| Carnet de bord de Juillet 2014 | Partager sur Facebook |
Tout le monde est parti. Je suis tout seul au beau milieu du parking. Le restaurant est juste en face mais il y a la nationale 4 à traverser, ce n'est pas très motivant et c'est interdit. Plusieurs panneaux l'indique avec aussi "prendre la navette". Je veux bien prendre la navette pour aller boire mon petit café... mais elle passe quand ?
Du coup, je remonte à pied jusqu'au relais du commerce, où l'on trouve aussi du café. Resto routier à l'ancienne, le Relais du Commerce n'est plus - comme le veut la légende - un restaurant ouvert 7/7... La tenancière me dit "bah oui mais avant je faisais 100 couverts le weekend ! Alors que maintenant si je reste ouvert j'en fais 5 !". Effectivement vu comme ça...
Peut-être la solution serait de se mettre aux goûts du jour : boites de thon, sacs de patates et d'oignons ouvert 7/7 au bord de la N4, je pense qu'il y a un filon à creuser.
Je retourne au camion, il est 9h45, je vais pour partir lorsque qu'un énorme convoi exceptionnel passe devant mon nez. Nickel. Du coup je laisse passer 10 minutes.
Malgré cela je le retrouve entre Vitry et Chalon, alors je fais un quart d'heure... il faut savoir être patient plutôt que perdre bêtement du temps de conduite.
C'est durant ces 15 minutes à regarder dans le vide que débarque une voiture de flics. Ils s'arrêtent devant mon pare-brise, descendent... là je me dis "alleeeez, pour ma gueule..." je baisse la fenêtre et lève le sourcil gauche du genre "oui... y'a un souci ?". Le mec m'explique qu'on les a appelé pour des bâches lacérées dans la nuit... il me souhaite bonne journée, puis les deux repartent à la recherche de la victime. Je n'ai même pas eu à sortir le portefeuilles pour une fois, je m'étais fait à l'idée que c'était automatique...
Je repars moi aussi et, quelques Km plus loin je vois mes deux gendarmes devant un magnum peco dont les bâches volent au vent avec pleins de cartons par terre. J'ai dormi à 20 minutes d'ici !
Je m'arrête prendre la douche au centre routier de Reims. Quel endroit divin : des mecs qui squattent le parking, une vielle prostituée qui tourne là au milieu dans sa 307 - laissant apparaitre ses vielles cuisses fripées en guise de menu, et au bord la route vers l'entrée, une collègue à elle qui me fait un signe pour le moins explicite : un peu comme si elle se brossait les dents. On se croirait vingt ans en arrière.
Je prends ma douche et je me tire, midi arrive, pas question de manger là. De toute façon je n'ai pas le temps.
Je roule vers Calais, en écoutant des podcasts.
J'arrive au port à 15h30, il y a des clandestins plein les alentours, je m'enregistre et me pose dans la rangée 250. Départ 17h10.
Les touristes s'agitent à droite - à gauche, j'en surprends même un se faire prendre en photo devant les rugbymen de Beaurepaire... quelle notoriété !
Comme je suis en ADR j'embarque en premier, ce qui me permet de voir la fin de l'étape du jour sur les écrans du Rodin. Les mecs grimpent les Pyrénées en sortant une langue de deux mètres, je regarde ça assidument, et... comme si c'était fait exprès, à 5km de l'arrivée on nous diffuse les messages de sécurité myferrylink.
Lorsque la diffusion est terminée et que l'on revient au direct, l'étape est finie. Je ne sais même pas qui a gagné.
Tant pis, et depuis quand je m'intéresse au cyclisme ? Je me cherche un coin sans trop de touristes, ni trop de routiers... il faut bien calculer son coup, ce n'est pas facile.
Nous arrivons à Dover à 17h40, locale.
Hatfield, Wokimgham, Rugby , voici les destinations. Je me pince mais non, j'ai bien débarqué en Angleterre : franc soleil, touristes, cuisses à l'air, 27° à 18h... Et dire qu'il fait un temps pourri à Mâcon au même moment.
Lancé à fond en direction d'Hatfield, je décide de contourner Londres par le sud car je suis en ADR : c'est plus long en distance mais il n'y a pas le Dartford à passer. Et puis sur le M25 on ne compte pas en distance, on compte en temps perdu dans les bouchons. Et avec mon itinéraire en l'occurrence, c'est pied au plancher tout le long. J'arrive à 20h30 dans l'immense base logistique des paranoïaques du protocole.
Au poste de garde il y a ce gardien écervelé qui me réprimande dès mon arrivée parce que je suis resté 2 minutes avec un bout de semie dans le rond point en attendant que ça avance dans l'entrée. Selon lui il aurait fallu que je fasse le tour, que j'aille me garer ailleurs et que je revienne plus tard. J'ai bien tenté de traduire "vas chier" mais je n'ai pas réussi. Ils sont vraiment tarés ici, ils ont définitivement renoncé à réfléchir : on s'enregistre en entrant, on roule avec les warning, on porte gilet fluo - chaussures sans avoir accès au quai, on ouvre les portes au gardien, et petite nouveauté du jour : il faut passer au bureau remplir un bulletin de sortie. Au total, pour décharger 4 palettes, j'ai donné trois fois mon nom et mes numéros d'immatriculation.
Certes l'échange a été bien virile avec l'imbécile du poste de garde, mais je n'en peux plus d'autant de connerie et de perdre mon temps à satisfaire ces procédures imbéciles.
J'ai 8 minutes de marge, d'après le GPS, pour aller chez le deuxième à Wokimgham. Je tente, sachant qu'apparemment c'est en plein centre. Dès la sortie du M4 je cherche de la place pour me garer, mais rien, comme d'habitude. Alors j'avance, avec l'appréhension de dépasser connement 9h.
Il est 22h20, j'arrive à destination : une petite zone tranquille, bien qu'en plein centre, des bouts de trottoir sans bande jaune devant mon destinataire, c'est parfait. Je boucle la journée ici avec 8h59... comme dans un rêve.
Je suis tellement content que je fais péter la salade de tomate de minuit : mon premier repas de la journée !