Chapitre 1 : Se faire voleur pour ça !
En ce beau lundi matin ensoleillé, j'ai pris ma brave petite Clio pour effectuer ma ramasse bihebdomadaire. Avec un joli soleil bien chaud, les choses se présentaient plutôt bien …
Erreur ! Quand on pense que tout va bien, c'est là que le pire arrive !
Mis à part les habituelles erreurs de destinataires dans le transit de la paperasse, les envois qui ne correspondent pas et autres conneries chroniques qui feront de moi un maître à penser de la zenitude bouddhiste à force … Même au-delà de l'ordinaire présence de la maréchaussée m'invitant à sourire puisque je suis filmé ... Bien plus que le sempiternel automobiliste pressé d'arriver et qui n'arrivera jamais puisque, incapable de prendre un virage sur la route, il le prend dans sa vie et met tout le monde en retard ... Aujourd'hui était un jour spécial !
Diantre, fichtre, damned, ventre-saint-gris ! On a vandalisé mon outil de travail !!!
Oui, des (ou un) voleurs ont dérobé subrepticement une partie de mon gagne pain …
Le moteur, me demanderez-vous ? Que nenni ! Quoi donc alors ? Les sièges, les portes, les roues ? Il n'en est rien !
Ces cons se sont limités aux répétiteurs de clignotant ! C'est-à-dire les petites loupiotes sur les ailes avant…
Eh oui, ils se sont faits voleurs pour ces deux petits trucs plastiformés !
Encore, « on » m'aurait volé la bagnole, je me serai fait une raison. Le moteur ? J'en aurai déduit qu'ils avaient le sens de l'économie pour trouver de la pièce à des prix abordables… Mais les répétiteurs de cligno ! Non, mais là, franchement !!!
Ah, ils sont où les bandits qui causaient à la Audiard, avec le code d'honneur qui va avec ? Vous imaginez, vous, Spaggiari faire un casse pour deux répétiteurs de clignotant ?
Moi, j'aurai aimé que mon voleur ce soit Jean Gabin qui se pointe en disant « Ooooh, toi mon gars, t'as ben une jolie tire. Avec ça, les poupées, elles ne doivent pas se faire prier pour que tu les embarques à Deauville. Mais, mon p'tit gars, t'as pas la carrure pour conduire ça. Il faut de la classe et de la distinction, alors je vais te rendre service : tu vas me donner les clefs, sans qu'on s'fâche et tu vas aller t'acheter une bagnole de ton standing »
Moi, un voleur qui me cause comme ça, ça m'honore, ça me flatte !
Ou alors, genre je démarre ma Clio et là, pile devant moi : Bebel qui tombe en parachute ! Il ouvre la portière, en disant « Bonjour, je m'appelle Hector, j'arrive de Tombouctou et j'ai rendez vous au Crillon pour dîner dans une demie heure avec une Princesse russe, Anna Pourchnikikovna, vous connaissez ? La belle a horreur que je sois en retard, je me permets donc de vous emprunter votre auto » Tout en disant ça, il enlève sa veste de para et dessous, il est en costard impeccable. Il fouille ses poches, à renfort de grands gestes et finit par sortir un billet de 500 Dollars en disant «Tenez mon brave, c'est pour vous dédommager, non, ne me remerciez pas, c'est pour la grandeur de la France, gardez tout, je ne reprends jamais la monnaie, ça fait des trous dans les poches. Allez, mon cher Robert, vous permettez que je vous appelle Robert, laissez moi le volant, je suis attendu ! Passez mes amitiés à votre épouse, Aaah Simone ! »
Ben, là encore, un voleur comme ça, je dis pas …
Sinon, il y a le type genre Lino Ventura qui arrive en courant du fond du parking et qui, me voyant, s'arrête net, réajuste son costume sur mesure, passe la main dans ses cheveux en bataille en essayant de leur redonner un semblant de civilisation et qui s'approche en disant poliment « Euh, voilà … est ce que vous pourriez me rendre un petit service ? » Moi « Oui, peut être » Il reprend «Voilà, j'ai ma vieille tante qui est bien malade, elle est toute seule à Montauban, j'aurai voulu savoir si vous pouviez me prêter votre Clio ? Rassurez vous, j'en prendrai soin, je ne suis pas un sauvage … » La phrase est interrompue par des coups de feu venant de derrière lui. Pas le temps de réagir qu'il balance un «Et puis merde tiens ! » accompagné d'une paire de baffes magistrales qui atterrissent sur ma gueule de Jean Lefebvre …
Là, pareil, un voleur comme ça, ça aurait de la gueule !
