Le printemps de l'année d'avant mon certif, une de nos vaches «ne reprenait pas le taureau », comme le disait l'expression. Comme chacun le sait : pas de conception égale pas de veau, pas de veau égale pas de lait et pas de lait veut dire pas de beurre dans les épinards. Justement, la « Marquise », puisqu'il s'agissait d'elle, commençait à perdre son lait et était bientôt bonne à tarir.
Un soir, ma mère, tout en salant les tommes, petits fromages de vache de la taille d'un St Marcellin mais secs et durs comme des bauches (comprenez pierres), demanda à mon père ce que nous allions faire de cette «bardèle ». Mon père, harassé par une journée occupée à descendre du bois de la montagne, maugréa «Faut la vendre c'te carne là» et s'en suivit la bordée de jurons habituels les soirs de fatigue.
Mon oncle Pétrus délaissa les travaux de roulage de sa ration de gris du lendemain pour dire sur un ton professoral «Moi, j'ai ben ma ‘tite idée ! Le drôle (gamin) passe son certificat des études l'an prochain. Il semble ben loin d'être bête ton p'tit loup. Va falloir l'envoyer dans des écoles à poursuivre ses études, et ça, ça coûte des sous !»
Mon père le coupa «Dis voir où que tu veux en venir ?»
Pétrus, avec une lenteur paysanne, sortit sa blague à priser et se livra à la cérémonie traditionnelle qui se terminait inévitablement par un puissant «Aaatchoum» en tenant son monchu sur le nez.
Puis, il reprit la parole en disant «ben tu sais bien qu'à la ferme du Château, z'ont acheté un taureau blanc et que c'est une as (as, ici à l'époque, était féminin) : on lui mène la Marquise tant qu'elle ne reprend pas. Si d'ici l'été ça ne marche pas, tu la vends. Par contre si ça prend, t'auras un veau gras juste bon à vendre à la Beaucroissant de printemps. Ca te fera des sous pour inscrire le gône dans les écoles à l'automne».
C'est ainsi que quelques jours plus tard, je menais la Marquise au Château. Il est vrai que le taureau charolais était un as ! La première saillie fut la bonne.
Je fus donc, plus tard, astreint à la surveillance de cette bourse d'études sur pattes, prenant soin de sa santé plus que de la mienne. Il eut droit au meilleur lait puis aux farines les plus fines de nos plus beaux grains. J'en fus presque jaloux en passant aux sempiternelles patates et autres polentes qui nourrissaient nos hivers.
Puis revinrent les hirondelles tandis que les primevères invitaient le soleil à les réchauffer. Il était donc temps de vendre «Salami », comme j'avais baptisé mon veau.
Un soir de mars, mon oncle Pétrus m'invita donc à monter avec lui au café, chez la Nanette, prendre l'apéritif. Nous en profiterions pour utiliser le téléphone. C'était en effet le seul du bourg. Tandis que Pétrus but une gentiane, ravigorante paraît-il à son âge, il me commanda un vin au sucre.
L'utilisation du téléphone était pour lui, tout à la fois, un émerveillement et une crainte : «On ne sait jamais à qui qu'on cause là dedans, disait-il, et on ne voit pas si l'autre y t'entend…»
L'épouse du maquignon, à l'autre bout du fil, nous affirma qu'il passerait bientôt. Nous rentrâmes prestement manger la soupe et Pétrus, en me faisant un gros clin d'œil, me dit «Tu ne diras pas à ta mère que je t'ai offert un vin-suc' sinon elle ne voudra pas te laisser mouiller ta soupe avec du rouge».
Deux ou trois jours plus tard, un camion rouge et blanc rutilant entra dans la cour et stoppa sous le vieux chêne. C'était le maquignon. Un jeune gaillard couperosé, en blouse noire, casquette de velours, souliers neufs et avec un bâton de buis ciselé à la main en descendit.
Le jeune blanc-bec, avec une assurance qui pour l'époque frisait l'insolence, interpella la grand-mère : «Eh, sont pas là, les hommes ?». La Mémé n'apprécia guère et répondit sèchement «Oh mon cadet, ouv' don' tes yeux ! T'entends pas que ça forge sous la remise ? Cherche le marteau, il devrait y en avoir un à un bout !».
Il s'avança alors vers nous en disant «Je viens voir le veau». Mon père, sans lever les yeux de son ouvrage, répondit «Bien l'bonjour magnaud, t'vas ben attendre car, comme qu'on dit c'est quand le fer est chaud qu'il faut le battre». En quelques coups de marteau savamment donnés, la pièce de fer rougie prit une forme triangulaire. Une fois soigneusement affutée cela fera un fameux couteau pour la faucheuse.
Mon père s'essuya rapidement le visage, comme le faisaient tous les travailleurs de force, avec un pan de sa chemise puis les mains, sur son pantalon. Il tendit alors une main chaleureuse vers le maquignon qui eut d'abord un geste de recul avant de la lui serrer du bout des doigts et avec «regrets».
