Mon Parcours ...

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Mon premier tour en camion, ce fut un jour de vacances, en 1975.
J'avais 5 ans, et je suis parti avec mon père, à Lyon, en Saviem SG2, à 100 kms de la maison. On a livré des ananas au marché. Je m'y vois encore, regardant ce camion si beau, si grand, si haut, pour un gosse de 5 ans ...

Puis, pendant toutes les vacances scolaires, je suis parti avec lui des dizaines de fois. Saviem SM12, Mercedes 1313, Mercedes 1926, Daf 3300, R 310, Mercedes 1933. La passion était née, je ne pouvais plus reculer, il n'y avait plus que les camions qui comptaient. Du gasoil commencait à couler dans mes veines.

Logiquement, à 15 ans, je quitte le collège et part au Lycée technique de la Salle, à Alès. Ils font partie de l'AFT, avec leurs beaux camions oranges et bleus, et j'y reste 2 ans afin de passer un CAP Chauffeur Routier, que je réussi.
Nos profs étaient pratiquement tous d'anciens chauffeurs.

Le lendemain de mes 18 ans (décembre 1988), je pars en camion avec mon père, direction Bordeaux. Nous faisons le détour par Alès récupérer mon permis tout neuf à la Sous-Préfecture.
J'ai pris le volant quelques minutes plus tard, mon père comme passager. Je n'étais pas peu fier ...
Le lundi suivant, je rentre chez Mocellin (38), et touche mon premier camion. Un surpuissant Mercedes 1926 (lol), qui affiche 1.500.000 kms. Il est bien fatigué et n'en peux plus. Je le garde 3 mois, et tourne en zone courte pour me faire la main.

Avec mon 1926 à Pontcharra (38)

Avril 1989, l'appel sous les drapeaux est trop fort, la grande muette m'appelle. Je ne peux pas résister ... Lol.
Classe 89/04, me voici incorporé au 505° Régiment du Train, à Vienne (38).
On roulait avec des Unic P270 camions remorques et des TR 280 et semis Trailor.
On parcourait la France entière, livrant les casernes, chargeant dans les ERM (Etablissement Régional du Matériel), et ravitaillant les champs de manoeuvres. Lorsque le programme de la semaine était assez light, et les chefs de peloton n'y connaissant rien du tout, il était facile d'augmenter la cadence, et pour pas se faire pincer, on décalait l'horloge pour le deuxième disque. On gagnait donc un jour ou deux sur la semaine, ce qui permettait de passer 1 jour ou 2 en plus à la maison. Personne ne s'est jamais fait coincer.

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A un moment, j'ai été détaché 3 mois à l'annexe du régiment, à Moulins (03). De là, on partait presque uniquement pour l'Allemagne. Les déclarations en douane existaient encore, bien sûr, mais pour les bidasses, il suffisait de donner un exemplaire de la liste de chargement à la guérite, et c'était tout.

Quelques temps avant ma libération, des G290 camions remorques sont arrivés, flambants neufs.


Lorsque vint le temps de la quille, début 1990, je m'en suis retourné chez Mocellin. Mon 1926 ayant été expatrié en Afrique pour y finir sa carrière, c'est un R 310 qui m'est attribué.
Mon premier tour en longue fut un voyage de bobines de papier pour Angoulême.

Le boulot était à peu près celui çi : Beaucoup de départs de la région Grenobloise, avec du papier (sur palettes ou en bobines), de l'acier, des engins Caterpillar en convois, de la messagerie, du placoplâtre, bref, un, peu de tout, pour toute la France et le Bénélux.

Le boulot était assez varié, puisque nous avions un peu de tout comme type de semis. Savoyardes, plateaux, extensibles, bennes alu, surbaissées, portes-chars, citernes, tautliners, portes-éléments de bétons, fourgons ...
On touchait ainsi à plein de métiers différents, tout en étant dans la même boîte.
J'ai eu successivement un R 310, un TurboStar 190-33, et un R340 TI.

C'était une époque où le rythme était assez soutenu.
Je quitte Mocellin en 1996, avec l'envie de toucher autre chose, de vivre d'autres aventures.

Avec un 340 de chez Mocellin à La Pacaudière (42)

Me voici entré chez TFM (Transports Frigorifiques Mortas) à L'Ecancière (26), le 6 Mai 1996.
Le frigo étant une nouveauté pour moi, je pars une semaine en double avec un autre chauffeur, pour me familiariser avec le matériel et acquérir les bases du boulot en frigo.
Le 1er tour fut un complet d'oranges, pour Genève. En AE 420 et semi Frappa.

Ce chauffeur prenant quelques congés la semaine suivante, me voici parti avec son AE. Ca change du R 340 ...
La semaine d'après, un Volvo F12 - 400 Globetrotter m'est attribué, je ne le garde que 3 mois. André, le patron, décide d'arrêter de rouler afin de se consacrer davantage au bureau. Il me donne alors son tracteur. Un Scania 143M - 500 Streamline ... Le top du top ... Jamais je n'aurai imaginé qu'un camion puisse être aussi puissant qu'une fusée. Carénages, des feux partout, trompes, clim, webasto ... Pour fêter l'évènement, j'offre à mon 143 de jolis enjoliveurs chromés.Et une semi m'est aussi attitrée, une Cargofrigo Lamberet, groupe SMX ThermoKing. Rouler avec du matériel pareil, pour moi, c'est la consécration. Un bonheur jamais égalé.

