| Carnet de bord de Juillet 2014 | Partager sur Facebook |
A 2h du matin je ne dormais toujours pas, je regardais des vidéos de David Bowie, époque fin 60 - début 70... Bref, je ne dormais pas et, juste avant d'aller me coucher, j'ai tiré le rideau pour constater non sans étonnement que le ciel était bleu clair. Pas jour, non, mais presque : le ciel bleu clair. J'ai bien eu envie de sortir faire quelques photos, d'autant que le parking est plein de jolis camions de chantier, mais bon, il est 2h... et je suis en caleçon.
Ils sont fous ces Suédois : ils utilisent des Volvo FH XXL et des Scania Torpedo en camion de chantier, pour transporter de la caillasse...
Le réveil sonne à 6h30. Comme la nuit Suédoise, la mienne fut courte. J'irais bien prendre un jus au "Rasta" mais je n'ai plus de couronnes suédoises depuis un moment, depuis que j'imagine faire mon dernier voyage en Suède. Il y en a eu trois ou quatre depuis... faudra peut-être que je finisse par retirer ?
Je suis à 8h pétante à la réception, chez mon client, pas peu fier. Comme prévu tout le monde s'en fout : on me montre machinalement le chariot autoporté, après avoir consulté d'un œil le CMR.
Il me faut une petite demi-heure pour décharger.
Une fois vide je fais une première ramasse tout près d'ici, à Lidköping. Puis j'en reçois une seconde : chez Volvo à Göteborg. J'en suis ravis pour la simple raison que cela me permet de redescendre par un autre itinéraire que celui de la monté. Et puis ça faisait un moment que je n'étais pas passé à Göteborg. D'ailleurs je dois bien avouer que je me retrouve largué en arrivant sur les grands axes de l'agglo, apparemment on a construit de nouvelles routes, je m'emmêle les pinceaux tandis que le GPS me renvois un gros point d'interrogation qui clignote... saleté de machine.
Reste que je suis déjà allé chez Volvo-Göteborg et donc je sais grosso-modo où ça se trouve pour y retourner instinctivement.
J'y suis à midi. On me charge, on me propose un café que j'accepte volontiers.
Je suis apparemment en avance, mon affréteur me demande d'attendre 13h pour la suite du programme. Pas de souci, je me pose dans un coin et après le café, j'enchaine avec le repas de midi : taboulé et boite de thon. Je suis un fin gourmet. Je ne pousse cependant pas la finesse jusqu'à mettre un brin de persil sur le thon démoulé... seuls les chats sont coutumiers du fait.
13h... heu non, 14h je reçois la suite du programme comme prévu : une ultime ramasse à Mölnlycke, en banlieue de Göteborg. Pour une fois je tombe sur une usine escarpée où l'on se retrouve tous coincés : moi et deux ensembles de 25m qui ne peuvent que très difficilement faire demi-tour. Pour arranger le tout il tombe des grosses averses toutes les cinq minutes, alternant avec un franc soleil... le temps suédois typique au bord de la Baltique.
Je perds 1h30 pour charger 2 palettes. Je fonce ensuite à Halmstad pour décharger, puis recharger en coup de vent, car je suis pressé : j'ai un bateau à Malmö 22h. Les caristes sont pressés eux aussi : ils ont la seconde mi-temps de Suisse - Argentine à ne pas louper.
Concernant le foot en Suède : j'ai essayé de suivre les matches à la radio, faute de capter les grandes ondes françaises... mais on ne comprends pas grand chose : d'une part la langue est tellement compliquée que même pour dire "Patrice Evra" on ne capte pas direct, on a l'impression qu'ils ont traduit le nom en Suédois, et puis les commentateurs parlent avec une monotonie déconcertante, on croirait Stéphane Bern qui commente un enterrement... Bref on ne pige strictement rien.
Finnline 22h, à bord du gigantesque Nordline comme la dernière fois.
Au restaurant je tombe sur Martin, chauffeur GN Transport du magnifique Scania camion remorque tradi, spécialiste de Paris en groupage express. On discute un long moment, en Anglais, on se raconte nos vies de chauffeurs, on compare selon nos pays respectifs...
Vers minuit je rejoins ma chambre, et je fais l'erreur d'allumer la télé : d'abord il y a la fin de Belgique - USA que je regarde passionnément comme si j'étais Belge... et puis, alors que j'allais éteindre, je tombe sur le début de Kill Bill. Et je ne sais pas pourquoi je regarde. Il est 1h du matin, je suis fatigué, mais je regarde Kill Bill, que j'ai déjà vu 3 ou 4 fois, cette fois-ci en VO sous-titré Suédois...
Bien évidemment je finis par m'endormir devant.
Difficile réveil, il est 5h50. Je me douche et je vais petit-déjeuner avec mes amis routiers, dont Martin que je ne trouve pas au milieu du troupeau. Du coup je mange tout seul, face à la mer... comme dans la mauvaise chanson de Calogéro. Je ne sais pas si on en parle dans cette magnifique chanson, mais ils ont changé les boulettes au restaurant, ce ne sont plus les même qu'avant, et les nouvelles sont nettement moins bonnes, c'est décevant. En tout cas si Calogero n'en parle pas il devrait le faire.
Nous arrivons à Travemünde, Je peine à retrouver mon camion au deck 5, d'ailleurs nous sommes plusieurs dans la même galère : c'est tellement serré qu'on se perd très vite.
Je sors à 7h20, c'est mieux que la dernière fois... mais la joie n'est que de courte durée : il me faudra plus d'une demi-heure entre le bateau et le parking du port, c'est tout coincé : deux bateaux qui se vident de leurs camions en même temps, quelques camions à contre sens qui entrent dans le port, cela nous donne une belle pagaille.
Tout n'est qu'affaire de patience : après la queue à la réception, la queue entre le bateau et le parking, me voici en train de faire la queue devant les bornes Toll Collect. Je reste zen, et je suis bien inspiré car le plus pénible reste à venir : l'énorme embouteillage sur l'A1 à l'entrée de Hambourg. Il est 10h, je me retrouve coincé là dedans, à rouler au pas en regardant les minutes du tachygraphe qui s'égrainent. Malgré tout je reste zen, j'ai de la marge, je peux encaisser pire.
Je roule tant bien que mal en direction d'Osnabrück afin de bifurquer sur la NL. J'ai quelques palettes à poser à Gand avant de descendre en France.
Je m'arrête au poste frontière de Bad Bantheim pour refaire une eurovignette. Je roule encore un peu jusqu'à l'aire d'Holten, celle-là même où j'attrapais un Mcdo lorsque je venais charger dans les parages chez Vivarais.