Nous nous rendîmes à l'écurie. En passant devant la maison, la Mémé qui brodait assise sur le banc de pierre dorée me retint par la manche pour me dire «Méfie à té, p'tit, ce monsu là a les souliers trop propres pour être honnête !». Pétrus, qui n'était sourd que quand c'est à lui qu'on s'adressait, nous répondit «Oh, c'est le p'tit-fils de l'Amédé aux courges, il doit pas être trop bandit.».
Après avoir longuement examiné le veau gras, sans avoir oublié de lui «piquer le cul» avec la pointe de son Opinel pour sentir l'épaisseur de graisse, le maquignon fit une offre à l'oreille de Pétrus. Mon oncle se dressa sur ses ergots en répondant sèchement «Faudrait p'tre pas voir à trop bien plaisanter, là ! Ce boyon, c'est le gône qui l'a préparé pour se payer des études !».
Le maquignon ne sembla pas décontenancé par cette nouvelle et se mit à nous expliquer les difficultés de son métier : que, parmi d'autres, le prix des blouses noires avait plus que doublé et que nous n'imaginions pas le coût d'entretien d'un camion Hotchkis. Il passa ainsi en revue toutes les occasions qui lui étaient fournies d'ouvrir sa grenouille (le porte-monnaie) et d'en extraire la vaisselle de poche.
Mon oncle, courroucé par cette litanie geignarde, le coupa d'un : «Si ton grand-père, le Dédé aux courges, t'entendait il aurait bien des tristesses de t'avoir laissé tant de richesses pour t'en plaindre !» A ces mots, le visage du négociant se ferma en passant au rouge «gros vin» ! Il tourna les talons en lançant «L'Amédé, c'était qu'un original, un marginal, comme toi le vieux Pétrus ! Vous n'avez qu'à vous le garder votre veau !»
En passant devant la Mémé qui avait saisi les derniers mots, il s'entendit dire «Fait'en pas, fait'en pas mon cadet, on digérera mieux de l'avoir mangé not' veau que de te l'avoir vendu et bon vent, l'ami !».
Les paroles de la Mémé finirent de mettre en colère notre homme aux souliers neufs qui, regagnant son superbe camion d'un pas nerveux, ne fit pas attention aux racines du chêne et se prit donc une belle «aplatée», concluant ainsi sa visite infructueuse chez nous. Ce fut pour nous une bonne occasion de rire avant de retourner à nos travaux de forge.
Le soir, la soupe fut avalée en silence. Mes futures études semblaient bien compromises. Je n'osai pas demander à mon oncle qu'il me raconte qui était l'Amédé aux courges. Je me souvenais juste d'un vieil homme bien mis, assez discret mais toujours attentionné et ayant toujours une gourmandise dans ses poches…
Quelques jours passèrent ensuite. Je continuai de prendre soin de Salami. Mais avec moins de zèle. Il n'était plus qu'un bon repas de Noël.
Un dimanche matin, comme tous les dimanches matin, mon père, mon oncle et moi étions attablés chez la Nanette pendant que les femmes écoutaient les litanies du Père Curé dans la maison du Bon Dieu.
Le majordome du Château apparut dans la grande salle du café. Il était plus que rare de voir cet homme ici. Il vint directement vers nous et me dit, sans la moindre formule de politesse : «Monsieur le Vicomte désire vous entretenir ce lundi à 16h30 dans le petit salon d'honneur et vous prie d'être accompagné par une personne d'autorité».
Je ne pus retenir comme seule réponse qu'un «Boudiou qu'est ce qu'y me dit ?» Mon oncle partit dans un grand éclat de rire ! L'homme en redingote tourna les talons sans même répondre à mon père qui venait de dire «Et qu'est ce tu bois ?» ce qui chez nous est un gage d'amitié.
Je me retrouvai donc le lendemain affublé de mon costume du dimanche, accompagné de Pétrus, lui même apprêté comme jamais, dans une pièce immense du Château. Monsieur le Vicomte, lui, apparut en robe de chambre car, expliqua-t-il, il était souffrant.
S'adressant d'abord à moi, il me félicita pour mes talents d'éleveur qui lui avaient été rapportés par son vacher. Puis il me dit aussi que Monsieur l'Instituteur lui avait également «bien dit du bien de moi» et que, bien qu'il soit communiste, on pouvait faire confiance à ses talents de discernement.
Monsieur le Vicomte expliqua ensuite et sans transition que sa nièce, la fille de Madame la Baronne de Michalieu, allait convoler en justes noces prochainement et qu'elle tenait à avoir un veau gras au menu du banquet. «Malheureusement, ajouta notre hôte, aujourd'hui il n'y a plus guère de bons éleveurs respectueux de la bonne tradition dauphinoise». Et c'est pour cela d'ailleurs qu'il nous avait fait chercher afin que nous lui fassions une offre concernant Salami.
