FORMATEUR, mon métier, ma vocation

par Sylvain88

 

On a tous croisé à un moment ou à un autre le chemin d'un ancien conducteur devenu formateur lors de formations obligatoires ou en entreprise.
Certains conducteurs le voient comme un grand théoricien qui ne sait pas ce que c'est de bosser avec un exploitant qui vous poussent au derrière, et des horaires à respecter, ils racontent souvent des conneries, il prend la tête avec la conduite économique, le respect de la RSE et les protocoles de sécurité.
Le comble de tout, c'est qu'il veut m'apprendre à moi comment je dois bosser au bout de 20 ans de route en inter!!! Quand on voit comment les jeunes sont formés il ferait mieux de s'occuper d'eux que de nous, les anciens...(je cite)
Je suis sûr qu'à un moment ou un autre cela vous a traversé l'esprit.
En bref encore un qui sert à rien à part nous empêcher de bosser comme on veut et que l'on paye grassement.

Les missions du formateur sont complètement différentes si vous êtes dans un centre de formation (style AFT, Promotrans), privé (Forget...), ou en entreprise :
- Le premier est un peu un fonctionnaire (08h00 12h00 14h00 17h00) qui peut même vous apprendre à conduire sur un simulateur (et oui on arrête pas le progrès...) et qui vous balance un CD sur vidéo projecteur dans le noir après un bon repas (pratique pour la sieste)
- Le second est obligé de faire attention à ce qu'il apprend à ces stagiaires de façon à ne pas froisser la susceptibilité de ses clients transporteurs et de se retrouver avec des conducteur connaissant trop bien les petites subtilités dérangeantes de la réglementation sinon le centre perd son client.

- Enfin le dernier cas, il n'a pas d'horaires fixes. En fonction des entreprises, son rôle va de la ressource humaine (recrutement, entretien d'embauche, test de conduite, embauche), accompagnement des nouveaux (intégration), atteinte des objectifs de consommation, informations sur les taux d'infractions, du respect des procédures (iso, Mase, Sqas, Qualimat...), rôle de conseiller technique (nouveau contrat, essai de matériel, itinéraire...), enquête en cas d'accident, médiation...Et dans tout cela il ne faut pas oublier de faire de la formation!!!


Une question qui revient toujours : faut-il des diplômes pour devenir formateur?
Réponse : Non dans l'absolu, il vous faudra un agrément si vous faites des FCO en entreprise mais il n'est pas obligatoire en centre de formation puisque la lois précise que la formation peut être faite sous la responsabilité de l'agrément de ce dernier.
C'est votre expérience qui fera la base des connaissances à transmettre.

Tiens encore une autre : c'est bien payé un formateur ?
Réponse : Au risque de vous surprendre, pas autant que certains peuvent croire entre 1500 et 2000 euro net .


Ce métier ressemble un peu à un sacerdoce, il faut avoir une conviction et une motivation à toute épreuve et vous partez avec votre bâton de pèlerin convertir les sceptiques à une autre façon de travailler, en ne remettant jamais en cause les connaissances de chacun mais plutôt en s'adaptant, les enrichir pour que l'esprit s'ouvre à notre métier en perpétuel évolution.
Tous les jours le formateur se remet en question, ce qui a fonctionné hier avec un conducteur ne sera plus valable demain (et pourtant le message a passer est toujours le même), toujours dispo à donner le renseignement, écouter les problèmes, à guider les petits jeunes qui débutent et à travers tout cela communiquer sa passion, l'amour de sa première femme (= son camion comme disait madame) :

A lui
Tu n'oublies jamais la date de ta première rencontre
Tu lui achètes des beaux habits (rideaux, tapis)
Tu le rends plus beau (pare buffle, longues portées, flèches danoises...)
A travers lui tu t'épanouis
Tu as un pincement au cur quand tu changes de camion et tu penses aux bons moments... (fin du HS)

Croyez moi beaucoup d'entre vous pensent que le formateurs se fait balader toute la journée, je peux vous dire que certaines fois je fais 10 litres d'huile avec la moitié d'une olive !!!
Mais non je ne regrette rien j'aime mon job, pas de routine, une grande autonomie, et je ne suis jamais loin d'un camion. Je ne peux pas dire que les longues routes ne me manquent pas dans les périodes de galère mais je sais dés lors que je reprends le volant pour montrer que le formateur n'est pas un clampin de plus dans l'organigramme de la société alors ce n'est que du plaisir à l'état pur...