Aujourd'hui je tente un coup astucieux : voyant se profiler d'énormes embouteillages à l'horizon (je dois passer Utrecht, Breda et Anvers au pire moment), et étant obligé de caser une 11h de repos, je décide de rester 3h à Holten. Ainsi je validerai une 11h ce soir, et j'éviterai les bouchons en passant plus tard, ce qui me permettra de rouler jusqu'à destination.
Malin le Ray...
En effet si je veux arriver à Gand, il ne faudra pas que ça traine : d'après le GPS j'ai une marge de manœuvre de 7 minutes. C'est toujours tendu, quoiqu'il arrive.
Je reste donc 3h à Holten. Je mets mon CDB à jour, il y a le wifi du McDo mais je n'arrive même pas à finir dans les temps pour publier : j'ai trop de photos ! Ça prend un temps fou à traiter - j''en ai 5 par jour à choisir sur 250 prises... et je suis le mec le plus indécis du monde.
Je quitte l'aire à 18h50, 3h plus tard, et je roule plein pot sur Gand. Aucun obstacle à l'horizon, à fond tout le long. Le Hollandais est rentré à la maison, il mange sa Frikadelle devant la télé, j'ai l'autoroute pour moi tout seul.
Je dois livrer dans une annexe de l'usine Volvo de Gand. J'arrive à 22h, avec 9h53 de volant. Il y a de la lumière, je vais présenter mes documents, on me fait attendre. Finalement un mec m'indique une autre usine pour vider, pas loin d'ici, mon adresse n'est manifestement pas la bonne. Du coup j'abandonne, on verra demain. Je demande si je peux rester sur le parking pour la nuit, puis, voyant le mec s'apprêter à me dire "non" j'anticipe en disant que je n'ai plus d'heure et que je VAIS rester sur le parking... nuance.
On est parfois bien inspiré...
Tandis que j'ai l'adresse de la nouvelle usine, et que ma coupure se termine tranquillement, je décide de retourner, à tout hasard, à la réception pour présenter mes documents - comme si je venais d'arriver ici même. En effet je ne comprends pas pourquoi, alors que l'adresse de mes CMR est si bien détaillée, on me renvoie dans une autre usine.
Je tombe cette fois-ci sur une réceptionnaire, je donne mes documents l'air de rien et sirote un café gratuit... car oui chez Volvo on sait recevoir. Après examen de mon dossier, la réceptionnaire me donne un badge, et me dit d'attendre qu'il sonne pour entrer. Voilà... bien vu Ray, on va donc vider ici, j'ai économisé un aller-et-retour.
Je décolle de Gand à 8h. On se croirait à Göteborg : il y a des enseignes Volvo partout dans la zone portuaire.
Ça roule fort sur la E17, direction Lille, ou plutôt direction Rijsel comme on dit ici ; ça roule tellement fort que je me cale à 87 Km/h car j'en ai marre de suivre le troupeau à 90, ils n'ont qu'à tous me doubler, waberer's et Dentressangle y compris, ce n'est pas ça qui va me contrarier - bien au contraire.
De toute façon on se retrouve tous comme des imbéciles dans les bouchons Lillois, alors bon...
Me voici de retour en France. Il fait beau, il fait chaud, je zappe sur Rire et Chanson et je m'indigne... voici le jingle : "Sur Rire et Chanson on peut rire de tout, et avec tout le monde" (diffusé après des extraits de Desproges entre autres). Ma parole ils sont encore plus cons que je ne l'imaginais sur cette radio. Ce slogan détourne stupidement le célèbre réquisitoire du "Procureur de la République Desproges Française" lors du procès de Jean-Marie Le Pen qui aboutît à l'époque à : "oui, on peut rire de tout, de la mort, de la maladie, de la bêtise... mais on ne peut pas rire avec tout le monde" - sous entendu pas avec un gros facho comme Le Pen. Et v'là-t-y pas que Rire et chanson affirme guilleret qu'avec eux on peut rire de tout, avec tout le monde. D'une part lorsqu'on y réfléchit c'est non-intelligent, mais surtout, de placer cette citation juste après un extrait de Desproges c'est d'une infamie absolue. Un peu comme si on m'attribuait des idées du genre : "Régis il propose toujours à son chef d'envoyer aussi les collègues en Suède, c'est la preuve qu'il ne veut plus y aller !" Y'a de quoi se flinguer.
On supprime Mermet, on nous arrose de Rire et Chanson, nous voilà mal barré.
Je descends sur Saint Etienne, pas très lourd. Je coupe 45 minutes à la Total de Saint Dizier. Le parking est bondé, très vite je me retrouve avec un camion devant et un autre derrière. Mon voisin de droite est dans la même situation, sauf que lui à fini ses 45 minutes et commence à s'impatienter.
Un autre chauffeur, voyant que j'ai la fenêtre ouverte, s'adresse à moi :
"Et bah ils sont bien garés, regarde-moi ça le Polonais derrière ! C'est ben de la race à chien ça !"
Voilà... j'ai bien entendu "de la race à chien". Je ne sais même pas quoi dire à ce con. On en fait quoi de la "race à chien", on la brûle ? en écoutant Rire et Chanson ?
Je vais boire un café, et je continue.
A peine ai-je passé Saint-Dizier que le camion tombe sur réserve. J'aurais dû remettre du gazole à Chalons... Tant pis je poursuis.
Comme je suis léger je suis confiant.
Effectivement, une fois sur l'autoroute ce n'est quasiment que de la descente ou du faux-plat : je pousse jusqu'à la Total Access de Tournus.
Je rentre à Mâcon, et je me gare avec 9h59 de conduite... pas plus - pas moins, toujours en stress maximal, comme d'habitude.
Livraison à Saint Etienne, dans une zone escarpée que je ne connaissais pas jusqu'ici. La blague du jour c'est qu'il n'y a pas de quai pour décharger : hors mes palettes sont empilées sur deux niveaux, avec une planche intercalée, et je ne peux malheureusement pas débâcher le frigo...
Il faut improviser... Par chance je ne suis pas chez des obnubilés du protocole, on ne me renvois pas avec mon chargement, on tente l'opération de la dernière chance avec beaucoup de volonté : mettre deux transpalettes dans la semi soulever les étages par les extrémités : voir photo, c'est plus simple. Ça prend du temps, mais on arrive à tout sortir de la sorte. Il y a parfois des réceptionnaires dévoués et sympa, c'est plaisant.
J'écope d'une première ramasse, toujours à Saint Etienne, en plein centre cette fois-ci. Je suis d'abord le GPS, puis, inquiet comme je sais si bien l'être, je téléphone à l'expéditeur afin qu'il me confirme si la rue étroite à sens unique dans laquelle je me trouve est la bonne, histoire de ne pas m'enfoncer vers une impasse. On me confirme. Et l'usine est juste après, sur ma gauche, avec un camion dans la toute petite cour qui ne peut en contenir qu'un. Je dois donc passer mon chemin (car il y a un bus derrière), et revenir après un tour du quartier pour me garer à l'arrache. J'ai de la chance, le Fatton à quai a tout juste terminé, je prends sa place et charge ma palette tandis qu'un Italien arrive déjà pour prendre lui aussi la place.
