Mon Carnet de bord... Suivez mes aventures, semaine après semaine!

Avril 2009

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Mercredi 1

Nous sommes le 01 avril, journée toute entière consacrée aux blagues... Hé bien moi je n'en ferai pas! J'entends d'ici la grogne de mon publique désarçonné, mais non! je ne changerai pas d'avis! Je fais des blagues toute l'année, le premier avril est en quelque sorte ma journée de repos...

Je me réveille dans mon lit ce matin, c'est étrange, je n'y dors que très rarement. Je vais au dépôt au terme de mes 9 heures de coupure, mais j'arrive trop tôt alors pour m'occuper je lave, fais mes pleins, remets des palettes.

Je charge à Bourg et prends la direction de Valence. Je croise Adrien26 qui se demande qui est dans ce Daf jaune qui fait pleins d'appels de Phares... Je fais un peu de muscu à Valence en poussant les crochets dans la semie, puis je file direction-Italia. Sur la très encombrée rocade grenobloise je fais coucou à Maxime26... encore un "26", c'est pas possible ils sont partout...

Phénomène étrange, j'entre sous le tunnel du Fréjus en quittant le soleil français, je sors de ce même tunnel en découvrant le déluge italien... c'est, je pense, la blague du 01 avril de Dame Nature...

En tous cas je ne rigole pas trop en voyant l'état de la chaussée, je suis carrément aux aguets bien que relativement rassuré par la lourdeur de mon chargement. Je m'arrête manger à Suze et profite de la traversée du parking pour prendre une douche gratos...

je continue mon chemin en renonçant à la retransmission radiophonique de la piètre prestation de l'équipe nationale face au FC Pont de Vaux, heu... à la Littuanie, c'est presque pareil.

Stop après Piacenza, et pas une blague de la journée.

les Rosegar doublent plus vite que leur ombre

déluge en Italie

Jeudi 2

Je suis à l'heure pour livrer mon premier client à Reggio Emilia. Pendant que l'on s'affaire dans la semie à laquelle je n'ai pas l'autorisation d'accéder, je poursuis mes lectures toujours plus haletantes. Puis j'avance mon "repas" de midi à 11h car je crainds de ne pouvoir le faire au moment voulu. J'utilise le mot "repas" en me demandant si 2 tranches de poulet-mouliné, 4 "kiri" et 2 compotes constituent effectivement un "repas"...

de midi à 14h les routes italiennnes connaissent un léger répit dont je profite pour rejoindre mon deuxième point de livraison près de Modena. Arrivé à 14h, je vais y rester jusqu'à ... 20h30! Ils ont vidé environ 10 camions avant de m'indiquer le quai, ici ça marche comme ça: on sait quand on arrive mais jamais quand on repart... bon... cela ne me pose guère de problèmes car j'ai toujours mon bouquin à lire et cette lecture avance à grande vitesse.

Le soir je parts me mettre en place pour mon rechargement, sans prendre le temps de manger car j'ai beaucoup mieux à faire: finir mon livre.

1h30 du matin, je suis au coeur d'une zone industrielle désertique, je tourne la page 596 et achève cette lecture sans avoir ni faim, ni sommeil... conclusion: lire ça entretient.

Oasis-Oasis! C'est bon-c'est bon!!!

heyyy !!! salut beau-gosse!

Vendredi 3

Dans la même dynamique qu'hier je vais passer toute la matinée à attendre pour charger... seulement là ça devient lassant... il n'y a rien de prêt, ni marchandise, ni papiers, nous sommes vendredi et j'aimerais bien rentrer!

Je parts tout de même avant midi direction le Mont Blanc, la France, Bourg en Bresse et Pont de Vaux. Sur la route je passe devant mon frère qui - je ne le savais pas - était sur l'aire de Casale, puis il me passe devant alors que je fais 45min à Châtillon... je lui repasse devant lorsqu'il fait 30 min à Aoste... et on finit par se rejoindre sur le parking du tunnel du Mont Blanc... J'y suis arrivé au moment où le convoi des frigos partait, je vais donc y rester 50 min, je vous laisse imaginer ma joie en ce vendredi soir...

Je redescends sur Bourg en musique et en téléphone (attention, ça ne veut pas dire que j'écoute le groupe "téléphone"), je gare mon 38 tonnes (comme disent ceux qui parlent des camions sans la moindre connaissance du sujet) et je saute dans ma voiture-du-peuple car il y a une partie de basket endiablée qui m'attend.

Le frangin-Fredo au péage du Mont Blanc

les 2 frangins devant le tunnel

Samedi 4

Le voici, le voilà, il est beau, il est chaud c'est..... le nouveau camion de Rockn'Roll-Régis-Star-du-peuple !!!! Encore un Volvo ! Oui, et je suis très content car pour moi, Volvo est au camion ce que Prince est au Choco, un idéal... attention! je ne dis pas que BN c'est dégeu, c'est juste que Daf c'est un peu mou, Scania c'est un peu raide, Renault c'est un peu moche...et les autre je ne connais pas et cela ne m'intéresse pas des masses...

Donc voilà, c'est mon camion attitré, celui dans lequel je vais épendre mes activités guitaristiques-bruitistes, celui dans lequel je vais préparer ma recette préférée: la knakiflette (de l'eau, des gnokis, des knakis, n'importe quel fromage - 2 minutes de préparation - pas de vaiselle - pas de goût - mais la sensation d'avoir un moellon dans l'estomac), le camion dans lequel je vais rouler 6 jours et dormir 5 nuits par semaine... bref ma résidance principale...

Je vais passer tous le samedi à l'étudier et à l'aménager... le test à venir après une période de prise en main.

le voili-

-le voilou

Dimanche 5

Ce week-end est passé plus que vite... le temps de faire du basket, de l'aménagement de camion, une répète et une barquette de lasagne à midi... il faut déjà y retourner et je suis naz... je n'ai pas forcément envie de dormir, mais j'ai envie de ne rien faire car le basket m'a achevé physiquement...

Je suis néanmoins tendu en ce dimanche après midi car j'ai entre les mains un joujou tous neuf avec seulement 15 km au compteur, donc il s'agit de ne pas faire n'importe quoi... (cela dit je n'ai pas pour habitude de faire n'importe quoi... si, avec une guitare...mais pas avec un camion).

Je suis apparemment dans une période nordique en ce moment car je remonte sur Lens. Je décide de passer par Paris, une route nettement plus attractive pour une conduite nocturne comparée à l'itinéraire par l'A31-l'A26 sur lequel on ne voit rien si ce n'est des travaux bien laborieux, des renards téméraires et des hérissons écrasés... et puis l'A31 ça me rappelle trop mes montés dominicales d'un temps jadis où je paradais en sapin de noel.