Au moins, j'aurais un truc à vous raconter !!!
Tandis que là, à part vous dire que demain il faut que je passe à la maison Poulagat pour déposer plainte pour le vol sans effraction ni haine ni violence d'une malheureuse paire de répétiteurs de clignotant puis chez Renault pour demander un devis pour le remplacement de ces deux petites merdes qu'un pauvre cave va refiler aux puces dimanche pour 4 petits euros qu'il ira fièrement dépenser sous forme de raclures de viande agglomérée baignant dans des sauces Rhône Poulenc insérées entre deux bout de caoutchouc mal dégrossi, collés par des acides gras hyper sursaturés dans un bouiboui qui affiche sans vergogne le nom de restaurant, sous un grand M jaune, voulant sans doute dire Merde !
Ah, tout se perd Monsieur Audiard, tout se perd…
Chapitre 2 : On s'amuse, on rigole
Ce matin je suis passé faire un petit tour à la gendarmerie.
Dans mon bled, ils ont droit à un joli poulailler tout neuf avec un super portail tout en fer que c'est sûrement un convoi exceptionnel qu'il l'a livré!
J'ai sonné à l'interphone...
Après une série illimitée de sonneries toutes plus zarbies les unes que les autres, une douce voix féminine m'a répondu "Vous avez appelé la brigade de gendarmerie de "Bled sur Rivière", nous allons répondre à votre appel, ne raccrochez pas".
Ben ??? Qu'est ce qu'elle me dit celle là ??? "Bled sur Rivière", c'est à 15 bornes d'ici !!! Et puis comment je pourrais raccrocher un interphone ??? Je sais que, quand je touche un truc électronique, c'est « Star Wars at home » mais de là à raccrocher avec un interphone ...
J'ai le sourcil encore levé qu'un monsieur me demande, avec la grâce d'un chef de quai de la grande distribution un jour férié "C'est pour quoi ?"
Il y a mis tellement de douceur humaine que du coup, je savais plus pourquoi je causais dans un interphone qu'il ne fallait surtout pas que je raccroche.
Mon neurone ayant enfin connecté avec un confrère de passage, je répondis "C'est pour déposer une plainte".
La voix douce et suave de mon interlocuteur me répond "j'vous ouv'"
... … … … …
Merde, j'ai du oublier de lui demander s'il le faisait aujourd'hui ou s'il y avait un délai ...
Enfin, le portail émet un bruit à mi-chemin entre le grésillement d'une radio en grandes ondes sous le tunnel de Fourvière et le court-circuit électrique précédant un incendie dans un squat de la Goutte d'Or.
Soucieux à cause de ce bruit peu engageant, je me mis en mouvement pour ouvrir le portillon métallique d'où s'échappait cette incongruité sonore ... Oh bordel ! Si on m'avait prévenu, j'aurai prévu un tire-fort ! Il pèse 2 tonnes leur truc !
L'épreuve du portillon passée, je me trouve devant une porte toute vitrée sur laquelle il est écrit "tirez". N'étant pas armé, je décide de tirer la porte avec mes mains et non pas sur la porte avec mon flingue.
Mauvaise pioche ! La porte ne s'ouvre pas ! Avec un flingue, j'aurai descendu la vitre et je serai entré ...
Soudain, la porte émet le même bruit terrorisant que le portillon de tout à l'heure et cette conne s'ouvre tout de go ! J'ai failli me retrouver cul par dessus tête !!
Je me retrouve donc dans une espèce de cage toute en verre où il règne une chaleur qui me rappelle un sauna à N'Djaména (où je n'ai d'ailleurs jamais mis les pieds).
Je m'approche de la porte du fond de cet enfer terrestre. Dessus il est écrit "interdit à toutes personnes non autorisées".
Ben merde, je ne savais pas qu'il fallait demander une autorisation pour être admis ...
Une voix, celle de mon charmant interlocuteur, sortant du plafond annonce "Ne bougez pas, on va venir vous chercher"
Réflexe con, j'ai failli mettre les mains sur la tête, les jambes écartées en criant "Je veux voir mon avocat !".
Je comprends maintenant pourquoi quand on les appelle, ils mettent deux heures pour arriver ! Quand on voit le bordel que c'est pour entrer à pieds, j'imagine le merdier pour sortir de là avec une Ford Grocus !!
Finalement, c'est Pandore qui vient me chercher dans sa boite de verre.
J'ai droit à une visite guidée des bureaux, il marche devant et ouvre les portes une à une en commentant "merde, déjà pris"...
