Un soir d'hiver, je pars assez tard de Grenoble, avec des palettes de papier, pour Roubaix. Je dois vider jeudi matin sur Paris et livrer le reste à Roubaix l'après-midi, pour recharger sur Liège vendredi matin, puis rentrer.
Me voici parti, une petite coupure en chemin, le temps de casser la croûte, et je continue. Une autre coupure de 3 ou 4h afin de dormir un peu.
Le matin arrive, et je pose un ou deux clients sur Paris. Ca traîne, c'est le bazar pour vider, bref le matin passe. Je reprends le volant après le repas de midi, direction le ch'nord.
Voici Senlis. Il est 14h. J'ai un bon coup de barre, je suis claqué.
Allez hop, une petite sieste d'une demie-heure ne me fera pas de mal, et ne mettra pas le programme en péril.
Et je sombre vite fait dans les bras de Morphée, tout tremblant du manque de sommeil.
J'ouvre un oeil ... Je bouge un peu. Je suis en train de me réveiller. Purée que ça fait du bien de se reposer.
Mais je suis où au fait ? Et je vais où ? Je n'arrive pas à réellement émerger. Ah oui, ça y est ! J'y suis. Je vais vider à Roubaix. Tout me reviens. Je suis encore dans le brouillard, mais tout revient à sa place petit à petit.
Tiens, c'est bizarre, je ne me rappelle pas avoir tiré les rideaux pour ma petite sieste, pourtant, il fait bien sombre ...
Oh non ! C'est pas vrai ! ...
Les phares ... , les lampadaires allumés ... La lumière blafarde ... Il fait nuit ! Il est 19h ...
Et merde ! C'est pas vrai ... J'ai dormi tout l'après-midi ... Le programme est foutu ... J'envoie une bordée de jurons que seul la cabine du Turbostar peut entendre.
Un coup de flotte sur la figure, et je me rends à la cabine téléphonique à 2 pas, puisque les portables n'existent pas encore.
"Allo, c'est Joël ...
Mais t'es où ? On te cherche partout ! Le client t'attends ! "
J'explique alors à mon chef que oui, j'ai dormi, oui, la journée est perdue, et je ne pourrais pas vider. Etant à Senlis, le client n'attendra pas que j'arrive. Je suis bien emmerdé, mais de toute façon, c'est foutu. On est mal à l'aise dans ces cas-là ...
Une fois réveillé, je suis monté à Lille, et, arrivé, il ne me restait plus qu'à aller me coucher. Le client était bien sûr fermé depuis longtemps.
J'ai vidé le lendemain matin, rechargé l'après-midi à Liège, et je suis arrivé à la frontière à la dernière minute pour faire la douane. A quelques minutes près, je passais le week-end en frontière.