2 heures de gagnées sur une montée sur Lille par exemple, par rapport au R 340 ... Sans commentaires ...

Le boulot était principalement des primeurs, chargés sur Perpignan, le Languedoc, bref, un peu tout le midi, pour Rhône-Alpes, la Suisse, le Nord, la Hollande, et la Belgique.
Les retours étaient parfois du frais, de la messagerie TFE, du sec, du congelé pour les centrales Mc Donald's, ou bien des fruits de Floride ou d'Afrique, arrivant par bateau à Anvers ou Rotterdam.
Nous faisions aussi de temps en temps de la distri pour les supermarchés.

Cette entreprise étant de taille réduite (10 chauffeurs à l'époque), une ambiance familiale régnait. Les relations humaines étaient la règle.

Une anecdote : une nuit, je montait en Suisse, je devais faire la douane à Bâle. Vers 3h du matin, je suis à Beaune. Le téléphone sonne, c'est André, mon patron.
Je suis assez étonné qu'il m'appelle à cette heure-là. En fait, il était chez lui, s'est réveillé, a pensé à moi, et a passé un coup de fil sympa pour s'assurer que la montée se passait bien, et papoter un moment. Une gentillesse à toute épreuve.

Malgré tout ça, la fatigue l'emporte. La vraie fatigue, celle dûe au métier de frigo. Celle qu'une nuit de sommeil ne parvient pas à effacer. Les chargements le samedi soir à Perpignan pour vider en Hollande le Lundi matin, pas ou peu de week-ends, une vie complètement décalée, pas le temps de manger, encore moins de dormir, ont raison de moi en 3 années.
Un jour, certainement plus épuisé qu'un autre, la coupe est pleine et je pique une colère pour des broutilles. On est jeudi, on s'engueule au téléphone, et je lui dis que samedi j'arrête, j'enlève mes affaires du camion, je m'en vais. C'est fini.

Je n'aurais pas voulu que ça se finisse comme ça. Je regrette ce départ précipité (en Mars 1999). Mais ce qui est fait est fait.

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Mon F12-400 et le top du top, un 500 Streamline.

 

Parti sans que ce soit prévu, me voici sans boulot.
Un copain me tuyaute, vas voir chez Guilloud à Génissieux (26), il cherche des chauffeurs.

En fait, il s'agit d'une boîte qui a des bennes et ne fait que du TP. Comme il faut bien manger et payer ses factures, je vais voir là-bas, et suis embauché.
Je m'aperçois très très vite, que ce n'est pas pour moi ... Un camion toujours crade, poussière ou bouillasse (aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur), tourner en rond pour faire un max de tours. Parfois en carrière ou sur des chemins défonçés, ça esquinte le matériel, et je n'aime pas ça.
En plus, l'ambiance ne me plaît pas du tout.
Je tiens 1 mois en benne ...
Et cherche vite autre chose.

Sur un chantier à Tulette (26)

 

Toujours par le bouche à oreille, j'apprends qu'Alloin à Valence cherche quelqu'un de polyvalent (quai et camion).
Je décroche un entretien et est embauché rapidement en Avril 1999.

Au début, je remplace un chauffeur en vacances. C'est avec un Premium 400, en bi-train. Traction de nuit entre Valence et Mitry-Mory, pendant 1 mois.
Puis je fais un peu de tout, un jour sur le quai, le lendemain aller faire des ramasses ou décrocher des semis chez des clients ou les ramener.
Un jour, suite à un remaniement de personnel dans les bureaux, un poste d'affréteur m'est proposé. Le chef me le propose car il me sent capable.

J'accepte, et me voici au bureau. Entre le minitel, le téléphone, les fax des clients, l'ordinateur.

Les programmes déprogrammés, les contre-ordres, les tarifs trop ceci ou pas assez celà. Les chauffeurs, les autres transporteurs ...
C'est prenant nerveusement, mais celà me plaît beaucoup.
J'affrète pendant 6 années.

Pour des raisons diverses et personnelles, j'arrête l'affrètement, et reprends le volant en Septembre 2005.
Il s'agit de faire de la traction de jour, en semi, avec un Actros 1841 en semi. Juste du quai à quai entre agences. Mais parfois aussi des clients à faire, ou prendre un 4 roues pour aller livrer avec le hayon.
Même si les journées se ressemblent, elles ne sont jamais identiques, il n'y a pas de routine.

Je suis tous les soirs à la maison, je m'y suis habitué (même si ce fut long et pas évident au début). Mais ça me convient. Je ne voudrais plus partir à la semaine ou à la quinzaine comme par le passé, le métier a trop changé ... Ca n'a plus rien à voir, c'est aux antipodes de ce que j'ai connu.
Ce que j'ai perdu en paye, je l'ai gagné en serenité et en qualité de vie.
Des problèmes de santé ne me permettraient pas de repartir "comme en 40". Je fais contre mauvaise fortune bon coeur, et suis acclimaté à mon nouveau mode de vie.

Quoi qu'il en soit, le camion fait et fera toujours partie de ma vie, depuis un certain jour de 1975 ...