Ballade avec Patoche.
Etant en vacances, et commençant à saturer des travaux dans ma maison, j'ai de nouveau répondu à la proposition de Patoche de l'accompagner une journée sur la route.
Rendez vous était donc pris ce vendredi à 7h45 sur un certain parking de l'A1 dont je me suis vu attribuer le titre de gardien par certaines personnes médisantes ou jalouses, allez savoir… Patoche ne peut commencer plus tôt car elle a terminé tard hier soir, 11 h de coupures obligent.
Je passerai sur l'accident chemin faisant, qui m'a retardé mais finalement j'étais sur place bien avant mon taxi. Le concierge du dépôt faisait sa ronde et ne pouvait pas ouvrir le portail…C'est la raison invoquée pour le retard. Dois-je y croire étant donné que la gent féminine a la réputation d'être souvent fâchée avec les horaires ?? Je plaisante bien sur !! Je vais encore passer pour ce que je ne suis pas.
8H le Stralis arrive et j'escalade les marches et direction Compiègne.
La route se passe sans soucis, on voit que c'est les vacances, le trafic est très fluide. Le camion, chargé de 23 tonnes de jus de houblon donne le meilleur de lui même dans les cotes et c'est un régal d'entendre la mélodie du moteur dans l'effort. On double même aisément un Magnum 500 DXI !!
9H30, nous arrivons dans la cour de la gare marchande de Compiègne. Il reste 2 places sur le parking, les quais sont quasiment tous occupés.
A cet endroit, les marchandises fabriquées dans le nord et la Belgique passent des camions aux Wagons et prennent la direction du sud, Avignon ou Montauban via le rail.
Passage par les bureaux où plusieurs chauffeurs attendent qu'on les vide ou plutôt qu'on vide leur remorques. L'endroit est vieillot, les sanitaires je n'en parle pas et je crois comprendre, sans toutefois cautionner, pourquoi certains routiers préfèrent se soulager dans des bouteilles plastique.
Patoche m'explique que cette gare est tristement célèbre pour avoir été le point de départ de milliers de déportés vers un voyage sans retour dans les années 40 et me montre les stèles commémoratives. Ca fait froid dans le dos.
De retour aux bureaux, un chauffeur se plaint du temps de déchargement trop important et du manque de personnel,(Je compte 6 caristes pour une quinzaine de camions) qui occasionne des retards pour les rendez vous suivants. Le chef de quai puis le directeur d'agence expliquent que s'il y avait plus de personnel, le travail irait plus vite et que les manutentionnaires n'auraient plus rien à faire le reste de la journée… C'est une façon de voir les choses… Le directeur avec beaucoup d'humour botte finalement en touche en faisant remarquer qu'aucun chauffeur ne porte de tenue de sécurité. Je m'éclipse discrètement étant donné que je ne suis pas routier. L'ambiance est tout de même conviviale et sympathique, les chauffeurs s'entraident pour les mise à quai parfois acrobatiques dans ce minuscule entrepôt.
L'heure et demie qu'il faudra pour libérer la semi de son précieux breuvage profitera à Patoche pour faire le ménage de la cabine. Elle profite également de ma taille supérieure à la sienne pour me faire nettoyer les vitres latérales et les rétroviseurs. Je ne peux refuser et je n'ai pas envie de rentrer à pieds…
A 11h 30 on est de nouveau sur la route en direction de Lagny le Sec pour recharger dans une plate forme d'un grand transporteur aux véhicules rouges. 45 minutes plus tard nous passons le portail. En passant devant le poste de garde, je m'aperçois qu'il est pourvu d'un banc de musculation mais il est trop tard pour prendre un cliché et de toutes façons, dans ce genre d'endroit, il vaut apparemment mieux rester discret. Est ce pour donner un aspect plus imposant aux gardiens ??
L'accueil est correct, sans plus. L'entrepôt est immense et le personnel, tout de rouge vêtu me fait penser à une noria de pères Noël sur leurs transpalettes.
Comme il faut patienter, nous en profitons pour manger au camion et Patoche se met en coupure. 40 minutes plus tard, un petit père Noël s'avance au milieu du parking et nous fait signe d'avancer. Il ne fera pas un pas de plus mais il insiste. Patoche peste un peu car il reste 5mn pour terminer la coupure. Arrivés à sa hauteur, il nous dit d'attendre que le camion du quai n° XX parte !! Il y a 4 quais libres de part et d'autres mais c'est celui là qu'il faut prendre. Je sens Patoche en ébullition…
Je reste au camion pendant le chargement étant donné que la tenue de sécurité est obligatoire (chaussures et gilet fluo) et je n'en n'ai pas. C'est pendant ce temps que je remarque que mon siège suspendu n'amortit pas car il est verrouillé !! Déverrouillé ce sera plus confortable sur les petites routes de campagne !!
Il n'y a pas grand chose à mettre dans la semi, même pas 1/3 de plancher mais j'entend Patoche, qui surveille, demander au cariste de mieux disposer les palettes. Celui-ci répond qu'elles sont bien placées et que ça ira. « QUI CONDUIT ?? C'EST TOI OU C'EST MOI ??!! » Crie elle soudainement. Les palettes seront bien placées et moi je vais peut être arrêter de la taquiner, je n'ai toujours pas envie de rentrer à pieds.
Retour sur Compiègne. C'est dingue le nombre de camionnettes aux rideaux tirés qui peuvent stationner dans les petits chemins de la forêt d'Ermenonville. On a même l'impression qu'elles tanguent… C'est bizarre quand même…
A la gare, il faut moins d'une heure pour que la semi soit déchargée, le retour se fera à vide, le donneur d'ordres a estimé que Patricia a suffisamment bossé cette semaine et lui épargnera un chargement supplémentaire. La principale concernée affiche un sourire jusqu'aux oreilles.
J'essaie en vain de contacter Pierre-Marie, puisqu'on transite sur ses terres, il me rappellera plus tard mais nous sommes déjà loin. Il n'y aura pas de nouvelle rencontre cette fois-ci.
Il n'y a quasiment personne sur l'A1 mais ça n'empêche pas un bouchon de 2km à la barrière de péage de Fresnes les Montauban, les hollandais reviennent de leur pèlerinage au soleil.
La position de supériorité qu'offre un camion ne permet pas au passager d'admirer le bronzage des touristes qui rentrent de vacances. La prochaine fois je me ferai balader par une routière anglaise, vous aurez bien compris britannique, pas en argile ça va de soi !!
En route nous croisons Rocky 59 mais l'APN (ou l'utilisateur) n'a pas été assez rapide. Tant pis.
A 17h15 le Stralis s'arrête au même endroit où j'ai embarqué ce matin. Merci Patoche pour cette ballade !!
Je remonte dans ma voiture. Que ça fait bizarre de se retrouver soudain assis si près du sol !! Enfin, comme on peut lire dans les carnets de bord, c'est le week end. Bon, surtout pour Patoche, c'est elle qui bosse !! Moi je suis en vacances. Souvenez vous, Je l'avais dit au début !!