J'ai trouvé une bonne alternative au GPS: c'est le pote-qui-a-un-GPS, ainsi il n'y a qu'a demander, il n'y a même plus besoin de chercher (le pote en question s'en charge), et le renseignement est identique...il n'y a qu'à dire "merci Monsieur 26".

En ce qui concerne mon nouveau camion, la première étape est franchie avec succès, ça roule comme sur des pneus de camion, rien à signaler! Ha si, il y a juste un truc, le haut parleur gauche grézille sur les basses, c'est un élément prépondérent pour moi qui passe environ 27 heures par jour le poste allumé... il va donc falloir étudier le problème.


enfin je suis installé

le soleil fait son show

Lundi 6

L'endroit dans lequel je livre ce matin est tout le contraire de celui décrit la semaine dernière: ici c'est rapide et c'est sympa, j'y reviendrais avec plaisir! Pour recharger ça ne va pas trop mal non plus, j'ai juste eu peur pour récupérer mes papiers en voyant pas moins de 11 chauffeurs - la bave aux lèvres - devant le guichet, mais j'ai reçu mon BL avant tout le monde sans savoir pourquoi... dans ces cas là on ne cherche pas à savoir...

En route direction Bourg par le même itinéraire que la semaine dernière. 2 fois que je viens dans le Nord, 2 fois qui il y fait un soleil torride... les ch'ti vont se mettre au Pastis et la pétanque pas tard... ("pas tard" signifiant "incessamment sous peu" en Pontévallois moderne)

Je fais 45 minutes sur la nationale entre Joinville et Chaumont. Il y a une cabane à frites, alors je me paie un "américain"... ok je suis une pince mais là pour 6euro20 j'ai du pain, un steack et des frites : pas de salade, pas de tomate, pas d'oignon rien d'autre, ça fait un peu cher le sandwich fadace! bon, j'ai faim - ça ne m'empêche donc pas de le dévorer.

J'arrive dans la soirée à Bourg, détèlle, attèle une autre semie et parts me mettre en coupure non loin d'ici pour vider demain matin. L'endroit est une récente base logistique, la mise en activité date d'environ 2 mois et pourtant c'est incroyablement mal étudié: pas de place pour manoeuvrer, parking désuet, cul de sac au fond de la cour... c'est assez hallucinant et je m'intérroge sur la compétence des ingénieurs qui ont pensé un tel projet... La nuit est difficile car il règne ici un foutoir phénoménal...


Reims et Vitry...

Chaumont

Mardi 7

Une fois vide je retourne au dépôt et dételle la semie. La mienne est en cour de chargement alors je profite du temps imparti pour prendre ma douche. Je refais le même tour que la semaine dernière mais avec un jour d'avance. Une bonne cinquantaine d'appel de phares à Dedieu pour qu'il me reconnaisse au niveau de Chanas puis j'arrive sur Valence pour ma séance de muscu Hebdomadaire. Cela ne me déplait pas de participer au chargement du moment que les autres n'en profitent pas pour partir faire autre chose: je viens "aider", je ne viens pas "tout faire"... on est d'accord...

quelques secondes de rigolades avec un ancien collègue-Vivarais et me voilà reparti pour l'Italie. Grenoble sera aujourd'hui une horreur à traverser, ensuite c'est la zenitude totale.

Pause pasta à Suze et c'est reparti le ventre plein et de la bonne zic dans le poste. au bout de 8h45 de volant je pense à m'arrêter: je fais une station... puis une deuxième... puis une troisième... à ce moment là je suis à 9h50 de volant et je n'ai rien trouvé pour me nicher, même n'importe comment... je commence à m'inquièter sérieusement, puis j'entrevois un camion arrêté sur un espace en retrait le long de l'autoroute, il reste une place, je saute sur l'opportunité. je suis effectivement le long de l'autoroute mais assez loin de la voie de circulation (environ 6 mètres), donc pas trop de danger, ça ira très bien pour dormir d'autant plus que la cabine n'est même pas secouée à chaque passage.

je me couche direct.

il était flic et il faisait du bon travail...etc etc...

c'est le printemps

Mercredi 8

9h de coupure dont environ 7 de sommeil et me voila reparti pour Reggio Emilia.

A 13h je suis vide et je vais sur modena. Pas de 15h d'attente aujourd'hui, c'est même assez rapide, si bien qu'à 16h c'est fini et à 17 h je suis lavé (je parle biensûr du camion).

D'ailleurs au lavage, je flânais pendant que le laveur exerçait ses talents dans ma semie... il y avait là un distributeur de boissons chaudes, un distributeur de boissons froides, un distributeur de dvd (avec que des dvd-pornos dedans) et un distributeur non identifié duquel j'ai dû me rapprocher pour apercevoir le contenu: des produits d'entretiens autos, des déhodorisants et..... des strig avec ouverture centrale! je n'en reviens pas! tu penses acheter un kinder bueno et tu reparts avec un string, et avec ouverture en plus! c'est dingue... mais je vais pas être au bout de mes surprises pour aujourd'hui...

Je ne recharge que demain alors je me permets de prendre mon temps et de m'arrêter à Campogaliano pour visiter une boutique d'accessoires PL... On m'avait prévenu mais je n'avais pas constaté les dégâts moi même : la boutique a bien changé... elle a troqué son nom de "Truck-shop" pour une enseigne rose-clignotant "sex & truck shop"! C'est trop naz, cette boutique était l'une des plus importante en accessoires camions, et maintenant c'est les 3/4 du magasin en vidéos-pornos pour seulement 1/4 en accessoires (de camions)... quelle idée de se mettre aux DVD-porno? ça intéresse vraiment les gens qui ont pour la plupart internet et donc accès à tout ce qu'il y a de plus porno sur terre? autant se lancer direct dans le commerce de minitels, de walk-man et de magnétoscopes! bref, je suis resté environ 1,5 seconde dans cette boutique pourrave...

finalement je vais direct sur mon lieu de rechargement, je mange au camion et m'évertue à balbutier mes annecdotes dans mon carnet de bord...

bon il va falloir y rajouter 2-3 truc à ce camion...

j'ai chû dans cette zone

Jeudi 9

Pas moins de 3 quais différents pour obtenir un chargement complet ici... mais bon, ça se passe pas trop mal et je parts pile pour "Le Fou du Roi", ma vieille habitude autoradiophonique quotidienne... et dire que certains m'imaginent mi-homme, mi-rebelle... comment leur annoncer que j'écoute quotidiennement Stéphane Burne???

Sur la portion Mantova-Cremona, en passant par Goito, il y a des tronçons de route où le croisement est périlleux, même avec avec les voitures. Aussi, lorsque je croise un camion, je vais jusqu'à m'arrêter pour assurer le coup car j'aime énormément mon rétroviseur gauche... bref, s'il a bien une chose qui m'énerve parmi le tas de choses qui m'énervent, c'est de croiser LE bourin de base, qui passe en force même si je suis arrêté parce LUI n'en a rien à faire de taper un rétro... Tout ça pour dire que sur cette portion, à 3 reprises j'ai eu une monté d'adrénaline... heureusement ça n'a jamais touché...