Mon oncle Pétrus qui était encore plus doué pour les affaires que pour le crachat de chique proposa immédiatement le prix fort. Le Vicomte sembla pour le coup réellement souffrant et vacilla légèrement. Mais Pétrus savait pertinemment que, chez ces gens-là, on ne marchande pas et il avait visé juste. L'affaire fut donc conclue, non pas par une tape dans la main mais par un document en bonne et due forme, signé à la plume d'oie.
Une fois les deux exemplaires du document signés de ma main et de celle du noble, ce dernier nous offrit une liqueur raffinée. Il reprit la conversation en me disant : «Jeune homme, désormais voici votre première année d'études supérieures largement assurée par ce financement. Faites en bon usage car vous avez la responsabilité d'assumer la confiance que votre oncle et moi-même avons mise en vous par cet acte. Dites vous bien que, si pour la Noël de cette année vous ne dégusterez que de la volaille, nous visons par la conclusion de cette affaire à ce que dans l'avenir vous puissiez par votre réussite offrir aux vôtres du veau de lait à chacune de vos fêtes. Vous avez le don de l'élevage, accompagné de celui des études. Mettez le tout à profit car le siècle qui s'ouvre devant vous a besoin de gens de votre trempe pour rendre l'agriculture plus performante et battre à jamais les famines qui ravagent encore tant de pays.»
Sur ce, il nous congédia. En traversant le parc pour regagner la route du village je dis à mon oncle : «J'aurais jamais ben imaginé que d'élever Salami me donne tant de responsabilités !» Mon oncle me répondit évasivement «Y'a ben qu'toi qu'y avait pas vu, p'tit gône…»
Chemin faisant, nous passâmes sur la goube de vers chez le Zéph. Mon oncle s'arrêta net face au pierrier que les paysans du coin avaient constitué au fil du temps avec les grosses pierres qui gênaient dans les terres arables. En me désignant du doigt les feuilles caractéristiques d'un plan de courge qui émergeait courageusement entre deux pierres bleutées, il me dit : «Tiens, vise à don', c'est sûrement un exploit de l'Amédé aux courges !».
Maintenant libéré de mes tourments quant à mon avenir scolaire, j'osai enfin lui demander ce que c'était que cette histoire de l'Amédé aux courges.
Pétrus se campa devant moi avec les mains sur les hanches et me dit l'air surpris. «Tu ne connais pas ça ?» D'un geste négatif de la tête, je l'invitai prestement à se lancer dans un récit dont je me régalai par avance, connaissant l'art consommé avec lequel Pétrus savait tenir en haleine son auditoire.
Comme toujours, il commença par me faire languir en perdant inutilement son temps avant d'entamer sa narration. Aujourd'hui; ce fut le méticuleux arrangement de la tenue de son veston qui fut le prétexte à un long temps mort.
Puis enfin, avec une lenteur calculée, les yeux emplis d'une joie naïve, il commença : «Ecoute bien p'tit gars car, par tout le pays, tout le monde dit que tu seras bientôt un grand «monsu» (monsieur). Tu es destiné à faire des grandes études. Ensuite, tu choisiras sans doute un métier qui fait bien des sous. Mais avec tout ça, comme l'Amédé aux courges, il ne faudrait pas que tu oublies que, quand tu es né, tu n'étais qu'un magnaud des collines dauphinoises».
Je sentais là que l'histoire de l'Amédé serait, encore plus que toute autre, une des clefs de mon avenir.
Pétrus reprit la marche tout en se lançant enfin dans son récit.
« L'Amédé aux courges habitait la grande maison à la sortie du Jonchay mais il n'a pas toujours été riche. A la naissance, il était comme toi : un fils de paysans. Ses parents possédaient la vieille ferme des Sables. Elle leur venait par la mère. Le père de l'Amédé était un champi (enfant trouvé), arrivé par là tout gône, avec les mains dans les poches. Ils travaillaient dur mais pour peu de rendement.
Sa mère, la Sylvaine, la Vivaine, avait deux sœurs : l'Anna qui s'était mariée avec un bistrotier, le Nénesse de Bourcieu, sur les bords des launes du vieux Rhône. Malgré une réputation de chaud lapin, le Nénesse eut beau jouer bien souvent à la bête à deux dos avec l'Anna, ses semailles ne donnèrent jamais de récolte.
L'autre sœur, la Marie qu'on appelait Marie-la-Sombre, se fiança avec le fils unique de la ferme du Grand-Plan. Mais son beau fiancé fut appelé à partir combattre aux Dardanelles. Il n'en revint jamais et, à ce jour, on ignore même s'il y est arrivé ! Heureusement pour elle, ils se marièrent la veille du départ. Elle resta donc chez ses beaux-parents toujours vêtue de noir.