Je me tape un bout de Saint-Etienne-centre pour ressortir, puis je roule en direction de Montbrison.
Je m'arrêterais bien manger, mais je ne trouve pas d'endroit à ma convenance... je suis très difficile, je n'ouvre pas ma boite de thon n'importe où.
Finalement comme un con j'arrive à destination, le ventre vide. On commence à charger, mais la commande n'est pas prête, alors je me tourne vers la cafetière pour passer le temps, et la faim. Finalement comme il y a plus d'attente que prévu, je m'improvise un casse dalle en cabine car j'ai définitivement trop faim.
Jambon cru - fromage frais - biscottes.
Je quitte les lieux à 15h et fonce pour une dernière ramasse à Saint Romain Lachalm, tout là haut dans le 43. Rebelote, je tombe sur réserve en partant de Montbrison, ça m'apprendra à ne mettre que 180 litres à Tournus : une pince, une vraie, même avec la CB des autres...
Il y a bien Leclerc Firminy, mais j'aime le danger : je roule comme ça, sur réserve, convaincu que ça le fera jusqu'à Jarcieu.
Autant dire que j'ai la pédale d'accélérateur très tendre...
Je charge à Saint Romain puis coupe à travers via Bourg-Argental sous le déluge, tandis que 18h et le match de l'équipe de France approche, ce qui pousse certains à rouler comme des cons sur les petites routes pour ne surtout pas rater la Marseillaise.
J'arrive à Jarcieu, sans pousser.
Au dépôt je retrouve tous les fervents supporters des bleus : Sweden, Alain, Phil, Ludo... concrètement y'en a pas un qui en a quelque chose à foutre du match... ha elle est belle la France !
Je rentre en voiture : pas de chargement, plus d'heures.
Ce vendredi j'ai vu les Movie Star Junkies ; le concert de l'année.
J'ai rendez-vous ce matin chez Leclerc Saint-Paul-Les-Romans à 7h. Cela implique que je dois me lever à 2h. Oui, je suis à Mâcon, la voiture de société est chez les Routiers Bretons, le camion est à Jarcieu et il faut faire les pleins. Donc réveil à 2h, pas plus.
Je débarque au dépôt pas vaillant, tellement pas que lorsque je propose le café à Alexis, je le fais couler aimablement, mais sans avoir placé de dosette dans la machine.
Je pense toutefois à mettre du gazole avant de partir : 910 litres, il ne devait pas en rester lourd.
Me voici sur la route d'Hauterives, de Margès, de Peyrins, de Romans. J'arrive chez Leclerc à 6h45 et je décharge un magnifique meuble réfrigérant aux couleurs de "Danio", la dernière merde commerciale de Danone.
Une fois vide, j'attends le SMS matinal du chef. Je me pose dans un coin de la zone et m'offre un bout de quatre quarts Bonne Maman, qui serait tellement meilleur avec un petit café - mais j'ai la flemme de le faire.
Rechargement à Seyssins, à côté de Grenoble. C'est parti. J'arrive dans les environs vers 9h30, après quelques ralentissements sur la rocade, mais pas trop. Je charge dans une petite boite, avec une petite cour, un petit portail, dans une petite rue : le client me dit que ce serait bien si je parvenais à rentrer dans cour... on appelle ça : lancer un défi. Me voici à la manœuvre, et bon sang c'est fin ! Il y a des quilles en plastique qui me gênent devant : on tente d'abord de les arracher à la main, puis, comme on n'y arrive pas tellement on est costaud, le client les tient pliées pour que je puisse passer le pare-choc par-dessus.
Je recule jusque devant l'entrée de l'atelier, il est content.
Nous chargeons au hayon, l'opération prend une bonne heure.
Je ramène tout sur le quai, à Jarcieu, et repars illico avec des palettes pour Alby-sur-Chéran.
Entre Jarcieu et les Abrets je croise les habituels régionaux qui me saluent parce je suis un Duarig... Alors je salue aussi, parce que je suis courtois. Je m'arrête manger une salade de tomate sous la pluie et sur l'aire de Romagnieux. J'arrive chez le client à 14h30 et suis vide à 15.
Quelle n'est pas ma surprise de recevoir la suite du programme : "rechargement à Rumilly (juste à côté), demain 6h".
Bon... On ne sait jamais, par souci d'optimisation du temps je me rends chez l'expéditeur, à tout hasard, pour voir si on n'aurait pas l'opportunité de me charger prématurément ?
Réponse : non, demain 6h. Il s'agit d'une centrale de distribution, je ne me faisais guère d'illusion.
Je cherche donc un endroit douillet pour ma grosse coupure, et je ne trouve pas dans cette zone Sud de Rumilly. Je finis sur un grand parking en terre battu, destiné aux échoués de la base où je charge demain.
Quelle chance qu'il fasse un temps pourri : je suis tellement mieux derrière mon pare-brise par 18° pluvieux, qu'en plein cagnard.
Carnet de bord, ravioles au chèvre, guitare.
Pluie froide sur Rumilly. J'ai rendez-vous à 6h chez Système U. Je ne sais pas vraiment à quoi m'attendre : y'aura-t-il du monde ? Vais-je poireauter des heures dans le sas de réception ? Y'aura-t-il la traditionnelle odeur infâme venant du chiotte juste à côté de la machine à café ? Je me prépare psychologiquement au pire, comme s'il s'agissait d'une base LIidl.
Soit je tombe sur un bon jour, soit cette base est tranquille : personne sur le parking à 5h50, on m'attribue un quai direct, la réceptionnaire à même l'air sympa. Tout va bien, même si c'est bel et bien à moi de charger une à une les 33 palettes au tire pal électrique : une bonne demi-heure à taper des allers-et-retours sur le quai, pendant que les quelques employés sont eux équipés de tire-pal autoportés à longues fourches. Ils vont donc deux fois plus vite, sans user leurs chaussures de sécurité. Moi en temps que bon larbin je me satisfais juste du simple fait de pouvoir charger sans attendre.
7h, je quitte Rumilly, toujours sous la pluie. Direction L'arbresle. Sur mon itinéraire il y a Lyon, en heure de pointe. Et puis venant de l'A43 c'est plutôt compliqué de se rendre à l'Ouest. Bien sûr le GPS lui, il s'en cogne : il me ferait passer par le tunnel de la Croix Rousse que cela ne le dérangerait même pas... Le mieux pour moi serait le périph nord, "Téo", mais c'est interdit aux PL. J'hésite à rattraper l'A7 par le périph sud pour prendre Fourvière, mais à 8h passées ça sent mauvais. Je me décide à contourner par le nord : sortie Genay, puis Chasselay - Lozanne etc. C'est plus long, c'est plus chiant, mais ça roule un peu.