Comme j'ai relativement le temps je décide de chercher des tapis pour remplacer les horreurs en cahoutchou que volvo met d'origine. sur ma route, je fais escale à Piadena (c'est fermé), à Crocetta (il n'y en a pas) et au Grand Bosco (ils sont moches)... donc je rentre broucouille...

En France j'appelle le frangin pour prendre des nouvelles, il m'apprend qu'il coupe à Modane... je viens d'y passer... trop tard. Alors je roule jusqu'à l'aire de L'Ile d'Abeau histoire d'avoir une douche à porté de main. Je me gare sur les places voitures, non pas pour faire ch..er le monde, mais parce que mon frigo hurle à la mort et je n'imagine pas une seconde me caser au milieu des collègues qui dorment... quand on peut éviter!

mi-Stralis, mi-Eurostar

c'est beau

Vendredi 10

Sur l'aire de L'Ile d'Abeau il n'y a qu'une douche pour les dixaines et les dixaines de camions qui y transitent, en plus il n'y a ni miroir, ni lavabo perso... bref ils ne me reverront pas de si tôt! Ce matin j'ai "flané" une demie heure entre les boites de Pringles et les triangles Donat en attendant mon tour... Il y a vraiment trop de couleurs dans ce genre de stations, ça agresse l'oeil de bon matin: entre le rouge vif des KitKat, le jaune vif des M&M's, le bleu vif des Bountys et le verts vif des Balistos je constate que toutes ces marques ne savent quelle couleur adopter pour accrocher le clampin moyen...

Je livre une plateforme de la zone des Chesnes qui, et j'ai découvert ça ce matin bien qu'on m'ait averti hier, a changé d'adresse depuis peu. Je vais perdre un bon quart d'heure de tournage en rond.

Je livre une autre parti de mon chargement dans les alentours de Bourg, je recroise Kéké de chez Cotto qui insiste pour me payer le ju alors que je n'ai pas mangé... bon, ça se refuse pas...

je retourne au dêpot, met 142 litres de fuel dans le frigo au moment même où il désammorce, je n'en reviens pas j'avais fait le plein mardi! heureusement que ça arrive ici!

Je passe l'aprem à belgommer mes réservoirs histoire que ce camion brille un peu, à l'image de son pilote qui lui brille beaucoup... je rentre vite vite vite car je vais encore être en retard pour gratter ma guitare, ce soir, dans le noir, jusqu'à tard, va savoir? (je m'excuse publiquement pour ce manque d'inspiration final).

Tps Dussol

réservoir, ho! mon réservoir, dis-moi qui est le plus beau de tous les Routiers

Samedi 11
Dimanche 12

Lundi 13

Difficile de trouver la motivation nécessaire pour entamer une nouvelle semaine en ce lundi de Pâques ensoleillé. A 15h30 je m'affole pour faire mon sac, et ce n'est pas trop tôt sachant que j'envisageais, à la base, un départ de Bourg à 16h...

...17h, j'entre dans la cour des Tps Asotrans... Je ne sais même pas si je suis réellement à la bourre compte tenu que je ne connais pas trop mon programme: je sais où je livre et je vais aller y dormir, par contre je ne sais pas où et quand je recharge. 17h15, j'ai la bonne initative d'ouvrir le coffre à palettes pour voir si justement il y a des palettes...et là, c'est le drâme: je n'avais pas vu mais un verin du coffre est cassé et, lorsqu'on ouvre ce dernier, il s'avère très difficile de le refermer. Je vais m'énerver là dessus 10 bonnes minutes qui vont venir aterrer mon départ déjà cahotique...

17h30, je franchis - enfin - le portail en camion.

Sur la route, pas de téléphone, tous juste un peu de musique, je regarde le flôt de véhicules de toutes provenances ramener les familles à leur maison après ce long weekend-Pascal... j'arrive aux pieds du tunnel, il n'y a aucun camion, je me gare et entame la quiche lorraine - Pascale (faite par ma maman-Pascale), et j'ai à peine le temps de la finir que les convoyeurs débarquent. Ils me font signe de venir, j'en suis à 14 min de coupure... je fais semblant de chercher quelquechose, semblant de faire gonfler la pression d'air, semblant de regarder un truc par là-bas... 15min, bingo! j'avance jusqu'à la cabine et m'engoufre sous la montagne.

Pour une fois je n'ai pas perdu une minute avec les 15min de "régul" qui me permettront de faire seulement 30 min vers Ivréa. La route est saturée de bagnoles toutes plus luxueuses les unes que les autres coté italien, avec au volant des "pilotes" tous plus individualistes les uns que les autres... Loin de moi l'idée de faire des généralités, mais là je subis sur toute la descente des comportements vraiment navrants: "Moi", "moi", "moi"! voilà ce que je comprends quand je vois les types faire les appels 1km avant de doubler, passer en force dans les travaux ou coller le véhicule qui précède...

A la station d'ivréa j'abandonne l'idée d"aller boire quelquechose car non-contents d'envahir seulement l'autoroute, les touristes ont aussi mis la main sur la "Tamoil" et rien que de loin ils me saoulent...

Je reprends l'asphalte, passe Milan et retrouve la sérénité d'une Autostrada rendue aux géants des routes qui y accomplissent sans broncher leure besogne nocturne.

J'arrive au milieu de la nuit chez mon client.

ça brille déjà un peu plus!

salut mec!

Mardi 14

Tiens? c'est étrange? je m'attendais à ce que l'on tape au camion ce matin mais c'est mon portable qui me réveille. Cela ne me rassure pas trop à vrai dire car j'ai un complet de "pendu" à vider et ça prend du temps. Je comprends tout en tirant les rideaux: il y a autour de moi pas loin de 10 camions à décharger - conséquence d'un jour en moins dans la semaine (j'imagine) - du coup je pense être là pour un moment... Je préviens la tour de contrôle et apprends en retour qu'on me videra à 14h30... génial...

Je somnole un moment mais j'abandonne vite car j'ai chaud, il y a trop de bruit avec les frigos et ça pue le cochon grillé... donc j'entame un nouveau bouquin, allez-hop, on y va, en route pour l'aveennnture... on n'y résiste pas....

Je mange vite-fait deux-trois trucs qui trainent dans le camion entre deux chapitres, puis voilà enfin mon tour: pesée et mise à quai pour une nouvelle période d'attente-littéraire...

16h, je travaille enfin un peu: je m'affaire à remettre au propre la semie avant d'aller laver tout près d'ici.

17h, vide et lavé, j'apprends que je ne recharge que demain et pas trop loin d'ici... Je repense à mon départ catastrophe d'hier et m'interroge en songeant que j'aurais très bien pû partir ce matin... (pas trop compris sur le coup?)

