que j'en laisse deux à Anjala et redescendre les deux autres à Belfort. Ok, c'est parti. J'appelle le Fléau pour lui demander où se trouve la centrale. Une demi-heure après, je suis dans la cour, garé devant un container « Alstom ». Les deux monteurs ne reviennent pas : « Ne nous dit pas que tu viens de Belfort ? ». Bref après quelques minutes de bavardage, je charge mes valises, rempli ma CMR et je repars.

Plus je m'approche d'Anjalankoki, plus je double des camions russes. Je ne suis pas loin de la frontière. Je m'arrête pour la nuit à 20 bornes du lieu de livraison. Un casse croûte et dodo. Les chauffeurs russes ont tous le même look : Crane rasé, polo marin rayé et pantalon camouflé. Mais ils sont calmes et silencieux, et surtout, ils doivent être fatigués.

Réveil de bonne heure, une t'ite toilette un bon café et je me mets à la recherche de cette satanée centrale.

Je suis descendu par Lahti puis Kouvola. Je quitte la route principale et j'arrive à Anjalakoski, je recherche comme j'en ai l'habitude, les tours de refroidissement des centrales. Elles dégagent des nuages de vapeur d'eau, on les repèrent à des kilomètres. Mais là, rien ! J'ai l'impression de me retrouver au temps de la conquête de l'Ouest. Des cabanes en bois, sont plantés le long d'une rivière, avec en guise de cheminée un tube et des forêts à perte de vue. Je ne vais pas tourner en rond, un coup de fil à mon contact… Le gars d'Alstom m'explique que c'est la centrale électrique d'une scierie.

-« C'est facile, tu n'as qu'à suivre les cheminées rouges et blanches ! »

Ok, je vois les cheminées. Je me dirige droit dessus. C'est une énorme scierie !

Arrivé au poste de garde. C'est pile l'heure de l'ouverture. Je gare mon fourgon sur le coté et alors que je me dirige vers les bureaux, j'entends hurler derrière moi. Je me retourne et je vois une bande de géants, chevelus et barbus (imaginez une dizaine de Chabal vêtus de treillis et de vestes à carreaux ) qui entre dans la centrale en chantant et en titubant ; les bouteilles encore dans les mains… Le garde sort, et leur demande leurs bouteilles. Ils les posent gentiment sur la fenêtre du poste de garde et entrent prendre leurs postes, toujours en chantant. Après avoir vérifié ma CMR, le vigile m'explique, dans un Anglais parfait, où je dois me rendre. Il m'explique aussi que les gaillards que nous avons rencontrés sont des Russes qui travaillent en Finlande. Ils vivent 6 mois de l'année dans les cabanes un peu plus loin…

Je trouve ma centrale, et là, m'attend un monteur de Vannes (en Bretagne). Ancien baroudeur, (il a monté ou réparé des centrales dans le monde entier) il apprécie particulièrement d'être là. Nous discutons autour d'un café pendant ¾ d'heure. Je lui refile 3 paquets de cigarettes. Je vide ma caisse et mes valises et puis c'est le départ pour Helsinki. Je me suis empressé de virer mes plaques oranges !

Un p'tit coup de fil à Belfort : - « Le déchargement c'est bien passé ! Je quitte Anjala. »

Bruno : - « Ok, bonne route ! Tu peux me prendre une bouteille d'Aquavit ? »

Moi : - « Pas de problème, je te ramène ça ! A bientôt. »

Je regarde mon Atlas, et se pose à moi un choix cruel ?

Comme je suis monté en ADR, je n'ai pas pris d'aller-retour sur ordre de mon affréteur (il voulait connaître le prix exact d'un aller en ADR). Je suis donc libre de mes mouvements.

-Soit redescendre par Helsinki, Turku et retour par la Suède et l'Allemagne.

-Soit prendre le ferry à Helsinki pour Tallin en Estonie. Puis rentrer par la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et enfin l'Allemagne.

J'hésite ! Puis le souvenir cahoteux des routes Polonaises me revient en mémoire…Ce sera la Suède.

Aujourd'hui encore, je le regrette !

Je descends par l'E18 jusqu'à Helsinki. Un petit tour en touriste dans la ville. Puis toujours sur la même route, direction Turku que j'atteins le soir. 293 km. Bon d'accord, j'ai lambiné…Mais l'embarquement ce fera à 9h00 demain matin. Repas au Mc Do de Turku. Puis je vais au port prendre mon billet d'embarquement et une bonne nuit de sommeil au port.

Sur le bateau, qu'elle ne fut pas ma surprise en voyant des « bunnies » partout. En fait, il s'agissait d'un voyage organisé par des étudiants qui profitent de la détaxe de l'alcool. Ils ont pris un aller-retour et ils font la fête ! Les garçons sont déguisés et les toutes les filles sont en bunnies.

Ils ont installés une véritable discothèque à bord. Mais au niveau des cabines, c'est calme. Courage au matelots qui ramasseront des centaines de boites de bière !

L'arrivée à Stockholm se passe sans problèmes. Je traverse la ville en direction de Linköping. C'est l'arrêt pour la nuit.

Le lendemain matin, après un bon gros « petit déjeuner » je reprends la route pour Helsingborg. Je passe le ferry et je traverse le Danemark d'une traite. Je commence à en avoir marre. Encore la traversée Rodby / Puttgarden et je suis au pays des « Stau » (bouchons en Allemand). Encore une nuit de passée et je traverse l'Allemagne (j'ai mis le booster). Je suis heureux d'être rentré. Je livrerais les valises Lundi matin…

Je n'ai qu'un souhait, ne plus toucher un volant durant tout le week-end…