L'Amédé, dès son plus jeune âge, passait de chez ses parents à chez ses tantes, suivant l'état de misère à la ferme des Sables. Il travaillait alternativement au bistrot puis aux terres.
Il allait peu à l'école mais y faisait pourtant preuve de talent. L'année où il devait passer son certificat d'études, son oncle, qui avait prit grand goût à tester les vins qu'il servait dans son estanco, eut la fâcheuse idée de se laisser entraîner par une barrique en la descendant à la cave et alla se fracasser contre un foudre qui, sous le choc, tomba de son support et écrasa l'infortuné Nénesse qui alors mourut sous le poids du vin qu'il n'avait pas encore bu.
L'oncle ayant ainsi «cassé son vélo», comme on dit, l'Amédé se retrouva donc aussitôt promu garçon de café. Très vite, il se rendit compte que sa tante était débordée par les événements : la pauvre femme cuisinait quelques repas tous les midis pour les clients de passage mais tout était tiré du jardin et c'était parfaitement insuffisant.
L'Amédé, avec le maigre bénéfice du bistrot s'acheta une bicyclette avec laquelle il ferait, plusieurs fois par semaine, les presque 50 kilomètres aller/retour entre le bistrot de Bourcieu et la ferme de ses parents chez qui il achèterait les légumes et les viandes qui faisaient tant défaut à la cuisine de sa tante.
Cette idée se révélera doublement bénéfique. En effet, le bistrot se transformait tous les midis en restaurant, aussi bien pour les ouvriers et les marchands de commerce en semaine que pour les familles en promenade et les pêcheurs le dimanche.
Rapidement, le Dédé aux courges acheta même une carriole pour mettre derrière son vélo. L'affaire se développait rapidement !
Mais sa tante et ses parents vieillissaient et se fatiguaient tandis qu'à la ferme du Grand-Plan, sa tante Marie-la-Sombre commençait à «patiner», comme on disait quand la tête ne suit plus. Elle ne gérait plus correctement la grande terre ni les trois commis que ses beaux-parents lui avaient laissés en héritage.
L'Amédé n'était pas encore majeur mais il lui était clair qu'il serait le seul héritier du tout. Il fit donc le tour de toute la famille pour obtenir leur consentement et tous adhérèrent à son idée. Il obtint facilement son émancipation et prit la gérance des deux fermes ainsi que celle du café restaurant.»
Comme nous arrivions à la maison, Pétrus interrompit son récit.
Mes deux frères, mes parents et la Mémé nous attendaient, postés au milieu de la cour, l'air interrogatif. Tout fier de moi, je tendis le contrat de vente à mon frère aîné qui s'exclama «Qué couillon, tu sais bien que je sais pas déchiffrer les écritures !» J'annonçai donc à voix haute le prix pour lequel, finalement, nous nous passerions de veau gras pour les fêtes.
La vue des larges sourires sur chacun des visages me confirma que Pétrus avait bien négocié. Le Père dit alors «Bon, ben tout ça, c'est bien gentil mais les vaches ne vont pas se blocher toutes seules ! Allez, le drôle, c'est à ton tour !» Sachant qu'il n'y avait pas appel aux ordres du Padré, je pris prestement la direction de l'étable. J'entendis derrière moi la voix de Pétrus dire «La Mère, va préparer un bon dîner pour fêter la vente de Salami, moi je vais aider le ch'tiot à traiser les boyes (traire les vaches), une fois n'est pas coutume et il faut que je finisse de lui conter une histoire !»
J'étais réellement impressionné ! A l'époque, la traite des vaches n'était pas un noble travail et était réservée aux femmes et aux enfants.
La Mémé, ayant senti que l'événement était à marquer d'une pierre blanche puisque son frère Pétrus allait daigner traire, ce qui n'avait pas dû lui arriver plus de dix fois depuis ses 20 ans, nous annonça qu'elle allait mettre à cuire un sabodet pistaché pour l'occasion. Elle savait bien que son gendre, mon Père, allait faire la moue à l'évocation de la dépense somptueuse qu'allait subir notre cellier. Mais elle savait aussi le plaisir que j'aurai en dégustant mon mets préféré.
Pétrus me rejoignit à l'étable pendant que je rinçais le seau avant de m'atteler à ma tâche biquotidienne. Il reprit la parole : «Bon, où que j'en étais moi ? Ah oui…»
«L'Amédé aux courges, comme on l'appelait, avait donc prit la gérance de toutes les affaires de sa famille. Mais il fut vite évident qu'il ne pourrait pas suivre en restant tout seul. Il eut donc l'idée d'embaucher un cuisinier et une serveuse pour le bistrot dont la partie restauration se développait de plus en plus. Ce fut là une très bonne idée car il avait su trouver un fin cuisinier qui mettait bien en valeur les produits de ses deux fermes.