Arrivés au bout d'un long couloir borgne, il me convie à entrer dans un pas "merde déjà pris". Il me demande de m'asseoir puis si je sais changer les cartouches d'imprimante. Ce à quoi je réponds par l'affirmative tout en rajoutant "ce que je ne sais pas faire, c'est garder l'appareil en état de marche après, en général, je change la cartouche, puis l'imprimante".
Finalement, il le fait lui-même ... Prudent, le type !
Je lui explique en trois mots la situation "On m'a volé mes répétiteurs de clignotant. »
A peine ai-je fini mon histoire rocambolesque (et encore, je lui ai épargné Gabin, Bebel et Lino car je suis pas sûr qu'il m'aurait laissé sortir) que son téléphone sonne.
Visiblement, quelqu'un a perdu un mort dans un accident de la route ! Tout le monde cherche ce pauvre macchabée égaré ...
Un bon moment passe avant que mon gentil gendarme à la voix chaleureuse revienne à moi ... Je me suis retenu de lui dire qu'un mort, ça galope pas vite et qu'ils devraient vite le rattraper, mais, comme pour Bebel et les autres, pas sûr que ça le fasse rire, alors chut, ta gueule mon Bill.
Le monsieur me demande les papiers du véhicule et de ma pomme. Je le les lui donne en me demandant sur quoi il va me verbaliser ...
Il me demande comment s'appelle mon père, puis ma mère. J'ai envie de rajouter que mon chien ne s'appelle pas, il suffit de siffler... Mais, au fait ? Pourquoi me demande-t-il cela, aurait-il des soupçons ? Je sais que ma mère est Corse mais quand même !
Puis, il décide d'aller faire un relevé d'empreintes sur ma carriole ...
On repasse tout Fort Boyard en sens inverse, mais il triche, il a un complice à l'intérieur qui appuie sur les bruiteurs avant qu'on se plante contre la porte !! En plus, pour le retour, il coince des chaises dans toutes les portes !! C'est malin, les autres vont pouvoir se barrer !
Il fait comme dans les films, il sort un pinceau plein de poudre noire sauf que, là, il n'y a pas les mecs qui font les photos et qui disent au commissaire super bien habillé de se pousser un peu s'il ne veut pas se tacher... Bref, quand il a fini de me foutre sa suie partout sur mon char, il a le toupet de me dire "votre voiture est trop sale, ça donne rien." Non mais oh ? Ça te ferait mal de rester correct ? L'était propre mon tas de boue avant que tu me l'encrasses avec ton charbon !
On refait le parcours du combattant en sens inverse en prenant soin d'enlever les chaises en travers des portes. Finalement c'est rigolo d'être gendarme, ça rappelle les scouts.
Arrivé à la case bureau vide, il tape encore deux / trois trucs sur l'ordi, lance l'impression en disant "je me demande sur quelle imprimante ça va sortir."
Oh ! Miracle, sur la sienne ! Balèze !
Je relis ... Bon, il s'est gouré en tapant l'immatriculation de la voiture, il l'a dans le désordre, mais comme disait Pierrette Bres, «On ne peut pas gagner à tous les coups » ! Je souris un peu quand je lis "les investigations de gendarmerie scientifique n'ont rien donné" (tu parles d'une science de saloper une bagnole au noir de carbone...)
Enfin, le Monsieur m'invite à quitter les lieux, sans même que mon avocat ne se soit dérangé !
Enfin muni de mon formulaire de plainte simplifiée (heureusement que j'ai pas demandé une plainte compliquée), je file chez Renault demander un devis pour l'assurance ...
Aaaah Renault ! Déjà pour changer un pneu c'est une aventure ...
J'explique au Monsieur ... Merde, j'ai du passer une frontière ou je sais pas quoi mais visiblement, il cause pas la même langue que moi, vu la tête qu'il fait !
Je reprends, je fais quelques gestes connus comme standards internationalement. Super, un sourcil se lève, il quitte ses lunettes ! Il a compris ! Oooouais !!!
"Euh, vous êtes venu avec la voiture ?" lâche-t-il laconiquement...
Comme je réponds oui, il choit de son tabouret, se traîne avec souffrance pour sortir de derrière sa banque "accueil client" en ramassant mes clefs au passage.
Il revient à la même fulgurante vitesse qu'un escargot anorexique sous tranquillisants en me disant d'un air convaincu "Ben, on en voit de drôles". "Oui mon bon monsieur, on en voit de drôles !".
Avec le regard sournois de la proie qui a vu arriver son prédateur et lui prépare une parade inédite, le voilà qui scrute son ordinateur, je suppose à la recherche de mon devis plutôt qu'à finir une énième partie de Pac Man...