Je monte à 80km/h sur Mantova, derrière moi se forme une file indienne de camion impressionnante car il est interdit de doubler sur l'autoroute du Brenner... j'ai comme l'impression de faire ch..er le monde... puis je me fait une raison, ceux qui en ont à marre n'ont qu'à doubler, j'en aurais peut-être été en d'autres circonstances...

Stop à Mantova, soirée saucisses-lentilles/maquereau-à-la-moutarde en pleine zone industrielle...

(rien)

fin de "petite" journée

début de "gros" repas

Mercredi 15

Je suis entouré de voitures au réveil, mais ça va, je peux sortir.

Vous voulez une annecdote bien nulle? ho oui! ho oui! Vas-y raconte!.... ok : Ce matin, j'étais en train de me brosser les dents "à l'ancienne", assis sur le siège passager avec ma bouteille d'eau, et la fenêtre ouverte en guise de lavabo (on fait comme on peut!)... je ne sais pas ce qui s'est passé mais soudain j'ai avalé du dentifrice de travers, et, en réaction spontannée incontrôlable, j'ai toussé violemment... crépissant par la même occasion tout le tableau de bord de dentifrice... pathétique... heureusement, un coup de sopalin humide et plus aucune trace! (fin de l'annecdote)

J'ai 4 mises à quai à faire pour charger...

vous voulez une seconde annecdote bien nulle? ho oui! ho oui Régis! on adore ça!.... ok : ça c'est passé sur au deuxième quai ce matin, je positionne le camion, enfile mes gants, mon blouson et me dirige vers l'escalier d'accès... je pousse la porte et je tombe sur.... suspens... le sosie parfait, tellement parfait que je suis resté bouche bée en le voyant, le sosie parfait dis-je de.... George W. Bush! incroyable! il est là, avec son tire pal, il a la même tronche avec la même coupe de cheveux, le même pif, les mêmes oreilles, le même léger strabisme convergeant sur le même regard insignifiant témoin d'une stupidité profonde... en gros il a l'air con pareil! Je fais mine d'avoir oublié quelquechose dans la cabine car j'ai effectivement oublié quelquechose dans la cabine: mon appareil photo! Je reviens donc avec mon arme dans la poche, guettant la moindre occasion pour ramener un trophé à mes lecteurs... mais l'opération est délicate... bien que visiblement ma proie n'est pas des plus farouches, comment puis-je justifier de le cadrer si on me prend sur le fait?... durant tout le chargement je vais rester en observation, mais finalement je rentre de cette chasse bredouille... quelle dommage! Autant ceux qui me connaissent savent que je trouve des ressemblances improbales entre individus, mais sur ce coup là je n'en reviens pas, ce cariste qui visiblement débutait avait tout du guignol texan...

Je décolle à 11h, fais une pause sur l'aire de Stradella pour enfin acheter des tapis pas trop moches et bien assez chers (60 euros)... sur cette aire il y a environ 8 réelles places pour concrètement une trentaine de PL jonchés dessus dans tous les sens... j'ai d'ailleurs failli y rester prisonnier et j'en suis sorti au centimètre près...

Je roule, repasse en France, croise un certain Miko dans le col de Ceigne et ratéris à Bourg-en-bresse-les-bains pour une nouvelle coupure. Durant la soirée je m'acharne à trouver enfin la solution pour activer le RDS sur mon autoradio... sans succès... ça fait maintenant 2 semaines que je roule en grandes ondes avec en plus un grésillement sur un HP... je n'ai jamais eu de chance avec mes autoradios, je vous raconterai ça un autre jour...


les belles routes italiennes

un Ecossais pressé

il fallait que je m'arrête prendre cette photo!

Jeudi 16

Ce matin je parts livrer au nord de Lyon, le temps est exécrable. En revenant je pose la semie chez Lamberet (et non "Lambéret"-petit message ciblé) à Vonnas (et non "Vonnasse"-re-petit message ciblé). Je rentre en solo en faisant gaffe sur la route détrempée. Je prends une autre semie et fonce charger vers la plaine de l'Ain. Pas le temps de manger, je me rattraperai ce soir...

Une fois mes palettes de bidoche bien au froid dans la semie, cap sur le sud...

Je m'attendais à voir du beau monde et je vais être servi: Tout d'abord, j'ai osé doubler son Altesse Sérénissime, sa Majesté, Son Excellence, son Humble Pureté, sa Sublimissime, son Epoustouflante, j'ai nommé Phil26, saint patron des chemins vicinaux de la haute Ardèche septentrionale. Et Son Altesse Majestueuse ne voyage pas tout seul, en effet, Son Excellence Sublimissinale promène avec lui aujourd'hui deux de ses disciples, deux convertis, deux adorateurs de son Altesse Sérénimissiminiminale: Alain26 et un Pilote de FH from Lubac dont - je m'en excuse - j'ai oublié le prénom.

Un café et un quart d'heure plus tard, je me cale à 80 derrière Sa Supériorité Authenticinalitaire, car je ne livre que demain-8h à Marseille, donc j'ai le temps. Deuxième fraction de coupure avec Sa Pureté Purificatricinnelle à Mornas; puis je reprends la route tout seul.

Mais l'aventure ne fais que commencer car j'ai rendez-vous avec une autre légende du Rock&Roll: Rascalito himself, LE Rascal, celui que je vois en photo sur FDR depuis que je suis tout petit, celui qui ose porter le sac-banane la tête haute, celui qui a plus fait pour la bonne humeur sur le forum-FDR que Garou pour la promotion des pastilles-Vichy, bref une Star une vraie. Cependant, la Star ne se laisse pas approcher facilement...il faut d'abord traverser une flaque géante à l'entrée du parking... mais après c'est une supère soirée garantie sur fond de défaite de l'OM (pléonasme).

pluie printanière

en solo à Vonnas

le plus beau camion du monde

les plus beaux routiers du monde

Vendredi 17

Café avec Rascal avant d'attaquer une rude étape: livrer en pleine rue, boulevard Plombière, à 8h du mat'... forcément j'arrive dans une pagaille incroyable qui ne fait que s'amplifier au moment où je me pose en warning... il faut déplacer 4 véhicules... la circulation continue à ras le camion... le bonheur total! Je vais y rester jusqu'à 10h et c'est plus que content que je parts de cet enfer, direction le nord.

Ramasse à Valence, puis passage à Feyzin pour embarquer un collègue de retour de congés.

De retour au dépôt je file charger la semie sans trainer car je suis bien motivé cet aprem et le poussage de bidoche est plutôt défouloir... cependant je vais légèrement ralentir la cadence après m'être pris une grosse pelle en glissant dans la semie - et en ayant l'air très-très bête au passage...