Et puis comme j'ai de la chance il y a une déviation à Saint Germain aux Mont d'Or, je passe via la zone de Quincieux, et notamment devant l'ancien dépôt des Transports Girod où il y avait un si beau parc 10 ans en arrière. Girod est devenu Bomex, les gros Scania sont devenus des Daf ou des Man moches, et les chauffeurs Français sont devenus Bulgares... un vrai comte de fées !
Je vide mon supermarché à L'arbresle, ma foi ce n'était pas si horrible. On va peut-être entendre dire que j'ai demandé à faire ça en régulier après la rumeur selon laquelle je ne veux plus aller en Suède ? Ça se propage vite la bêtise !
Je recharge à Andrézieux. Avant de partir, je cours m'acheter un bout de pain et un bout de pizza, histoire de manger ça chez le client, les yeux rivés sur le cadran d'affichage durant un laps de temps allant de 10 minutes à 4h... pour obtenir l'autorisation d'entrer.
Aujourd'hui ce sera 1h d'attente.
Une fois chargé, pour Castres et deux clients à Barcelone, mon chef m'indique de descendre direct via la nationale, via "Le Puy - Mende" indique le SMS... au cas où j'aie un truc à voir à Besançon.
N88, sous le soleil, sous la pluie, on ne sait pas trop... un vrai temps suédois, s'il n'y avait pas tous ces camions français on s'y croirait.
Qui dit N88 dit Le Puy en Velay, et sa fameuse interdiction PL. Sans les plaques oranges je serais passé, mais là c'est un peu tenter le diable : je contourne via l'itinéraire prévu à cet effet, c'est à dire en perdant plus d'un quart d'heure, ou près d'une demi-heure, je ne sais même pas combien exactement, je n'ai pas regardé.
Je poursuis sur cette magnifique N88 : la Haute Loire laisse place à la Lozère puis à l'Aveyron, je roule jusqu'à Séverac-le-Château où je trouve une douche chez Total, par hasard.
Il me reste 1h30 de conduite potentielle, je poursuis et traverse Rodez en me disant que j'irais bien visiter le musée Soulage la semaine prochaine ? Je roule jusqu'à un petit parking d'une zone d'activité au milieu de rien, avec 3 camions en coupures dessus et les mecs qui bouffent à la gamelle, à l'ancienne : ça me plait, je me mets à la suite et je fais péter le réchaud.
Quelque part entre Rodez et Albi. Je démarre à 6h30 et m'élance avec mon lourd chargement sur la N88. Il y a des portions que je ne connais pas, cela fait longtemps que je ne suis pas passé par là. La soirée fût footballistiquement historique, 7-1 pour l'Allemagne face au Brésil, je n'ai pas écouté, j'ai joué de la guitare.
J'arrive à 7h50 à destination : une usine chimique dans Rodez. Il y a déjà trois camions sur le parking. Le gardien nous ouvre la barrière à 8h, puis nous enregistre au poste de garde. Vers 8h15, chaque chauffeur a donné sa pièce d'identité contre un badge, il faut maintenant attendre le responsable de je-ne-sais-pas-quoi pour obtenir l'autorisation d'entrer.
_"On attend qui au juste ?" demande-je au gardien qui est très courtois.
_"Le Chef..."
_"Et il arrive à quelle heure ?"
_"bah heu... à 8h en fait"
8h20, un grand type brun débarque dans le bungalow, l'air pressé ; il allume l'ordi, brasse les papiers sur son bureau, se pose, et demande : "allez, à qui le tour !?". Genre : j'arrive super pressé, avec 20 minutes de retard... mais je suis chaud.
Malgré les camions devant moi, je passe à quai sans trop attendre, et décharge mes 6 palettes, enlevant au passage quelques tonnes superflues qui me collent au bitume depuis Andrézieux.
Client suivant : en Espagne, Les Franqueses del Vallès, Barcelone. C'est à environ 4h50 d'ici, et le CMR précise "livraison 8h-13h". En partant de Castres à 9h j'ai de quoi m'inquiéter... mais peu importe, zen, s'ils n'en veulent pas je camperais dans la zone avec plaisir.
J'arpente les routes de la Haute Garonne pour rattraper l'A61 à Castelnaudary. Puis je descends tout droit jusqu'à l'aire du pays Catalan et son nouveau parking en épis : moitié à sa main - moitié à contre main, sans doute négocié avec les compagnies d'assurances vu le nombre de constats qu'il va y avoir ici. Le maitre d'étude à l'origine de cet ouvrage s'en moque bien de savoir si son parking est praticable ou non, il a pondu tel nombre de places, pour répondre aux résultats de moult enquêtes sur les utilisateurs de l'A9... Mais de là à imaginer une seconde le pauvre type qui va débarquer ici, fatigué, à 2h du mat, à bout d'heures, sous la pluie, et qui va tenter de rentrer dans la dernière place du parking à contre main, en se guidant à l'oreille faute de voir quoi que ce soit dans les rétros... de là à imaginer cela il faudrait y avoir été confronté au moins une fois.
Je poursuis jusqu'à mon deuxième client, que je décharge lorsque le cariste revient de sa pause, à 15h.
Reste le dernier, à Terrassa. Sur la C58, je crois me tromper de sortie et commence à envisager un demi tour après avoir passé "Terrassa centre"... finalement, avec une grande joie, je reconnais la station BP à la sortie suivante : mon client est juste derrière. La zone est très étroite avec des sens de circulation. On se pose à l'arrache, de manière à ne pas tout boucher. Sur mon CMR il y a encore marqué : réception 8h-13h30. La jeune femme du bureau appelle un cariste qui débarque et me dit de me mettre en place. Je suis rassuré, tellement que j'envoie la confirmation à mon chef afin d'anticiper le programme. Erreur Régis ! Le cariste revient, non pas avec le chariot mais avec le CMR dans la main... il me montre du doigt la fameuse inscription avec les horaires et lâche la terrible sentence : "maganna !". Putain d'enfoiré... il est là, disponible, avec un chariot élévateur, mon camion est en place, mais parce qu'il a lu "livraison 8h-13h30" dans sa tête ça dû faire "ho putain ! et j'ai failli le décharger !"; car il s'apprêtait vraiment à le faire.
C'est non-négociable, le cariste triomphe dans son respect du protocole, qu'importe le bon sens, qu'importe la sensibilité : j'ai beau lui faire comprendre qu'il me fout dans la merde, il me répond limite avec le sourire et me fait comprendre que, quoi qu'il en soit, il se passera rien aujourd'hui ; parce que c'est écrit sur le CMR.