Comme je m'ennuie, je commente l'actualité qui nous unis, lui et moi, dans le même espace temps : le vol de ces deux broutilles sans grande valeur, quand il me coupe en disant "C'est vous qui le dites, pour changer ça, il faut changer tout le faisceau électrique !".
Devant mon air hébété, il me dit "Ben oui, « ils » le détaillent pas" Le gus se laisse encore choir de son trône et disparaît dans sa réserve ...
Il ressort avec un confrère en bleu gris et jaune, couleur Renault mais après un incendie, et lui même a du subir un test scientifique de gendarmerie : il a la gueule encore plus noire que les ailes de ma bagnole après le dit test ...
Le mec en gris et jaune sur fond noir m'explique que mon voleur est sûrement un kéké qui a une Clio "chaipacekildicomemodel » mais il y met tellement de conviction que je le crois et que là dessus les répétiteurs sont jaunes, alors que moi j'en avais des blancs et que lui les voulait pour "tuner" sa bagnole en mettant dans mes cabochons blancs des ampoules bleues.
Tiens donc ? Ben c'est vraiment un con, lui réponds-je, car il m'aurait demandé, je lui disais de me les échanger proprement et je perdais pas mon temps ...
Le premier monsieur de chez Renault lui dit "je vais appeler Michel pour lui demander." Lui demander quoi, me dis-je ?
Je suis alors témoin d'une conversation codée que même la Royal Air Force en 42 aurait eu du mal à décrypter.
"Ouais, Michel, c'est Jeannot, dis moi, j'ai un U22.750. Z sur la planche 32, tu sais, de 72.600, mais "ils" détaillent pas, ces cons là ! Non, j'ai juste besoin des cosses V672.33 L et du 44.999, B ou F, peu importe, ça je m'en fous,-hein ?", rajoute-t-il, élançant le menton en ma direction. A part "Bien sur", que vouliez vous que je réponde, hein ?
Mon réceptionnaire atelier continue sa conversation dans une langue que seuls ceux de son clan peuvent comprendre : "Ah ! Sur la fiche 27, "ils" détaillent ? Oh les cons ! Non mais je t'jure, "ils" sont bons qu'à nous faire chier, ces cons là".
Et il raccroche ... Bonjour et au revoir sont des mots bannis dans son métier ! La moindre formule de politesse dans la bouche d'un réceptionnaire atelier de chez Renault et c'est le discrédit professionnel à vie pour lui, la honte totale !
Finalement, cet homme, qui derrière un professionnalisme rude et austère possède un coeur gros comme une pompe à injection de VelSatis, m'explique, avec tout l'air condescendant qui s'impose devant un simple utilisateur que je suis (beurk) que sur les microfiches de la Clio II "ils" n'ont pas détaillé le faisceau électrique alors qu'"ils" le détaillent sur les microfiches de la Clio I mais que c'est le même faisceau que sur la Clio II. Mais qu'en refaisant les microfiches, "ils" n'ont pas détaillé, ces cons sont bons qu'à faire des conneries pareilles... (qui est ce « ils » qui fait toujours chier les mécanos de chez Renault ? Je ne le saurai sans doute jamais, mais moi, un con pareil je l'attends le soir à la sortie et je lui fous sévèrement sur la gueule, moi, si j'étais mécano chez Renault !).
J'ai envie de lui dire que je m'en branle, comme de sa première panne sur une R8 Major, mais bon, restons polis ...
Je fais donc mine:
1/ d'être passionné par la vie trépidante d'un réceptionnaire atelier de chez Renault, secondé par une boule de suif en guise de chef d'atelier ;
2/ d'avoir compris la subtilité de mes deux enquêteurs en faisceau électrique de Clio I ou II voire I et demie.
Ces braves Messieurs, enfin reconnus à la hauteur de leur sapience es « bouts de fils qui pendent toujours sous leurs bagnoles en plastique » daignent subitement imprimer ce putain de devis qui, finalement, se monte ostensiblement au dessus de 100€ pour atteindre, non sans prétention, les 102 €, soit à peine plus que nos trois salaires réunis depuis que nous refaisons le monde que ces fameux "ils" de chez Renault s'ingénient à nous rendre si compliqué !
Il faut dire aussi que la pendule du hall venait d'afficher, sans prévenir, la garce, midi pétante !
L'écrivain disait que l'aventure est au coin de la rue. Se doutait-il que, dans mon bled, la gendarmerie et le garage Renault aussi ?
Après une bonne nuit de sommeil, peut-être aurai-je le courage, demain, de prendre rendez-vous pour faire réaliser les travaux puisque mon patron m'a déjà donné son feu vert…
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