Avant de parquer le camion avec ses potes, je le bichonne un peu, histoire qu'il brille en société, à l'image de son maître qui va, n'en doutons pas, rutiler dans la haute société pontévaloise ce weekend...

The rencontre avec The Rascal

dans la pagaille marseillaise

Samedi 18

Dimanche 19

Mes chers lecteurs, et surtout, mes chères lectrices...
Le moment est venu de vous faire une importante révélation. L'idée a germé dans mon esprit ce week-end: J'étais en train de survoler les 17000 lettres-d'amour parfumées que je reçois chaque semaine, quand soudain je dis "non"! "Non, je ne peux pas leur cacher la vérité plus longtemps! ils doivent savoir!". Ainsi je décidai de tout vous avouer... il va falloir être très fort... mais je ne peux retenir le secret plus longtemps... figurez-vous que je suis....... je suis........ ROUTIER!

Oui, c'est vrai... laché comme ça c'est assez violent mais il était temps d'éclaircir la situation. J'entends d'ici les complaintes de mes plus ferventes lectrices _"ho mon dieu... mais alors... il n'est pas ce cascadeur professionnel?" et je répondrais _"heuu... si en quelques sortes"... J'entends aussi les discordes dans les ménages _"t'as vu! j'te l'avais bien dit qu'il n'était pas ornithologue!"... j'imagine par ailleurs la déception des plus jeunes rangeant définitivement leur "ActionMan-Régis-Ultra-missile" sous prétexte qu'il n'est rien qu'un simple routier, et donc bien peu de chose face au redoutable "DocteurX"...

Bref, chers amis, face à la recrudescence des passions à mon encontre témoignée par la quantité hallucinante des lettres que je reçois et qui ont, à elles seules, généré l'embauche de 4 nouveaux fonctionnaires à La Poste Pontévalloise... je me dois de vous rappeler que je ne suis qu'un simple routier avec ses joies, ses peines, et ses chocos-Prince-de-Lu (goût "tout-choco", c'est à dire avec le biscuit saveur chocolatée).

Voilà voilà.... les plus perspicaces d'entre vous auront vite compris que je manque un peu d'inspiration ce dimanche et que de ce fait je mets en scène un pseudo-retour-sur-situation pathétique et au combien inutile...

ok! on arrète le délire, voici ma journée de dimanche:
Suis-je parti en retard? _oui.
Ai-je oublié quelquechose? _oui, mon portefeuilles (réaction à 5km de la maison)
Ai-je fait route sur l'Italie en musique, en tunnel du Mt Blanc et en coupure à Ivréa? _oui

Voilà, vous savez tout sur cette journée de dimanche.

étirement avant 8h de route

j'aime ces péages bien larges!

je suis parti armé cette semaine!

lundi 20

J'étais plongé au plus profond d'un lourd sommeil, mon inconscient faisait de moi l'acteur principal d'un rêve fantastique dans lequel tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et tout le monde il mange du choco-Prince à foison... oui, je rêvais étalé dans ma couchette tel le bout de viande tombé de son crochet... quand soudain "boum! boum! boum!"... oui, c'est bien lui, le réceptionnaire, avec sa blouse blanche, son casque et sa "charlotte" par dessus. Il me sourit alors que moi je dois lui présenter une effroyable grimace. pesage, mise à quai et je peux enfin vaquer de nouveau à mes occupations inconscientes...

Il ne fait vraiment pas beau aujourd'hui, il pleut. De l'intérieur de la cabine ce n'est pas désagréable, ça "berce". Mais voilà, il est temps de travailler un peu et d'affronter cette pluie intermittente qui a la malice s'intensifier juste quand je suis dessous...
Je réussis à ranger un peu tout ce qui traîne dans la semie, je case les barrettes dans les coffres, jette les ficelles et la bâche, aligne les crochets en penderie... c'est bon, il n'y a plus qu'à aller laver!

Je suis à Reggio Emilia et je ne sais pas trop où trouver un lavage, alors je tente au hasard dans une "Agip" de la tangenziale. Il y a bien un lavage et le mec me demande... 40 euros!!! J'essaie de lui faire comprendre qu'il hallucinne pas mal, j'essaie de marchander, mais pas moyen: il m'explique que de toutes façons je ne trouverai pas d'autres stations dans les environs... bah voyons! j'essaie alors de lui traduire "vas-te faire foutre", ho puis non j'abonne, je pars... Il me semblait avoir le souvenir d'une "Esso" sur la route de Parme, je vais la trouver à Cella exactement. Ici, il y a une piste royale et le lavage coûte... 20 euros! voilà! là c'est cool! pour fêter ça je vais boire un café et tenter la conversation en Allemand avec la serveuse Tchèque...

Personne n'a rien compris à cette conversation germano-tchèque saupoudrée d'un peu d'Italien et d'un zeste de français... je file vite chez mon client pour essayer de recharger aujourd'hui. Au débout j'y ai cru, il m'ont fait mettre à quai et tout et tout... et puis finalement j'ai entendu la sentence: "domani matino!"...
Bon, ok, j'ai environ 72 heures de coupure à faire, je ne peux pas rester là car ça circule, alors je retourne finir cette conversation germano-franco-italo-tchèque haletante... Je passe la soirée à bouquiner.

belle piste de lavage à Cella

attend, je suis carrément cool moi...

Mardi 21

Je retourne donc me mettre à quai ce matin. Il m'avaient dit 9h, je suis venu à 7h en gros stressé que je suis... du coup j'ai le temps de prendre ma douche, j'aurais même pû en prendre 3 ou 4 car ils sont effectivement arrivés à 9h. Le temps de charger il est déjà 10h30, je pars de Reggio. Le temps s'est nettement amélioré...mais en écrivant cela j'ai l'impression de faire une des insignifiantes conversations que nous connaissons tous: "il fait beau hun!" "ho bah oui, ça caille moins qu'hier" "ho bah te penses..." donc évitons d'évoquer les aléas météorologiques dans ce CDB...

Sur l'aire du Grand-Bosco je vais me caser tout au fond du parking pour profiter pleinement de ma boite de maquereaux! (ça c'est beaucoup mieux à raconter). De retour en France il fait beau, il fait même un peu chaud, bah d'façon ya pu de saison... ho pis le soir sur Lyon il fait un peu plus doux, bah oui... et quand je pars charger dans la vallée d'Azergues le vent s'est un peu levé mais on est bien quand même, mais te vois ben on est qu'en avril, c'est pas dit qu'y fasse beau cet été... (SVP achevez-moi!)