Un simple coup de tipex et j'étais vide...
Finalement je vais décharger chez un partenaire, dans la zona franca. Et je recharge sur place, complet de groupage, après 2h30 à tourner en rond sur le quai en buvant des cafés.
Mon amplitude arrive à ses limites, je ne peux plus rouler 10h, je peux tenter 9h, j'hésite à rester sur place car cela ne me laisse qu'une heure de conduite, à peine de quoi sortir de Barcelone.
Je décide de partir quand-même : pas envie de couper à quai, pas envie de me lever à 2h alors que je ne connais pas la suite du programme. Tout ce que je sais, c'est que j'ai du 07 et du 69 dans la semie, pour plus d'infos il faudra attendre demain.
Je roule jusqu'à Cardedeu, j'avais repéré une petite zone tranquille il y a deux semaines, je m'y pose avec 8h50 de conduite ; fin de la journée.
6h, Cardedeu, zone industrielle, la journée commence. Je roule les 4 minutes qui me séparent de l'AP7, puis je m'engage sur la voie de droite : direction France.
Le ciel est Brumeux, humide, on se croirait en Italie dans les environs d'Asti au petit matin. Je n'ai pas petit-déjeuné, alors pour anticiper la faim je me prépare du pain et du chocolat, une sorte de goûté que je dévore avec autant de d'entrain que si je rentrais de l'école.
Mais l'école est bien loin, aujourd'hui je conduis des camions en pestant contre la RSE, et je raconte le tout dans un carnet de bord passionnant.
Le soleil est au rendez-vous sur l'A9, je roule en écoutant la radio, puis la musique : la grille d'été me plait moyennement, voire pas vraiment, voire pas du tout. France Inter me déçoit, si ça continue je vais écouter autre chose, le moteur du camion par exemple.
En 4h15, d'une traite, j'arrive sur l'aire de Nîmes. Je déguste lentement mon café en contemplant le merveilleux spectacle de la station d'autoroute en ébullition : des gens perdus, des gens pressés, des gens agars, des gens qui boivent le café en regardant d'autres gens, chacun ayant une bonne raison de se retrouver ici, et tous ayant un voyage différent en cours.
Les choses sérieuses commencent pour moi dès la sortie "Valence Sud". Direction l'Ardèche, cette terre hostile dont les autochtones les plus intrépides créent des sites internet pour les routiers.
Je vais à Saint-Agrève par la D533 : sur la carte ça ne paraît si long, mais si l'on tient les deux extrémités pour déplier tous les virages, cette longueur triple. En effet de Valence à Saint-Agrève la plus longue ligne droite doit faire au moins cinquante mètres...
Pour arranger le tout, il fait un temps chaotique : bruine, vent, froid. J'attaque l'ascension des premiers versants avec ma trop lourde semie, avoisinant une vitesse moyenne ahurissante de 32 Km/h et créant une file d'impatients automobilistes accrochés au pare-chocs. Lorsque je trouve un bout de bitume sur la droite pour me ranger le temps de laisser passer tout le monde, je reçois un gros coup de klaxon... et je me demande si le mec me remercie de me ranger ou bien s'il exprime son impatience. Y'a tellement de débiles... qu'on ne sait plus.
Le plus stressant sur ce genre de routes, c'est de parer à à toute éventualité, ne pas se laisser surprendre par ce qu'il y a - ou ce qu'il peut y avoir derrière le virage... notamment des automobilistes cons-cons qui coupent leur trajectoire, camion en face ou pas...
Ils sont très longs les 45 Km de Saint-Péray à Saint-Agrève. Et ce n'est pas le paysage qui risque de m'inspirer aujourd'hui : on ne voit strictement rien avec ce ciel chargé. Moi qui avais pris soin de charger l'appareil photo... on fera du tourisme un autre jour.
Je suis à 14h30 chez mon client et je me déleste d'à peine 700kg. Etape suivante : Ardoix, Ardèche septentrionale, entre Annonay et Saint-Vallier. Il me faut couper à travers, et, après avoir consulté Alain26, véritable Bison futé de Drôme-Ardèche, je choisis de passer via Saint-Bonnet-le-Froid, Lalouvesc, Saint-Romain-d'Ay. Belles routes, beaux-villages, beaux paysages à n'en pas douter (derrière la brume), mais alors un temps... mais pourri ! C'est affreux ! Il fait 8°c à 15h entre Saint-Agrève et Saint-Bonnet-le-Froid... D'ailleurs ? "Saint-Bonnet-le-froid" ? Deux références au temps pourri dans un seul nom : "bonnet" + "froid" ! Et pourquoi pas quatre ou cinq tant qu'on y est : "Saint-Bonnet-le-Froid-de-l'écharpe-du-nez-qui-coule"
Bien au chaud dans ma cabine j'ai une pensée pour le juilletiste venu planter sa tente sur les plateaux Ardéchois, et sans doute emmitouflé dans son duvet en attendant le redoux...
Je passe le col du Rouvey, 1244m, puis je me gare dans la descente pour couper la demi-heure qu'il me manque. Quel bonheur : tout seul au milieu des bois, ça sent l'écorce et la fougère, pas un bruit de moteur à l'horizon, pas de Bulgare qui recharge sa batterie à côté, pas de vieille flaque de pisse sous mes roues, l'endroit rêver pour une coupure.
Lorsque je repars la jauge passe sur réserve... mais pas de souci je n'ai plus qu'à descendre.
J'arrive à Ardoix à 17h et ici je laisse 7 tonnes, c'est déjà mieux.
J'ai à ce moment précis 9h08 de conduite journalière, le chef m'indique de revenir à Jarcieu si c'est possible... et en l'occurrence c'est possible, avec une marge confortable de 5 minutes.
Autant dire que ça ne traine pas à la descente.
La route qui mène à Sarras est magnifique. Sarras... paisible bourgade dont la célèbre prostituée, la "putain de Sarras", reste aujourd'hui encore une référence stylistique très appréciée des plus distingués orateurs.
Il y a le feu, pas le temps de s'arrêter faire une photo dans le sublime décor de cette D221, je trace et j'arrive à Jarcieu avec 9h57 de volant. La putain de sa race de RSE.
Coupure au dépôt.
Plus de 38 litres de moyenne sur mon parcours, 10 de plus qu'un voyage en Suède.
Dernier jour, ce soir c'est les vacances. J'ai briqué le camion pour Alexis qui va rouler avec : je me souviens qu'il avait fait de même pour moi après mon escapade en camion-remorque. J'ai fait les pleins, café y-compris, et je suis prêt à partir ce matin à 6h. Direction Genas, St-Bonnet-de-Mure, Villefranche-sur-Saone.
Première étape : un commissionnaire de transport dans la zone mi-plaine, 4 palettes à décharger. Les caristes se prennent la tête de bon matin, lorsque j'arrive on me répond "bah faudra attendre 8h"... il est 8h05. J'en ressors finalement à 8h30.