C'est vrai que lorsque l'on a plus la tête dans le guidon, on ne perçoit plus le boulot de la même façon. Et là on commence à se dire "Ah !!! j'en ai fait des choses bien mais aussi quand j'y pense, j'en ai fait des conneries (comme tout le monde moi aussi j'ai eu ma periode Fangio king of the road)".
Je ne les renie pas mais elles me servent à mieux comprendre les entourloupes des conducteurs pas très fins comme du gros sel.

Comment je vois les conducteurs? En voilà une question !!!
Je dirais que la connerie est universelle mais ce qui me désole, c'est le comportement de certains anciens qui ont commencé à la dur et qui envoient les gamins faire des conneries en prenant comme prétexte qu'ils en ont bavé alors il n'y a pas de raison. Tout cela pour éviter que le jeune fasse mieux que le vieux routier.


Maintenant rentrons dans le vif du sujet (attention je parle de généralités) :
Je pense que la situation actuelle du transport on l'a tous bien cherché et cela n'est pas une situation nouvelle, c'est une conjoncture qui s'est mis en place sur plus d'une décennie. Je ne jette pas la pierre à qui que ce soit de toutes façons on a tous une raison légitime.

La réglementation parlons en !!!
Elle a été durcie à l'instauration du 561/2006 et renforcée par le code du travail parce que trop d'abus de toutes parts; Je sais ce que vous allez dire on avait pas le choix, tout le monde faisait pareil, c'est la faute des étrangers. Tout le monde sait qu'en cas de problème, la première responsabilité qui sera engagée sera celle du conducteur alors pourquoi certains continuent à jouer aux irresponsables??? Des exemples, on en a tous dans la tête.
A l'heure actuel un patron qui joue à ce jeu est un inconscient.
Et puis j'aime bien les hypocrites, ceux qui refusent de faire une infraction parce qu'il manque 5 minutes pour un chargement mais qui ne se gênent pas quand ça les arrange en se justifiant, je cite: « cela vous arrange bien aussi !!! ».

Les procédures de sécurité :
Encore un truc qui sert à rien (humour). Combien de fois n'a t'on pas vu que l'on nous demande de porter le casque alors que les mecs de l'usine ne l'ont pas et font même pire. Il ne m'arrive jamais rien !!!.....

Le rôle commercial du conducteur (chose souvent oubliée) :
Y en aurait à dire mais tout le monde verrait la paille dans l'oeil du voisin mais jamais la poutre qu'il a dans le sien. Tous les jours, je constate les ravages causés par des conducteurs indélicats qui se traduisent par des fleurs commerciales (traduction baisser son froc). J'ai l'impression parfois que l'on crache dans la main qui nous nourrit. L'entreprise soit on l'aime soit on la quitte mais on arrête d'ennuyer les autres qui veulent bosser (pour être poli)

Je vais arrêter ce tableau noir, mais heureusement il y a des supers mecs que l'on entend jamais, qui bosse, leur camion est toujours nickel quoi qu'ils fassent, toujours disponibles...
Et moi ce qui me broute, comment fait-on pour faire la différence au niveau entre un conducteur moyen et un super conducteur au niveau salaire, RIEN. Bilan ça décourage...
Ce qui me rassure au rythme ou on va, c'est qu'à force de ne pas prendre en compte le côté économique de façon plus rigoureuse (péage, conso, conduite, accident, pneus, freins, gestion optimum des temps de service), ma profession au moins ne connaîtra jamais la crise et si nous sommes là les formateurs c'est un peu grâce à vous. (3eme degré)

Pour conclure ce billet, je suis confiant dans l'avenir, je vois arriver des jeunes qui ont cela dans le sang qui se donnent les moyens de réussir et qui ont un sacré coup de volant. Au premier tour de roues, on voit de suite celui qui a de l'huile moteur dans les veines. C'est comme avoir un diamant brut et être un tailleur de pierre précieuse.
Il ne faut pas mettre les vieux à la retraite, au rebut, il faut qu'ils transmettent, accompagnent cette nouvelle génération (qui, c'est vrai ne sont pas pareils que nous à leur âge) si on veut que l'esprit du vrai routier reconnu de tous, résiste dans l'avenir...


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