A la même époque, le trafic automobile naissant explosait. De plus en plus de choses étaient transportées par camion et on commençait à voir des lignes régulières d'autocar. C'est là que fut décidé le goudronnage de la route de Vienne qui passe par les Sables. Cette route neuve, reliée à tout un réseau, permet maintenant de circuler des Savoies jusqu'à Marseille par de belles voiries bien larges, en évitant le plus possible les reliefs pour ne pas faire souffrir les mécaniques.
Le Dédé aux courges comprit immédiatement que ce serait un gros chantier et qu'ensuite il y aurait là un trafic intense de marchandises et de voyageurs. Il transforma donc la vieille ferme des Sables, celle jadis de ses parents, en cantine pour les ouvriers, le temps du chantier. Puis, en abattant les vilaines cabanes à cochons et autres annexes de la ferme, il en fit un joli restaurant. Il fit même confectionner quelques chambres pour les touristes de passage. Sous le hangar au fond de la cour, il installa un atelier de mécanique pour automobile en fermant le bâtiment aux courants d'air.
Il embaucha encore un cuisinier, encore un bon qu'il payait cher car, disait il, c'est le prix à payer pour que l'établissement atteigne rapidement une bonne réputation. Il prit aussi du personnel de service, embauché surtout parmi les jeunes filles des fermes alentour.
A l'atelier, il installa l'Augustin Charvéron en tant que gérant indépendant. L'Augustin, dit le Tintin, avait fait son apprentissage chez Vialle à Arandon, le fabricant de grosses autos et de camions. Il connaissait parfaitement son métier.
Pour ce restaurant aussi, les denrées venaient de la ferme du Grand-Plan. Là-bas aussi, il avait embauché. Les trois vieux commis étaient partis en retraite. Faisant de plus en plus de maraîchage, il fallait plus de monde.
Mais parfois, certains produits venaient à manquer, soit parce que la récolte n'était pas bonne, soit parce qu'il n'en avait pas planté assez.
Alors il acheta un Liberty. C'étaient les camions que les Amerloques avaient laissés après la grande guerre. Avec ça, l'Amédé se lança dans le négoce de produits agricoles. Il eut l'idée de vendre ses surplus autant de la ferme que du négoce à ses concurrents (les autres restaurateurs du coin) puis aux épiciers. Très rapidement, là aussi, l'affaire prit de l'ampleur et le vieux Liberty fut remplacé par un splendide camion Rochet-Schneider, fiable et robuste. »
Tandis que Pétrus me racontait tout ça, j'avais fini de préparer le matériel pour la traite. La seille (sorte de seau) en bois était rincée à l'eau claire, les bidons en aluminium soigneusement alignés près de la fontaine dans laquelle je les plongerai au fur et à mesure de leur remplissage pour refroidir le lait. Il ne me restait plus qu'à me saisir de mon gobelet de ferblanterie pour recueillir les premiers jets de lait de la traite que, comme de coutume, je boirai d'un trait et qui me laisseront une moustache de crème encore tiède, gommée ensuite d'un revers de manche tout en claquant ma langue sur mon palais en signe de satisfaction.
Mon oncle posa un genou à terre en se tenant parallèlement à la vache qu'il s'apprêtait à traire. C'était la position caractéristique des rares hommes qui trayaient. Moi, comme le faisait plutôt les femmes et les enfants, je pris mon tabouret aux pieds très courts et je m'installai à la perpendiculaire en appuyant mon front au creux du ventre de la vache.
Alors, mon oncle reprit son récit sur l'Amédé aux courges.
«Les affaires allaient bon train pour lui. Tout ce qu'il produisait sur ses terres était transformé dans ses restaurants ou vendu sans intermédiaire. De plus, il avait racheté l'épicerie du père Broizet qui se noyait lui aussi tout doucement dans son vin.
Pour faire tourner tout ça, le Dédé aux courges passait tout sa sainte journée à faire du négoce. Il passait de ferme en ferme pour acheter des bœufs pour la viande, du lait, des fromages, du beurre, des œufs, des volailles, des lapins, toutes sortes de légumes, des patates, des pommes, des noix et tous les fruits de saison. Bref tout ce dont il avait besoin pour faire manger les gens car, entre ses restaurants à lui et ceux qu'il fournissait, ses terres ne suffisaient plus !
Il se fit vite une réputation de bon payeur. Il ne marchandait pas et comme il revendait tout ou presque dans ses commerces, sans 36 intermédiaires, il pouvait offrir un bon prix à ses fournisseurs. On remarqua aussi qu'il allait en priorité se servir chez les gens en difficulté et qu'il était d'autant moins regardant à la dépense que le vendeur était dans la peine.
S'il arrivait une tuile à un paysan, l'Amédé aux courges ne tardait à venir prospecter… Sans doute n'avait il pas oublié sa jeunesse à la ferme des Sables ni la misère qui y régnait !
