La route, les routiers...

par Bata25


La route, les routiers…

Du haut de mes 53 balais j’en viens à me demander ce que cela veut dire. Si ce rêve que je faisais quand j’étais gosse n’était pas en fait qu’un cauchemar bien déguisé !


Oui je l’ai fais la route, oui je suis toujours routier. Même si aujourd’hui on me dit que non parce que je rentre tous les soirs à la maison. Oui, j’y ai pris du plaisir et j’en prends encore. D’ailleurs, tous les jours je fais encore des photos de tout ce que je vois au long de mes trajets pour partager ça avec ceux qui n’ont pas la chance de rouler.

Partager, voilà ce qui c’est perdu en route entre mes débuts et aujourd’hui !

Déjà, les conducteurs ne partagent plus la route. Ils n’ont pas le temps et nous, les routiers ont ne partage plus nos expériences. Nous non plus nous n’avons plus le temps. Tout ce que nous transportons est attendu à une heure précise pour la livraison. Même mes déchets ont des heures de livraison !

Je sais que les jeunes rient de moi quand je raconte comme c’était bien avant… Avant quoi ? Avant que je vieillisse en perdant mes illusions ? Avant que ces jeunes arrivent avec les leurs ? Avant quoi ? Je ne sais pas vraiment.

Mais ce que je sais, c’est que j0ai vu durant ma carrière le statut de routier dégringoler ! Avant quand on disait aux gens qu’on est routiers, on sentait une certaine admiration. Aujourd’hui, ils nous regardent avec mépris. A l’époque nous étions les aristocrates de la classe ouvrière. Aujourd’hui nous en sommes les pestiférés…

A l’époque les conditions de travail étaient pourtant bien plus dures qu’aujourd’hui Mais la pression était aussi moins forte. A l’époque chaque tour virait facilement à l’épopée. Il n’y avait pas tout les moyens de communication d’aujourd’hui. Il fallait se demerder par soi même et quand on était à l’étranger même la monnaie était différente. Ca aussi ça posait des grosses galères des fois !

Malgré les conditions de l’époque, j’ai débuté plein d’enthousiasme et fier d’être routier ! J’ai connu toutes sorte de camions dans toutes sortes d’entreprises. Il y avait du travail pour tout le monde, à condition de ne pas être trop fainéant. Nous avions le respect du matériel, le goût du travail bien fait, en contrepartie les patrons savaient reconnaitre les bons des rigolos et savaient montrer leur reconnaissance. Pour celui qui s’en donnait la peine, le métier était franchement valorisant.
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Aujourd’hui, les sagouins s’en sortent presque mieux que les bons et de toute façon à la fin du mois, nous sommes tous au smic… Alors tout doucement je perds goût ou plutôt je prend presque du dégout. Je vois aussi de plus en plus de camion avec des montagnes d’accessoires et des chauffeurs prêt à tout pour avoir des camions haut de gamme avec tout le tralala. C’est ceux là qui n’ont jamais le temps de boire un café avec un collègue ou de manger au resto. Ils préfèrent aller dormir devant chez le client et manger une boite pour gagner 5 minutes le lendemain… Ca rime à quoi ? Ils rigolent quand je leur raconte qu’avant, le vendredi quand on chargeait quelque part on laissait passer en priorité celui qui avait le plus de route pour rentrer chez lui.

Oui, on avait ce respect là. Un jour on perdait son tour et un autre on gagnait quelques heures de plus à la maison. C’était comme ça, il n’y avait pas de grand routier ou de petit routier. On faisait tous le même boulot. Il n’y avait pas de beaux camions et de pas beaux camions. On était juste tous des routiers, au volant d’un camion. C’est tout !

Alors même si je vous refais une fois de plus le refrain de « c’était mieux avant », je dois bien dire aussi qu’
en lisant les forums de routiers, je constate que les jeunes disent toujours que la route les passionne. C’est même drôle à dire, mais parfois je retrouve dans leur façon d’en parler la même passion que j’avais il y a déjà bien longtemps quand j’avais leur age. Parfois, je trouve leurs arguments bien futiles mais souvent je reconnais cette envie d’aller voir plus loin, de découvrir le monde. Il y a dans leurs mots cette odeur d’aventure que j’avais dans la tête la première fois que je suis parti loin de chez moi au volant d’un camion.

Alors je me dis que même si aujourd’hui la route et les routiers, ça n’a plus rien a voir avec ce que j’ai connu, avec ce qui me faisait rêver à mon époque, la route, ça reste un rêve, une aventure. Une aventure sur autoroute, une aventure solitaire aujourd’hui qu’il n’y a persque plus de resto routier pour se retrouver le soir, aujourd’hui que plus personne n’a le temps de discuter avec les collègues.

J’ai surement vieillis depuis mes débuts. Je peux mesurer tout ce que la profession a perdu depuis des années. Je sais qu’on ne reviendra pas en arrière malheureusement. Mais je vois que la relève est là. Je vois bien qu’elle ne ressemble pas à celle que j’incarnais pou
r les anciens quand je débutais. Mais je vois que ces jeunes ont aussi des étincelles dans les yeux quand ils mettent en route pour la première fois leur camion.

Alors même si c’est sans doute un peu vrai que je ne comprend pas vraiment leur motivation pour rentrer dans une profession que j’ai de plus en plus envie de quitter, je suis simplement content que ce putain de métier fasse encore rêver quelques jeunes qui ont envie de le vivre.

Alors même si c’est sans doute vrai que nous les anciens ont reviens toujours sur notre passé, je voudrais juste dire aux jeunes qui débutent ou qui débuterons un jour que notre passé n’est pas que bon a jeter aux orties. Notre passé c’est aussi un peu votre présent et votre futur et je rajouterai que je vous souhaite d’avoir un avenir dans la profession aussi riche que notre passé !

Courage les gars, le métier est magnifique, même si avec les années qui passent une part de la passion se transforme en résignation. Tout ce que je vous souhaite, c’est que quand votre tour d’avoir 53 ans arrivera vous puissiez à votre tour vous retourner sur votre passé et que vous aussi puissiez dire : « quel beau métier j’ai » !

Michel Bataillard, routier pour la vie !

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