Mon frigo agonise ce soir, j'ai du surgelé dans la semie et il peine à descendre en température. A force de dégivrages je vais parvenir à atteindre progressivement les -25°, mais la nuit va être pour le moins bruyante...

l'aprem en Maurienne

le soir à Lyon

pommes noisettes-nuggets

Mercredi 22

J'ai donc dormi chez mon client, je complète ce matin mon chargement de surgelé. Les gens sont très sympas dans cette boite, le cariste me parle de Pont de Vaux qu'il connait bien, Pont de Vaux-La Belle, Pont de Vaux-La Grande qui fait rêver jusqu'à la vallée d'Azergues.
Je décolle à 8h30, direction la Bretagne où l'on ne connait pas plus Pont de Vaux-La Puissante que Chavannes sur Reyssouze-la Nulle. Je prends d'abord la direction de Roanne par une route non moins sinueuse que plaisante à arpenter. Puis c'est les grands axes, pas forcéments congestionnés, mais toujours un peu plus monotones...

Ma tournée est assez tendue car je dois livrer ce soir. Au niveau de Villeneuve/Allier on refait la chaussée, le bouchon me coûtera un quart d'heure. Puis advint un second problème: je dois impérativement subvenir aux niveaux préoccupants de carburants, j'ai une carte "Esso" - il faut que je trouve une "Esso". Je vais m'arrêter à Bourges où elle est inaccessible en PL, puis à Vierzon où elle est en panne, pour finir à MontRichard où elle est... bien casse-tête... Déjà il faut y accèder dans ce bled pas facile en PL, puis il faut être patient car la pompe gazole débite 5 litres/minute (sans cale au pistolet d'ailleurs!), puis il faut bouger le camion 3 fois car le tuyau fait 1 mètre (j'ai 3 réservoirs; tracteur+semie)... bref beaucoup de temps et patience perdus...

Au final je me retrouve à courrir après la pendule... Je fais 45min sur l'autoroute près d'Ancenis, la station sur laquelle je suis est une magnifique station..."Esso"! je suis aigri... Je passe Nantes puis Vannes comme un éclair et j'arrive à destination où visiblement personne ne s'inquiétait de mon heure d'arrivée. déchargement et camping devant la boutique, ce soir je dors en Bretagne.

entre Thisy et Roanne

travaux à Villeneuve/Allier

MontRichard (non, pas de blague, trop facile)

Jeudi 23

Pour accèder à mon lieu de rechargement j'ai décidé de prendre au plus court sur la carte. Sur le terrain ça le fait un peu moins, je me retrouve sur une route vraiment étroite, au milieu des bois, une route sur laquelle les voitures roulent très vite et "pilent" au dernier moment en voyant que le croisement est périlleux. Je suis donc très content de laisser cette route à Baud d'autant plus que le brouillard vient aussi y mettre du sien...

J'arrive à l'abattoir, profite de la station très équipée pour faire un lavage de la semie en profondeur. Puis, comme j'en ressors trempé je profite moi-même des douches de l'abattoir... et ça va, elles sont pas mal, même si j'ai toujours un peu peur à la seule idée d'imaginer la provenance du liquide qui me coule sur le crâne... Qui n'a jamais rêvé de prendre une douche à l'abattoir?

je file complêter mon chargement au centre de la Bretagne, dans un autre abattoir. Je profite d'un peu d'attente pour manger à la cantoche où l'ambiance est "chaleureuse": ça parle fort, ça rigole fort, ça parle la bouche pleine, ça "piaffe"... une horreur...

De retour au camion, j'aperçois que le quai se libère, je m'y dirige... le chargeur m'interpèle:
_"T'as pesé?"
_"bah non, j'ai pas vu de bascule?"
_"elle n'est pas là la bascule, faut aller peser Rue (...)"
_"et c'est où ça?"
_"attend, je t'y emmène!"
alors le chargeur en question se dirige vers mon camion pour y prendre place...
_"hohoho... tu montes pas comme ça?!!?"
_"ben quoi???" me dit-il avec sa blouse pleine de sang, ses bottes et son casque...
_"moi je ne monte même pas avec mes chaussures!"
Alors il m'explique qu'il doit obligatoirement venir pour faire marcher la "bécanne", et puis que "d'façon avec les autres on fait comme ça hun...". Ok, avec un brun de négociation, j'obtiens le retrait de sa blouse à viande, puis je vire mon tapis et je met mon blouson sur le dossier en guise de housse...
_"vas-y...grimpe..."
Me voilà parti avec mon co-pilote, qui s'avère en fait très sympa. Je comprends vite que ce voyage succinct constitue pour lui l'échappatoir quotidien de son pénible travail, qu'il aime partir en camion juste pour aller à 2 minutes d'ici. Il me pose tout un tas de questions et je me fais un plaisir à lui répondre, en faisant mine toute fois de ne pas avoir vu son casque qui frotte contre ma serviette de bain étendue derrière lui... Je retourne à l'abattoir, mon co-pilote a le sourire, je suis content.

Lorsque tout est chargé, je reprends la route direction Bourg en Bresse via Rennes, Le Mans, Blois et enfin Bourges où je chois sur le grand terre-plein adossé au centre routier pour une soirée casssoulet, alors qu'à seulement quelques centaines de mètres d'ici résonne le "Printemps de Bourges"...

23b / au coeur de la Bretagne...


Vendredi 24

Je peine à me lever ce matin... c'est toujours comme ça lorsqu'il n'y a pas d'impératif...
La route du vendredi est toujours plus agréable, surtout losqu'elle est ensoleillée...

Entre Sancoins et St Pierre Moutiers s'est déroulé une anecdote qui m'a fortement attristé: Je roule sur cette interminable ligne droite quand soudain j'aperçois un animal au loin qui court sur la route dans tous les sens. D'abord je pense à un chevreuil mais c'est en fait un chien. En arrivant à son niveau, je m'empresse de mettre les warning, un autre chauffeur arrivant en sens inverse a le même réflexe. J'hésite à m'arrêter mais le chien est visiblement affolé par ces terribles machines bruyantes qui se rapprochent de lui... derrière moi d'autres camions arrivent et je ne sais pas trop quoi faire... alors tout comme l'autre chauffeur je me contente de passer devant cette pauvre bête en klaxonnant pour essayer de lui faire fuir la route, puis en guardant bien mes warning pour prévenir derrière... Mais bon... je ne donne pas long feu à ce chien appeuré sur cet axe sur-fréquenté... ça m'a mis "en bad" comme disent les "djeun's"... Qu'est-ce qu'il y comprend, lui le chien, à tout ça, à ces no-pets-land que sont les routes?... Est-il vraiment responsable, lui, le pauvre clébard qui à reniflé un truc attrayant par là-bas? Mérite-t-il de manger le pare-choc d'un camion chargé de croquettes? Sur le coup j'ai failli m'arrêter pour essayer de l'attraper, mais l'endroit était vraiment dangereux pour y stopper un camion en plein milieu...