Bientôt, ses trois fils, qu'il avait eu avec la Phine Geanton son épouse, allaient venir l'aider. L'aîné, Alphonse, le Phonphonse, était très attiré par les choses agricoles. L'Amédé lui acheta donc le domaine des Franchises à Quincieux. C'était une immense terre avec un énorme corps de ferme au milieu. Certains disent que l'exploitation en remonte au temps de François 1 er qui s'en servait de réserve de blé pour ses troupes en transit lors des campagnes d'Italie.
Le cadet, André, le Dédé au Dédé, était lui plus enclin à la finesse, aux arts et à la douceur. Il prit vite la gérance des restaurants et s'empressa de racheter l'affaire Vialon, un restaurant chic au bord du lac clair quand le fils vira brelot (idiot) après être tombé d'un cheval emballé qu'il avait voulu arrêter.
Le benjamin de l'Amédé a d'abord été la dernière des véroles que la terre n'ai jamais portée ! Les gens l'appelaient «Attila» ! Prenant soudain un air pensif, Pétrus ajouta d'une voix étonnée : «J'ai même oublié son vrai prénom, à cet auguste ! Ben ça, c'est la meilleure ! Bref, reprit-il, après avoir fait pis que pendre, Attila nous revint du service militaire avec une épouse qu'il avait engrossée par mégarde et surtout par abus d'absinthe.
C'était une bonne grosse franc-comtoise qui ne savait ni lire ni écrire et encore moins se curer les ongles. Mais par contre, tu n'avais qu'à jeter une poignée de monnaie en l'air, elle en avait fait l'addition avant même qu'elle ne retombe.
La Berthe, c'était son nom, et Attila, qui était devenu âpre à la tâche, prirent peu à peu le dessus sur le reste de la famille et agrippèrent les rênes des affaires. L'Amédé, fatigué par tant d'années de travail sans compter sa peine se retira discrètement quand il se trouva subitement veuf mais non sans avoir bien valorisé son retrait.
Il était encore malgré tout vaillant homme et ne se voyait pas être qu'un rentier. Il s'acheta donc une petite camionnette Peugeot et fit perdurer un petit commerce de tout et de rien mais cette fois sans soucis de rentabilité.
C'est à cette époque qu'il se retira dans sa bâtisse du Jonchay. Il y tenait une espèce d'épicerie qui ouvrait ou fermait au gré de ses humeurs. Il l'alimentait avec le petit négoce qu'il continuait de mener là aussi au gré de ses envies. Son commerce consistait surtout à repasser derrière Attila et la Berthe chez leurs fournisseurs pour compenser leurs exigences tarifaires.
Ses successeurs avaient sérieusement durci les méthodes et même le Dédé aux courges devait passer à la caisse quand il devenait parfois leur client ! La Berthe et Attila étaient intraitables et c'en était fini du temps des bonnes affaires, autant pour les vendeurs que pour les acheteurs. Les petits paysans qui furent à la noce à l'époque durant laquelle ils traitaient avec l'Amédé aux courges recommençaient à en baver !
L'Amédé n'arrivait plus à repasser après son fils et sa bru pour remettre le sou au kilo qui manquait pour faire une affaire satisfaisante pour les deux parties.
L'Amédé avait honte de ce que ses fils avaient fait de ses commerces. Ils ne travaillaient plus que pour l'argent. Les employés, sur lesquels Amédé s'était tant appuyé pour créer la réputation de ses établissements, étaient maintenant méprisés. Les fournisseurs, avec qui il avait créé des relations de confiance, se voyaient maintenant maltraités. Pourtant, les entreprises prenaient de plus en plus d'importance… Mais la taille de ses entreprises, l'Amédé s'en fichait, finalement.
Son petit commerce à lui n'allait pas fort. Il laissait partir bien des clients sans qu'ils mettent une pièce sur la table. L'affaire tournait tellement carré qu'un jour il ne put payer rubis sur l'ongle la livraison faite par Attila. Sans vergogne, l'affreux rechargea sa camelote et ne livra plus jamais son propre père.
L'Amédé vivait désormais de la rente de quelques locations qu'il possédait par ci par là et encore, il faisait plus souvent cadeau des loyers qu'il ne les encaissait. Il lui était impossible désormais de soulager toutes les misères de la campagne, comme il le fit durant tant d'années.
Il passait alors le plus clair de son temps à se promener par monts et par vaux. Il s'arrêtait «blaguer» (discuter) chez ses anciens fournisseurs.»
