Regard sur le métier

 

 

Il est complètement déraisonnable de vouloir faire ce métier de nos jours. Hormis le confort matériel, rien ne s'est amélioré pour le chauffeur ces dernières années.

_ Le casse tête du tachygraphe, la pression permanente d'un éventuel contrôle a fait une génération tétanisée qui subit quotidiennement les aberrations d'un manque de souplesse généralisé. On donne de l'importance à des infractions bidons sans chercher à comprendre leur raison d'être.
Avec le tachygraphe numérique les méthodes de contrôle ont changé, le dialogue a disparu, on verbalise tout et n'importe quoi, n'importe comment. 28 jours de travail compressés dans un bilan injustifiable et qu'on nous tend au nez sans même le comprendre. Au début c'était le travail continu, ensuite le travail quotidien, puis le travail hebdomadaire... maintenant on verbalise pour 91h de conduite sur une quinzaine au lieu de 90, faute d'avoir trouvé autre chose à justifier sur les 28 jours. Les routiers sont devenus de bons clients pour les gendarmes.
Je ne comprends pas, dès lors, devoir payer de Ma poche pour des sanctions se rapportant à mon métier. Je ne comprends quel est le lien entre mon argent et les quelques minutes en plus ou en moins?

_ Mon regard sur le métier c'est un regard sur la société : toute la journée derrière un volant permet l'observation des comportements humains les plus divers. Que ce soit dans les voitures ou dans les camions je suis parfois sidéré par autant de débilité. Je n'ai pas la conduite infuse, mais j'essaie d'œuvrer pour le bien-être de tous.

_ Mon regard sur le métier c'est aussi une haine farouche pour tous ceux qui cherchent à le piétiner.
J'en veux particulièrement à ceux qui s'acharnent pour standardiser notre profession et rendre ainsi le "chauffeur A" remplaçable par le "chauffeur B". Cela passe par des déresponsabilisations en tous genres, des "protocolisations", et cela aboutit à l'avènement du routier désintéressé ainsi que du routier low-coast - une catégorie de travailleurs proche du bétail.
J'en veux à ces patrons et à ces chauffeurs qui ont "toujours fait mieux" ou "toujours fait plus", qui comparent notre métier actuel avec celui d'il y a 20 ans, et qui nous dénigrent allègrement.

_ Mon regard sur le métier est enfin un regard pessimiste quant à notre image. Que ce soit dans chez les clients où l'on nous maltraite, sur la route où les interdictions fleurissent, dans les médias où l'on nous caricature; j'ai souvent l'impression d'être un pestiféré.

_ Malgré tout je reste amoureux de ce métier. Aussi mince soit-elle il reste une sensation de liberté que n'importe quel autre travailleur nous envierait. Et puis si la majorité nous pourrit il en reste qui connaissent vraiment notre quotidien... il faut continuer à se batte pour donner la meilleure image possible et tenter de bousculer les idées reçues.