Musique Maestro !!!

par Kooskoos

 

Il était agréablement fatigué après une bonne journée de conduite. Le chauffeur s'était allongé dans sa couchette, regardant le plafond de sa cabine, ses mains sous sa tête, il écoutait les bruits de la route dehors. Il eut du plaisir à écouter le trafic. C'était comme une musique, chaque véhicule avec son propre son, s'harmonisant avec d'autres pour produire une symphonie orchestrale. Les quelques véhicules ont joué ce soir en solo et il s'amusa à imaginer chaque instrument et le maestro derrière la musique.

D'abord, un grave et régulier grondement de percussion avec quelques cymbales était un camion de gravier, conduit par un père lassé, désireux de rentrer à la maison, de prendre un bon bain chaud et de jouer un peu avec son môme avant qu'il n'aille dormir car il y'a école demain.

Puis, une section aiguë de violon qui passe plus bas dans les graves très vite, et aussi vite qu'elle fut venue, repart dans les aigus. Une voiture de sport chère, avec un cadre, impatient d'arriver chez son amante pour pimenter sa semaine banale et fatigante.

Voici venir les hautbois ! Une berline des familles, une femme qui vient de chez le coiffeur et qui est pressée d'avoir l'avis de son époux et de ses enfants sur sa nouvelle tête. Et pourquoi n'enverrait-elle pas les enfants chez leur grand mère pour être seule avec son mari ce soir? Se demandait-elle en jetant des coups d'oeils furtifs sur le rétroviseur intérieur.

Les cuivres sont joués par un autobus, le conducteur s'est rempli de caféine en prévision du service de nuit qu'il déteste, les rangées des sièges remplis par le chur silencieux des passagers somnolents happés dans ce no man's land entre le point de départ et la destination.

Ah ! Un tuba? Non une trompette? La moto s'est annoncée longtemps avant qu'il ne soit arrivé. Le chauffeur était détendu, il savourait le crescendo lent. Il a décrit le seul cavalier, avec ses jambes calées sur son destrier, le vent du soir sur son visage dans l'embrasure du casque, sa veste en cuir et un jean délavé. Il ne pense à rien, il est dans un état de grâce.

Souriant, les yeux du chauffeur se sont fermés. Et dans son sommeil, le public s'est levé et applaudit le chef d'orchestre.

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