Pétrus interrompit son récit. La traite était finie. Il me fallait mettre le dernier bidon de lait dans la fontaine. «Oh, ben vingt dieux, qu'il est lourd» souffla-t-il en m'aidant à le soulever. «Ben oui, lui dis-je, il est plein et il y presque 60 litres en tout. Ca fait une moyenne de 12 litres par vache, ce soir. Mais la Lune en a fait pas loin de vingt litres à elle toute seule ! Vivement que sa génisse fasse le veau, elle devrait être encore meilleure productrice, on va ensuite tourner à 70 ou 80 litres par traite, facilement. La Mémé aura presque 100 kilos de beurre à vendre en plus par semaine. Rien que ça, ça paierait les traites d'un Farmall Cube, le tracteur dont rêve tant Papa !»
Pétrus me toisa de la tête aux pieds «Oh ben ça alors toi ! Tu perds pas le nord, tézigues !»
Après avoir soigneusement lavé les seaux et le passe-lait avec de l'acide qui nous piquait les yeux et rongeait les peaux mortes de nos mains calleuses, Pétrus et moi rentrâmes à la maison. L'odeur du sabodet cuisant dans le fourneau de la cuisinière à bois embaumait jusqu'au pas de la porte. Je le devinais cuivré par la chaleur et légèrement craquelé, entouré de patates dorées en dégradé, un rien brûlées en leur sommet et le tout baignant dans un jus limpide, bouillonnant de mille bulles au parfum gourmand.
Comme à son habitude, mon oncle ôta sa casquette de toile bleue sur le pas de la porte, la frappa vigoureusement sur son genou puis la jeta au pied du porte-manteau, auquel jamais il ne la pendrait pour ne pas salir les vestes rangées ici. Puis, toujours en silence, il se dirigea vers la pierre d'évier, s'y lava les mains avec force de savon et méticulosité, se frotta le visage à l'eau claire et enfin, avec un soin exagéré, il se peignit car pour lui, «s'en venir à table tout bourrassu (pas coiffé) aurait été pire que d'avoir les mains sales».
Ce fut seulement après un premier verre de vin, bu en deux longue gorgées, qu'il reprit la parole « Qu'est ce je disais moi, déjà ? » La question n'avait pas le temps d'attendre une réponse qu'il repartit en disant « Ah oui, or donc, l'Amédé aux courges errait comme une âme en peine. Les plus finauds avaient cependant remarqué que parfois il s'écartait des chemins pour aller crapahuter à travers les pelus (terrains sans propriétaire et de médiocre qualité, incultivables, servant de pâture aux paysans n'ayant pas assez grand de prés eux-mêmes pour nourrir leurs bêtes).
Certains remarquèrent même qu'il semblait y gratter le sol. Les uns disaient qu'il s'essayait à la recherche d'or ou de diamants, d'autre qu'il scellait des sorts contre ses fils et que sais-je encore combien d'inventions on racontait !
Mais moi, tout Pétrus que je suis, j'avais remarqué une chose : c'est qu'au printemps venu, il poussait des plans de courges un peu partout dans le pays et surtout sur les pelus et dans les champs de personne. Au printemps suivant, un jour que j'aperçus de loin le Dédé, je me cachai et je le surpris à se livrer à un de ces rituels sur la goube (bosse), près du grand lavoir. Je l'observai creuser le sol avec la pointe en fer de sa canne. Il regarda à droite et à gauche pour voir si personne ne le voyait. Il ne put me voir, je me tenais tapis dans les vignes du père Pradon qui étaient bien en feuilles à cette saison. L'Amédé aux courges prit quelque chose dans la poche de son veston qu'il enfouit dans le trou fraîchement creusé. Ensuite, il reboucha le trou en ramenant la terre avec les pieds. Il renouvela l'opération par trois fois en se déplaçant d'un pas ou deux entre chaque.
Puis, il quitta les lieux sans se retourner. Quand il fut assez loin, moi qui suis plus curieux qu'une pie, je bondis inspecter le travail. Trouvant facilement ses gratteries, je déterrai son trésor. Je fus bien surpris de ne trouver que de simples graines de courge.
Et je me disais : voilà un homme qui a encore suffisamment d'argent pour s'acheter peut-être 50 hectares d'un coup ou une auto neuve et qui se met à cultiver des courges sur les pelus par tout le pays ? C'est ben pas comme ça qu'il avait fait sa fortune ! Bah, me suis-je dit, il fait pas bon devenir vieux…»
Dans ce printemps là, je ne fus pas le seul à vouloir éclaircir le mystère des cérémonies solitaires du Dédé et tous ceux qui s'y attelèrent firent la même découverte que moi : l'Amédé plantait des courges par tous les coins du canton. Il fut vu jusqu'aux Alagnés, le long du Rhône, sous Côtes, à Bellegarde et même au-delà de Passieu. On dit même l'avoir vu à Lomptézieu ! Le bruit courut que l'air lui passait sans frein entre les deux oreilles. Les gens commençaient à l'appeler l'Amédé aux courges. Attila et la Berthe disaient qu'ils allaient le faire enfermer au Vion, chez les fous.