Direction Saint-Bonnet-de-Mure ; de Saint-Bonnet-le-Froid à Saint-Bonnet-de-Mure il n'y a qu'un pas. Ici toute autre ambiance : sur le quai, un mec qui fume sa clope, tranquille, sympa. Après avoir déchargé il m'indique une route que je ne connaissais pas et qui permet de rejoindre la rocade est sans reprendre la N6. On en apprend tous les jours.
Dernier client à villefranche-sur-Saône, une usine de textile. Je suis vide à 10h.
Je dois recharger au port pétrolier de Givors, et je fais l'erreur de m'engager vers Fourvière : beaucoup de temps perdu. J'arrive à destination à 11h20... et à Givors 11h20 c'est très prêt de midi, on m'invite à me représenter à 13h30.
Ma foi.
Je pars à la recherche d'un sandwich, ayant vidé mon frigo pour les vacances. Givors est une ville sombre, moche et triste, et le sandwich que l'on me sert à la boulangerie du coin en est le digne représentant.
Alors que je retourne au camion, pas vraiment en appétit, je reçois un coup de fil de l'ami Lagaffe : il est lui aussi chez Total, garé à côté de mon camion, et me propose d'aller manger. Cela ne se refuse pas, tant pis pour mon sandwich au carton.
Nous allons au bouiboui portugais du coin, c'est plutôt convivial, on y mange un gros bout de morue plein d'huile en regardant "les z"amours".
Pascal charge à 13h, il me faut attendre une demi-heure supplémentaire.
Lorsque qu'enfin je peux rentrer, Mouloud le responsable des expéditions, qui est plutôt quelqu'un de sympathique, est sur le pied de guerre, genre "bon aller y'a du boulot, faut pas qu'on traine!". Quelle blague ! D'autant que pour charger les palettes gerbées sur trois niveaux on me confie le meilleur outil qui soit : le transpalette manuel. Vraiment, mais quelle blague !
Je me fais les muscles pendant une demi-heure.
Le temps de récupérer la paperasse il est déjà 15h, j'ai pour instruction de revenir à Jarcieu.
J'y retrouve l'ami Phil26 et tous deux nous attendons Alexis : lui pour sa marchandise, et moi pour l'embarquer en temps que copilote. En effet Alexis va prendre mon camion pour les vacances et commence direct par planter le week-end à Hockenheim.
Une heure de Phil26, c'est à dire de blagues, de photos, de blagues, de musique, de blagues, et aussi de blagues. J'en profite pour lui refourguer les 1295 fichiers de photos de camions en tous genres, afin qu'il ne s'ennuie pas ce week-end.
Entre deux blagues de Phil26 je fais un détour par les toilettes (de là à dire que les blagues de Phil26 me font chier je n'oserais pas). Et que se passe-t-il d'extraordinaire en ce lieu magique ? Une coupure de courant ! Je me retrouve dans le noir total, là, seul, bien embarrassé. Réflexe : je cherche mon Iphone dans ma poche afin d'utiliser la fonction "torche" qui me parait être de circonstance... mais ce dernier est resté dans le camion. Alors j'attends. Et par chance je n'attends que quelques minutes avant que la divine lumière réapparaisse, me permettant de conclure triomphalement ma besogne.
Quelle belle anecdote. Lorsque je la raconte à Phil, il me répond : "c'est dingue il m'est arrivé exactement la même chose hier !". Effectivement c'est dingue... c'est bien trop dingue d'ailleurs, c'est louche : je suspecte mon concurrent carnetdeboristique de s'influencer un peu trop de mes anecdotes passionnantes !
Alexis arrive et je l'embarque pour Mâcon. En route nous faisons un peu mieux connaissance, et les deux heures du parcours passent très vite. Je lui confie mon camion et m'en vais vers une semaine de vacances aveyronnaises ; au programme : repos.
Il faut se rendre à l'évidence : on ne peut pas vivre d'aligot et d'eau fraiche.
Nous sommes lundi, il est 5h, le réveil sonne comme dans un cauchemar de vacance, il s'agit pourtant de la réalité, c'est bel et bien reparti pour de nouvelles aventures, de nouvelles galères, de nouvelles endives et de nouvelles inquiétudes.
C'est Sweden qui passe me chercher à Mâcon Sud, rendez-vous 6h15. Comme pour forcer le trait et rendre ce lundi matin encore plus dramatique : il pleut, je n'ai plus d'essence dans la bagnole et le portail des Bretons reste coincé... obligé d'escalader pour l'ouvrir de l'intérieur.
Le Suédois est à l'heure, il m'embarque en copilote. Ensemble nous partons faire une livraison à Soucieux-en-Jarret (moi qui pensais descendre peinard à Jarcieu !).
En bon copilote je m'occupe de la carte : nous contournons Lyon via la route des pétroliers ; la circulation est étonnement fluide pour un lundi 7h.
Soucieux-en-Jarret - (à la fois inquiet et dans la viande) -, est un petit patelin où il ne fait pas bon se balader en camion, en atteste l'endroit où nous nous rendons avec le Daf beaucoup trop gros, ou bien la ruelle beaucoup trop petite... c'est selon.
Il y a un panneau à l'entrée de cette ruelle, le client est bien ici. Seulement on ne croise pas une voiture ; lorsqu'un grincheux dans sa twingo se présente en face et commence à gueuler, j'ai bien peur qu'il se prenne un front de Suédois dans le nez. Heureusement Anthony sait garder ses nerfs et son front.
Car l'aventure ne fait que commencer. Pour entrer chez le client c'est juste, mais ça passe. Pour vider, ça prend cinq minutes. Mais pour sortir... c'est la grosse galère ! Nous sommes 3 pour guider, il faut frôler les murs, bloquer la rue, bouger une voiture...
Grosse transpiration dès lundi 8h et clope bien méritée pour mon Suédois.
Café à Roussillon, puis Anto me balance au péage de Chanas, avec mon sac de linge dans lequel j'ai glissé un sac de bouffe plus vraiment fraiche maintenant. Nico me récupère et je suis à Jarcieu à 9h45.
Me voici devant mon FH, rutilant, attelé aux rugbymen de Beaurepaire, et prêt à partir. Encore une fois Alexis a assuré, Quel bonheur de reprendre dans ces conditions !
Je pars vider à Valence, "avant midi" précise le chef... il s'agirait de reprendre le rythme.
11h20, me voici avec mes 33 palettes de Jacob Delafon dans la cour d'une l'entreprise de sanitaires. Ça ne fait pas vraiment plaisir au cariste de voir arriver autant de chiottes à cette heure-ci, mais nous déchargeons.
