Regard sur le métier

 

Je suis toujours persuadé que conducteur routier est un « beau métier ». Cela dit, je dois parfois prendre sur moi-même pour m'en convaincre :

Pour commencer je vais tenter d'expliquer mon avis sur la réglementation. Mon problème actuel c'est que je suis en froid avec mon tachy numérique. En effet, il me stresse tellement que j'en viens à lui prêter plus d'attention qu'à la conduite… il a la fâcheuse habitude de me rajouter des minutes à la pelle (toujours le 4h31 ou le 9h01 qui énerve)… il ne tolère aucun mouvement en coupure (si l'ombre n'est plus sur la cabine, hé bien tu restes au soleil mon vieux sinon je clignote et je repasse en travail)… bref ça devient pénible. Ok je suis d'accord les disques c'était plutôt falsifiable et un nouveau moyen de contrôle était légitime. Mais là où ça coince selon moi, c'est que ce nouveau moyen de contrôle est inflexible à souhait et qu'il est affecté à une profession riche en imprévus.

J'ai déjà été embêté par un gendarme qui me reprochait une journée avec 10h10 de conduite : ce jour là j'avais une bonne quinzaine de périodes de conduite donc un bon quart d'heure en plus que la même journée sur un disque… il parait que la loi à changée et que l'on tolère dorénavant 10h15, je demande à voir…

J'ai toujours vidé ou chargé en coupure et le plus souvent ça arrange plus que ça dérange : je préfère charger en coupure et garder de l'amplitude pour rentrer chez moi…

Je ne considère pas les 11 heures de repos comme une avancée sociale pour un conducteur qui découche : je constate que mes week-ends sont plus courts et que le temps perdu je le passe sur des parkings pourris (ou sur la voie de lancement si le parking pourris est saturé).

Voici maintenant ce que je pense de l'évolution du cadre de travail.

Avec mes amis je peux faire le malin en disant que je suis allé à Florence, Venise, Vienne, Madrid… mais concrètement je n'ai vu aucune de ces villes, j'ai juste utilisé les grands axes pour aller des les zones industrielles. Je déplore le fait que tout le trafic soit orienté sur les mêmes axes… la rocade Est lyonnaise en est l'exemple type…

Le camion fait peur en général car le camion se reproduit très rapidement, beaucoup plus rapidement que le wagon fret SNCF (ou plutôt que le sillon affecté au transport de marchandises sur le réseau RFF). Si le camion dérange le vacancier qui prend la route 2 fois par an, il dérange d'autant plus l'autre camions avec qui il partage la route toute l'année… bref ce n'est que mon avis, mais pour moi trop de camions sur les routes ça pourri le métier.

Bon je vais faire court sur les comportements de certains conducteurs (pipi dans la bouteille, télé en conduisant…) car je ne veux pas faire le donneur de leçon… j'imagine que celui qui prend le temps de fréquenter ce site Internet est quelqu'un un minimum intéressé par son job et qu'il n'est donc pas concerné…

Dernier point mais au combien sombre pour la profession : les mauvaises rencontres sur les parkings, les mecs qui tournent autour des camions et qui cherche l'amour. Je ne les supporte plus, surtout lorsque je mange mon cassoulet !

Bon, il est temps d'arrêter de se plaindre en expliquant ce qui reste attrayant dans ce fantastique métier :

C'est bien connu, routier rime avec liberté. Bon de nos jours routier rime surtout avec téléphone portable et système de géo localisation, mais tant qu'il n'y aura pas de caméra dans le camion j'aurai la sensation d'être libre. Le routier est quelqu'un de responsable, on ne fait pas n'importe quoi avec 40 tonnes, c'est souvent une valeur reconnue par l'opinion publique… En ce qui me concerne, j'aime garder la capacité de prendre des décisions concernant mes itinéraires, l'organisation des mes tournée, la gestion de mon temps de travail…

J'aime le coté « aventurier » de la profession. Ok c'est souvent mieux à raconter qu'à vivre sur le coup, mais les situations problématiques et autres galères pimentent le quotidien. Tout comme les manœuvres impossibles : c'est toujours mieux à raconter une fois que l'on a bien transpiré. Pour résumer, je pense que le sentiment de fierté est la récompense du routier.

Ce qui me motive aussi c'est de donner la meilleure image possible de mon job. Pour moi ça ne signifie pas rouler en costar, il ne faut pas se fier au apparences. Ça signifie bien se comporter partout où l'on passe, aider les collègues, rendre des services, avoir un « bon esprit ». Mon camion étant garé en à l'entré du village où j'habite, je m'efforce de le tenir ultra propre non pas pour les fans de tuning, mais tout simplement pour la personne qui ne sait pas ce que c'est qu'un camion, à qui j'aurai réussi à capter deux secondes d'attention.

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