Un beau matin de la fin mai, l‘Amédé se présenta à notre portail. Tu marchais à peine mais tu fus le premier à l'accueillir. Il mit alors sa main dans sa poche et en extirpa une sucette de sucre d'orge grosse comme un moineau. Tu ouvrais de ses billes à la place des yeux !
Il demanda s'il pouvait acheter une livre de beurre frais. La transaction se fit à la cuisine. Il paya d'un billet de cent francs en disant «gardez tout, depuis le temps que je ne vous fait plus faire d'affaires, vous ne me devez plus rien». Là, c'est la Mémé qui avait les yeux grands ouverts !
Mais l'Amédé était soucieux. Il demanda à s'asseoir. Cela nous surprit, ce n'était pas dans ses habitudes. La Mémé sortit la bouteille de vin du buffet. L'Amédé faisait tourner son verre dans ses mains en gardant un silence lourd. Je lui dis alors : «Oh, Médé, comme ça qu'on l'appelait avant cette histoire des courges, oh Médé, y a qué'qu'chose qui va pas ?»
Il avait subitement l'air désespéré. Les larmes semblaient être au bord de l'écluse. Il ouvrit la bouche sans lever les yeux de la toile cirée : «Je viens te voir toi, le Pétrus, parce que je sais que tu es écouté et respecté par tout les magnauds, des communistes au Curé en passant par le Maire et sa clique. Même Attila et sa Berthe t'écoutent».
Je gardais le silence, pour pas interrompre une confidence qu'il semblait avoir bien du mal à lâcher. « Tu sais, Pétrus, rajouta l'Amédé, depuis quelques jours maintenant, on me dit devenu brelot, il paraît même qu'on m'appelle l'Amédé aux courges mais tu sais, je suis pas si fou ! C'est peut-être vrai que j'ai gardé les graines de toutes les courges que j'ai vendues l'année passée. C'est vrai que j'en sème partout mais je suis pas fou !
Ah, je peux te dire, p'tit gône que j'étais pas fier moi avec cet aveu sur les bras ! Alors, je lui dis : moi, je sais bien que t'es pas fou, Médé, mais pourquoi tu plantes toutes ces courges ?»
L'Amédé laissa échapper le flot de ses larmes et, tapant rageusement du poing sur la table, il éleva la voix : «Mais bon sang de bonsoir, c'est tout ce que je peux faire pour donner à manger aux pauvres bougres que mes salopards de fils font crever de faim !» Laissant poindre l'abattement dans sa voix, il ajouta «Tu comprends Pétrus, j'ai plus les moyens, j'ai plus les moyens de repasser derrière… Alors c'est tout ce que j'ai trouvé pour leur donner à manger sans qu'ils fassent l'aumône !»
«Ah ben bonsoir, tu sais que t'es pas con, Médé ? Tu plantes les graines sur les pelus que le bon Dieu t'a donnés et comme ça, celui qui a faim ramasse les courges qui sont là mais à personne !» Je venais de comprendre !
L'Amédé me regarda alors avec un regard suppliant : «C'est exactement ça mon Pétrus, mais si les gens me croient fou, plus personne ne voudra ramasser les courges croyant qu'elles ont le mauvais œil et en plus, si la Berthe réussit à me faire enfermer au Vion, je pourrais même plus les planter. Dis Pétrus, je compte sur toi pour que mes courges soient encore ramassées par ceux qui en ont besoin, sinon, j'ai peur que ce con d'Attila et sa grosse me les barbotent !»
«T'en fais pas Amédé, t'en fais pas ! Je vais te dire une chose, si tu veux pas passer pour un taré, reprends ton petit commerce à petite échelle et continue aussi tes courges, mais plus discrètement et puis tiens, je vais m'y mettre aussi à planter des courges !»
Effectivement, l'Amédé reprit doucettement ses affaires d'épicier. Il était un peu plus regardant sur le payement des ardoises pour la subsistance de son affaire mais, régulièrement il disait à ses clients «N'oubliez pas de ramasser une courge en rentrant chez vous !»
Ainsi, l'Amédé aux courges passa sa vie à essayer de s'enrichir sans jamais vouloir faire fortune et sans jamais voler ou appauvrir personne…»
Mon oncle Pétrus, alors qu'il s'attachait la serviette autour du cou, prêt à jeter un sort au sabodet, n'imaginait certainement pas en me racontant cette histoire qu'un jour j'emploierais l'imparfait du subjonctif dans mon travail quotidien comme lui sa fourche à fumier. Mais il savait bien que, pour que je ne me perde pas dans la vie comme s'étaient perdus les fils de l'Amédé aux courges, il ne fallait pas que j'oublie que je suis né magnaud et qu'un magnaud, quand il dit non avec la bouche, il dit oui avec le cœur.
Bien des années après, le goût de ce sabodet reste ancré dans ma mémoire, attaché à l'histoire de l'Amédé aux courges.
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