La suite du programme : passer faire la vidange chez Volvo Portes-Lès-Valence. Il est midi, rien ne sert d'aller me cogner dans le portail : je vais manger mon panini à L'oasis, la caravane de la ZI de Portes où le mec est toujours très sympa.
A 12h30 je suis chez Volvo. C'est fermé jusqu'à 14h...
A 14h je suis derrière le comptoir : on me dit "bah t'es prévu pour 16h !?". De mieux en mieux. Pourquoi avoir couru comme un débile pour vider les chiottes avant midi ? Le mystère reste entier. Finalement je passe sur la fosse à 15h et j'en ressors à 16h, après avoir lu toutes les brochures de la salle d'attente tellement l'accueil est génial ici.
Je retourne à Jarcieu. A quai je récupère trois clients pour l'Angleterre puis je m'en vais. L'amplitude a déjà bien tourné, je roule au maximum, ce qui m'amène à Perthes, sur le parking du restaurant "chez Serge", il est bien trop tard pour manger - je me gare dans le coin et tire les rideaux.
Tout le monde est parti. Je suis tout seul au beau milieu du parking. Le restaurant est juste en face mais il y a la nationale 4 à traverser, ce n'est pas très motivant et c'est interdit. Plusieurs panneaux l'indique avec aussi "prendre la navette". Je veux bien prendre la navette pour aller boire mon petit café... mais elle passe quand ?
Du coup, je remonte à pied jusqu'au relais du commerce, où l'on trouve aussi du café. Resto routier à l'ancienne, le Relais du Commerce n'est plus - comme le veut la légende - un restaurant ouvert 7/7... La tenancière me dit "bah oui mais avant je faisais 100 couverts le weekend ! Alors que maintenant si je reste ouvert j'en fais 5 !". Effectivement vu comme ça...
Peut-être la solution serait de se mettre aux goûts du jour : boites de thon, sacs de patates et d'oignons ouvert 7/7 au bord de la N4, je pense qu'il y a un filon à creuser.
Je retourne au camion, il est 9h45, je vais pour partir lorsque qu'un énorme convoi exceptionnel passe devant mon nez. Nickel. Du coup je laisse passer 10 minutes.
Malgré cela je le retrouve entre Vitry et Chalon, alors je fais un quart d'heure... il faut savoir être patient plutôt que perdre bêtement du temps de conduite.
C'est durant ces 15 minutes à regarder dans le vide que débarque une voiture de flics. Ils s'arrêtent devant mon pare-brise, descendent... là je me dis "alleeeez, pour ma gueule..." je baisse la fenêtre et lève le sourcil gauche du genre "oui... y'a un souci ?". Le mec m'explique qu'on les a appelé pour des bâches lacérées dans la nuit... il me souhaite bonne journée, puis les deux repartent à la recherche de la victime. Je n'ai même pas eu à sortir le portefeuilles pour une fois, je m'étais fait à l'idée que c'était automatique...
Je repars moi aussi et, quelques Km plus loin je vois mes deux gendarmes devant un magnum peco dont les bâches volent au vent avec pleins de cartons par terre. J'ai dormi à 20 minutes d'ici !
Je m'arrête prendre la douche au centre routier de Reims. Quel endroit divin : des mecs qui squattent le parking, une vielle prostituée qui tourne là au milieu dans sa 307 - laissant apparaitre ses vielles cuisses fripées en guise de menu, et au bord la route vers l'entrée, une collègue à elle qui me fait un signe pour le moins explicite : un peu comme si elle se brossait les dents. On se croirait vingt ans en arrière.
Je prends ma douche et je me tire, midi arrive, pas question de manger là. De toute façon je n'ai pas le temps.
Je roule vers Calais, en écoutant des podcasts.
J'arrive au port à 15h30, il y a des clandestins plein les alentours, je m'enregistre et me pose dans la rangée 250. Départ 17h10.
Les touristes s'agitent à droite - à gauche, j'en surprends même un se faire prendre en photo devant les rugbymen de Beaurepaire... quelle notoriété !
Comme je suis en ADR j'embarque en premier, ce qui me permet de voir la fin de l'étape du jour sur les écrans du Rodin. Les mecs grimpent les Pyrénées en sortant une langue de deux mètres, je regarde ça assidument, et... comme si c'était fait exprès, à 5km de l'arrivée on nous diffuse les messages de sécurité myferrylink.
Lorsque la diffusion est terminée et que l'on revient au direct, l'étape est finie. Je ne sais même pas qui a gagné.
Tant pis, et depuis quand je m'intéresse au cyclisme ? Je me cherche un coin sans trop de touristes, ni trop de routiers... il faut bien calculer son coup, ce n'est pas facile.
Nous arrivons à Dover à 17h40, locale.
Hatfield, Wokimgham, Rugby , voici les destinations. Je me pince mais non, j'ai bien débarqué en Angleterre : franc soleil, touristes, cuisses à l'air, 27° à 18h... Et dire qu'il fait un temps pourri à Mâcon au même moment.
Lancé à fond en direction d'Hatfield, je décide de contourner Londres par le sud car je suis en ADR : c'est plus long en distance mais il n'y a pas le Dartford à passer. Et puis sur le M25 on ne compte pas en distance, on compte en temps perdu dans les bouchons. Et avec mon itinéraire en l'occurrence, c'est pied au plancher tout le long. J'arrive à 20h30 dans l'immense base logistique des paranoïaques du protocole.
Au poste de garde il y a ce gardien écervelé qui me réprimande dès mon arrivée parce que je suis resté 2 minutes avec un bout de semie dans le rond point en attendant que ça avance dans l'entrée. Selon lui il aurait fallu que je fasse le tour, que j'aille me garer ailleurs et que je revienne plus tard. J'ai bien tenté de traduire "vas chier" mais je n'ai pas réussi. Ils sont vraiment tarés ici, ils ont définitivement renoncé à réfléchir : on s'enregistre en entrant, on roule avec les warning, on porte gilet fluo - chaussures sans avoir accès au quai, on ouvre les portes au gardien, et petite nouveauté du jour : il faut passer au bureau remplir un bulletin de sortie. Au total, pour décharger 4 palettes, j'ai donné trois fois mon nom et mes numéros d'immatriculation.
Certes l'échange a été bien virile avec l'imbécile du poste de garde, mais je n'en peux plus d'autant de connerie et de perdre mon temps à satisfaire ces procédures imbéciles.
J'ai 8 minutes de marge, d'après le GPS, pour aller chez le deuxième à Wokimgham. Je tente, sachant qu'apparemment c'est en plein centre. Dès la sortie du M4 je cherche de la place pour me garer, mais rien, comme d'habitude. Alors j'avance, avec l'appréhension de dépasser connement 9h.