Bon parlons d'autre chose avant de sombrer dans le psycho-dramatique... Savez-vous que mon permis de conduire a été renouvelé cet après-midi? Oui, pour cela il aura suffi d'une visite médicale résumée à 2 coups de marteau dans les genous pour voir si le nerf fonctionne, à une brève écoute des battements cardiaques et à une lecture hasardeuse de lettres sur un tableau... et voilà, 25 euros pour engraisser le médecin et je suis apte! apte à faire encore plus de carnets de bord avec des récits météoroliques haletants et des histoires canines émouvantes...

jaune, jaune et jaune

tout le monde à l'ombre!

voici le camion de Jimi Hendrix à coté du mien...

Samedi 25

Dimanche 26

C'est reparti pour un tour, dimanche, 21h, je jette mes bagages dans la cabine et je fais chauffer le V12. Avant le décollage il y a une tâche ingrate qui m'attend, là-bas, sous la pluie incessante, il s'agit de trois piles de palettes à ranger dans les coffres. Je me revois encore dire, vendredi, sous un soleil radieux, "mince, j'ai oublié de mettre des palettes!... ho tant pis je les mettrais dimanche avant de partir...", sachant pertinemment à ce moment précis que le dimanche en question je ne serai ni en avance, ni motivé pour faire ça... et en plus sous la pluie...

21h30, décollage. Il vient d'y avoir un sérieux accident sur la deux-voies qui traverse Bourg, du coup je suis la déviation et attrape l'A40 plus au Nord.

Le temps d'un voyage transalpin nocturne ma cabine se transforme en salle de concert. Pour commencer il y a ce "live" des Cure - Zenith1992- avec une voix de Robert Smith tellement aérienne que j'ai la soudaine impression de survoler le col de Ceignes. Place ensuite aux Smashing Pimpkins sur la scène-XL du Globetrotter: Concert magistral- Vancouver1996 - avec apothéose finale de 33 minutes s'il vous plait... A ce moment là, je ne pense pas pouvoir mettre la barre plus haute en ce qui concerne les "live", il me faut revenir à de la musique "studio". C'est donc en compagnie de PJ Harvey que je descends le versant italien du Mont Blanc avec le sublimmissime White Chalk, pour faire ton sur ton...

Pause à Ivréa, sièste de 40 minutes.

Il pleut toujours autant, nous sommes au milieu de la nuit, quasiment personne sur la route, il est temps de se donner un bon gros coup de fouet: je cale "Green Mind" de Dinosaur Jr dans le lecteur. Me voila donc, aux alentours de 3h du mat' en train de secouer la tête comme J. Mascis, les cheveux en moins, l'air bête en plus...

5h, je vais bientôt arriver - ce n'est pas le moment de baisser les bras... je sors mon arme fatale qui vaut à elle-seule 50 cafés, 50 packs de red-bull, 50 tartes dans la tronche ou 50 minutes-la tête par la fenêtre.... je sors... je sors... non pas un cd de death-metal, mais un album de hip-hop que j'adule: "five buroughs" des Beastie Boys. Oui, mes bien cher frères, malgré cette légende infondée qui l'a couronné du titre honorifique de "rockeur", votre serviteur écoute bel et bien du hip-hop et peut donc se prévaloir du titre non-moins honorifique de "caille-ra"...

toutes les semaines commencent par cette photo

allez, je suis pressé!

la pluie toute la nuit

Lundi 27

Je suis arrivé à 6h20 à destination. Dans la cour je tombe sur un receptionnaire, il regarde un papier qu'il tient dans les mains, puis regarde ma plaque d'immatriculation, revient à son papier pour enfin conclure en relevant la tête : "Domani !"
"_heeuuu....quoi ?!!?" je lui demande un peu plus d'explications, mais je dois me contenter de ce "domani!". Alors je tente brièvement de jouer la "carte-émotion" en lui montrant que j'ai roulé toute la nuit, que j'ai dû supporter mes horribles interprétations du chant de Billy Corgan ou de la guitare de J Mascis, que j'ai laissé hier ma femme et mes 19 enfants en pleine fête d'anniversaire, que mon chien "Loulou" est sourd comme un pot... bref que la vie est dure mon pote!... il ma regardé, la larme à l'oeil : "domani !" .

Comble de désespoir, le parking de l'entreprise est saturé de chauffeurs qui eux-aussi ont dû entendre pour la plupart : "domani!"... alors je vais me poser là où il y a de la place, là où il reste UNE place en fait, sur un parking public du village... A mes cotés, une dixaine de frigos entassés, tous d'origines diverses, tous plus bruyants les uns que les autres... wouhou! je sents que je vais passer un super moment ici! en plus il tombe des cordes - pas moyen de changer d'air à pied, c'est génial!

maigre répis: j'ai une "nuit" à faire alors je tire les rideaux et essaie d'oublier les 115 dB environnants...

4h30 plus tard je suis opérationnel... mais pour faire quoi au juste? rien... je regarde tomber la pluie; ça ressemble à un scénario de film-français... puis finalement je décide de consacrer ce trop-plein de temps libre à la lecture. Je lis. Je lis et l'après-midi passe sans que je ne m'en rende compte. Il y a bien toujours les dix camions bruyants autours de moi, mais moi je ne suis plus là, moi je suis dans la page 217 entre la fin de ce chapitre et le début du suivant...

finalement la nuit arrive... et mon collègue Florent arrive avec elle. Je n'ai plus que 60 pages pour connaitre l'issue de l'histoire mais ce n'est que parti remise, je vais manger une pizza avec Florent.

La pizza est bonne mais ne vaut pas celle de la Veille Auberge-01570-Feillens, je le savais d'avance... On passe une bonne soirée, puis je retourne au camion sur mon parking pourrave. Il est miniut lorsque je tourne la dernière page avant d'essayer de dormir. c'est impossible, je n'est pas sommeil... je sors ma guitare... de toutes façons je ne peux embêter personne vu l'ambiance du parking... je gratte une grosse demie heure... je joue tellement mal que ça arrive à me fatiguer... je me recouche. Je commence à peine à m'évader dans un monde parallèle que je sents une secousse! c'est pas possible ?!! quelqu'un dans la remorque alors que j'ai des jambons pendus? j'enfile mon pantalon, je sors... et j'aperçois un chauffeur Allemand qui manoeuvre à ras ma semie pour sortir de sa place : il vient de "toucher"! Je vais le voir pour l'avertir, alors on se met à rechercher l'endroit de l'impact sur ma semie... mais il fait nuit et il pleut; on ne trouve rien... j'ai beau rechercher tout seul par la suite, je ne vois rien, mais je suis sur d'avoir ressenti une secousse... je ne peux pas faire de constat et je retourne me coucher-amer après avoir aidé l'Allemand à sortir... je ne dors pas tranquille... parking pourri!

vie de routier

belle peinture

un temps à lire

Mardi 28

Consciencieusement j'ai mis mon réveil à 7h00 ce matin, j'ai même réussi à me lever. Mais voilà, je dois attendre le coup de fil de mon client pour bouger, je n'ai aucune idée de l'horaire. Mon premier réflexe est de sauter du camion pour voir, à la lumière du jour, s'il y a des traces sur la semie... oui, il y a bien une légère trace, vraiment pas grand chose et finalement pas de constat...

Alors je retourne jouer de la guitare. De temps en temps je capte un regard interrogatif de mes voisins naufragés, ils doivent penser "mais qu'est ce qu'il fout ce con?", "_je joue de la guitare mec, tend un peu l'oreille et tu verras comme je joue mal! effectivement je ne suis pas trop dans le coup, une fois est malheureusement coutume, c'est surtout parce que je n'ai pas l'esprit tranquille: mon fichu téléphone est là, devant moi, il me toise mais reste obstinément muet... ça ne sonne jamais quand on le veut ces bêtes-là!

10h30, hallelujah! jamais cette mélodie électronique à deux balles ne m'a paru aussi belle... je démarre mon camion qui n'a pas dit un mot depuis... 28 heures... je suis vide à 12h30. Le problème, car il ya toujours un problème, c'est que tous les lavages sont "chiuso" à cette heure-là, généralement jusqu'à 15h. Alors je vais en faire 3, avant de trouver la petite station de Vignola, où c'est moi le laveur (au moins ça ne traine pas), où le café est offert (c'est cool)... du coup je pars à 14h30 direction un petit bled entre Livorno et Grossetto pour un chargement de primeurs.

Je trouve le village direct, je trouve ce qui ressemble à mon client direct aussi... mais il y a encore un problème: comment entre-t-on là dedans? L'exploitation est située sur une sorte de colline, il y a plusieurs chemins de terre qui y montent mais aucune route qui a de l'allure. j'hésite... je tourne en rond... je m'arrête demander à un vendeur de légumes, un client propose de m'indiquer la route, cool! je le suis... il me montre l'entrée du doigt et continue sa route... heuu... c'est sympa mais je ne passe pas ici ?!!? l'accès désigné est impraticable en PL, alors je recommence à tourner en rond... on me ré-explique à une station "Esso" alors je m'engage dans un chemin de terre et tombe face un un portail clos... bon là ça craint, j'appel mon boss, le client vient me chercher... après une manoeuvre à contre main pas facile je suis la camionnette qui m'amène - par un chemin de terre - jusqu'à la ferme en question... ouf... je ne serais jamais venu là tout seul! On galère ensuite à charger car les palettes sont trop hautes mais je finis par partir à la tombée de la nuit... quelle aventure! Je préfère carrément ce genre de client rock&roll à tous les entrepôts trop-pas-rock&rolls qui fleurissent dans les ZI!

Je roule jusqu'au terme de mon amplitude et pose mes roues entre Alessandria et Casale.


il m'emmène où comme ça ?!!?

Régis à la ferme

c'est différent du Val de Saône...

Mercredi 29

Pourtant j'étais content de mon début de journée! je m'étais levé tôt, j'avais eu le temps de prendre une douche, de faire les vitres, de faire la vaisselle, et même un brin de ménage... tout allait donc comme sur des roulettes... j'ai démarré à l'heure, j'ai fait mes premiers kilomètres en solitaire et en musique... soudain la revoilà, la sonnerie du portable... c'est mon chef: "hallo Régis, dis-moi tu vas où là???" c'est quoi cette question... "ben, je vais au Mont-Blanc pourquoi?"... "T'es pas sur la bonne route, t'as raté la bifurc!" ... et en effet, j'ai raté la bifurc! quel imbécile je fais! je suis parti comme ça, tout tranquilement dans une mauvaise direction... je n'en reviens pas d'avoir eu un tel oubli! bref, je reprends à temps l'A4 direction Aoste, mais j'ai quand-même fait un bon détour... je suis nul...

J'ai fini par rejoindre la France, je roule jusqu'au dépôt où je ravitaille la bête le temps d'une coupure. Ensuite, cap sur Orléans. En 9h50 j'arrive à Briare, je commence à m'affoler pour trouver un coin quelconque d'au moins 17 mètres... j'arrive finalement à me caler dans une ZI, ça ira très bien pour la nuit. Ce soir Manchester bat Arsenal 1-0, Bordeaux bat Rennes 3-2, il y a des interviews de footballeurs sur toutes les fréquences, on patoge dans la futilité absolue car "je crois que bon", "au contraire", "les joueurs ont bien joué au ballon" et "l'important c'est de ramener les 3 points"... j'écoute ça d'une oreille vraiment attentive car c'est passionnant.

descente coté français

l'aire du téléphérique

pile-poil

Jeudi 30

Ha oui, j'ai oublié de vous le dire, l'interview d'hier était réalisée par Franck Sauzé... mais si, souvenez-vous! Franck Sauzé, le mec qui envoyais des mines de 45 mètres en pleine lucarne! même s'il avait l'air un peu gauche sur le terrain, on l'aimait bien le Franck!... c'est pourquoi j'ai envie de dire: "Franck, si tu lis ce carnet de bord, arrête ton métier d'interviewer sportif - t'es ridicule..."

mais je m'égards... revenons-en à cette belle journée de jeudi qui a comme une saveur de vendredi. j'ai commencé par attendre pour vider: chez mon client il y a des Espagnols plein la cour, les rdv de 7h passent à 9h - le mien est théoriquement à 8h00, je vais être vide à 10h30.

Il faut que je raconte ce qui m'ai arrivé chez ce client: j'ai emprunté une raclette pour nettoyer vite-fait le plancher souillé de terre. j'étais en train de racler, pénard, en faisant de grands aller-retours de l'avant à l'arrière de la semie... quand soudain "pafff!!!"; séché sur place le Régis!... je me suis pris une barre d'arrimage en plein front alors que je regardais le plancher... en effet, j'avais mis mes barres en hauteur pour ne pas qu'elles gènent, résultat elles ne génaient tellement pas que j'ai oublié leur présence, et je m'en suis donc pris une en pleine poire... bref, en trois secondes je me suis retrouvé avec une belle bosse en plein milieu du front... génial! je vais avoir l'air malin ce weekend !

Rechargement au nord-est de Paris, j'emprunte une route vraiment tranquille jusqu'à Etampes, après ça se gâte... c'est Paris...
J'ai la surprise d'apprendre qu'on me charge direct... (y'en a qui veulent vite partir en weekend à ce que je vois!), du coup pas le temps de manger, je redescends. Je m'inquiète un peu de l'horloge mais finalement ça va le faire pile-poil: je vide et je rentre au dépôt, il est 23h00. Arrivé chez moi je sents comme une odeur dès le couloir... génial! j'ai oublié de sortir la poubelle dimanche avant de partir!

Environ 3 jours de weekend, c'est royal, j'avais perdu l'habitude de ne pas rouler les jours fériés...

belle route de Pithiviers

il sera en weekend avant nous...

team TGC

 

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