Il est 22h20, j'arrive à destination : une petite zone tranquille, bien qu'en plein centre, des bouts de trottoir sans bande jaune devant mon destinataire, c'est parfait. Je boucle la journée ici avec 8h59... comme dans un rêve.
Je suis tellement content que je fais péter la salade de tomate de minuit : mon premier repas de la journée !
Ma coupure se termine à 7h20. A 7h je sonne à la réception avec mon colis à la main... car oui, je n'ai qu'un carton à livrer ici, tel le chauffeur-livreur de chez TNT ou UPS. J'aurais aimé apercevoir une machine à café et/ou des toilettes, mais je ne passe pas le seuil d'entrée : un mec en cravate signe mon CMR et me remercie.
A défaut de trouver une machine à café je trouve un arbre.
Reste vingt palettes pour Rugby. Je vais livrer à Rugby avec la semi des rugbymen de Beaurepaire... c'est beau ; vivement que j'aille livrer à Football avec la semi des footballeurs du Dolon... (drôle)
Quelques difficultés sur la M4 mais dans l'ensemble je m'en sors plutôt bien, j'arrive à destination 2h30 plus tard : personne dans la cour, un type m'indique la zone de réception, tout va bien.
Il est 11h et je suis vide. En attendant la suite du programme je me pose dans la rue, à l'ombre, il fait 27° et un franc soleil.
La suite du programme n'arrive pas. Peut-être mon sms n'est-il pas passé ? J'en envoie un second... "moment, rien pour l'instant...", voici la réponse. Ha. C'est déjà plus clair.
J'attends.
Une heure, puis une autre, puis encore une... Je reste prêt à partir : j'ai mangé en vitesse au cas ou, j'ai tenté de faire une sieste avec le portable à côté de l'oreille au cas ou, je n'ai pas mis "Son of the Dust" des Movie Star Junkies trop fort au cas ou... mais toujours rien.
Vers 14h30 je demande quand-même des nouvelles, voici 3h30 que j'attends, apparemment je ne rechargerais que demain...
Ok, dès lors c'est beaucoup plus clair, plus besoin de rester sur le qui vive.
Au total j'ai passé 4h20 dans la rue, et je reçois comme prévu une mission pour demain, un chargement à King's Lynn. C'est plutôt une bonne nouvelle, je connais ce client, on peut se garer dans la zone et le centre ville n'est pas très loin.
Alors je m'en vais vers King's Lynn, tranquillement.
Entre Kettering et Peterborough il y a ce DHL qui persiste à rouler à 62 Km/h ; je ne peux pas le doubler, nulle part, alors je finis par le laisser filler : je m'arrête 10 minutes il est trop chiant. Lorsque je repars je rattrape direct un Morrison qui roule encore plus bas... vers 60 Km/h. Je finis par me faire une raison. Et puis peu importe, je ne suis pas pressé.
J'arrive dans la north industrial estate de King's Lynn à 18h. Je me gare, je tire un peu les rideaux pour faire illusion qu'il y a quelqu'un à l'intérieur, et je m'en vais visiter le centre ville à pied. C'est tellement rare qu'on ait le temps de faire un peu de tourisme !
Pour le coup j'ai été optimiste : le centre historique est beaucoup plus loin que je ne l'imaginais : il me faut marcher plus d'une heure.
Optimiste aussi parce que ce n'est pas aussi impressionnant que je ne me l'imaginais. King's Lynn est une vieille ville portuaire, mais lorsqu'on a vu la ST Margaret's Place et la statue de la légende locale, le capitaine George Vancouver, on a à peu près fait le tour. C'est beau, d'autant que le soleil couchant illumine les vieilles briques et les vieux pavés... mais ce n'est pas extraordinaire.
Au retour je fais quelques courses chez Lidl. C'est pas mal, pas aussi impressionnant que je ne me l'imaginais, lorsqu'on a vu le rayon fromage et le rayon charcuterie on a à peu près fait le tour. C'est beau, d'autant que le soleil couchant illumine les vieilles enseignes jaune, bleu et rouge... mais ce n'est pas extraordinaire.
Le retour au camion est une véritable épreuve de force, avec deux sacs de courses. A 21h je suis arrivé.
Je passe la soirée tout seul, à regarder une foultitude de lapins se courir après dans cette ZI inerte : quand l'homme dort les lapins dansent.
Ils ne sont pas énervés, c'est le moins que l'on puisse dire : Le camion est bien visible depuis la cour de mon client, mais personne ne vient me chercher. Apparemment j'ai rendez-vous pour charger à 9h-9h30, alors dès 8h30 je montre le bout de mon nez et de mes chaussures de sécurité, au cas où. On me dit d'attendre, ce que je fais sans rechigner. 9h, rien. 9h30, toujours rien... le cariste me dit qu'on va s'occuper de moi bientôt...
Jusqu'ici je m'étais imaginé naïvement que la commande n'était pas prête, en cour de fabrication... aussi je reste pantois lorsque le cariste déboule comme une fleur à 10h pour charger les palettes qui sont là, dans la cour, à côté du camion depuis ce matin.
Je pars de King's Lynn à 10h30... déjà 11h30 française, j'ai l'impression d'avoir perdu la moitié de ma journée...
Deuxième chargement à Sudbury, dans le Suffolk. Sur l'itinéraire il y a Thetford interdit en transit : je ne fais pas comme la dernière fois, je respecte l'itinéraire de déviation et je me retrouve sur des routes bien merdiques où chaque croisure avec un autre camion est une monté d'adrénaline. Je vais vraiment finir par les mettre les boucliers chromés sur les rétros ! (voir scania rose ci-contre).
J'arrive chez le client en plein pendant la pause, j'en profite moi-même pour déguster une excellente barquette d'houmous Lidl qui ne manquera pas de semer le trouble dans mon pauvre estomac plus habitué aux radis.
À 14h c'est quasi complet, je roule en direction de Douvres dans un premier temps, puis finalement je vise le tunnel afin de tenter une livraison demain à Lyon.
Après les routes hyper-étroites des environs de Bury St Edmunds, voici les deux-voies criblées de ronds-points des environs de Chelmsford. Des ronds-points partout ! Avec bien souvent la voiture sur la voie de droite qui coupe la voix de gauche en s'engageant, sans même se rendre compte du danger. C'est stressant.
Je rejoins le M25 et mange une bonne dose de congestion aux abords du Queen Elisabeth II bridge, le Dartford crossing. Ensuite Tout schuss sur Folkestone, 30 minutes d'attente dans les travées et j'embarque.
Me voici de retour en France. Reste 5h à rouler, j'ai l'amplitude pour.
Je traverse la Picardie au soleil couchant tandis que les moissonneuses s'affairent à tondre les tapis de blé. En Champagne il fait nuit noire mais on aperçoit encore les pleins phares dans les champs.
Je roule tout seul et en musique jusqu'à l'aire de Troyes où je me pose à 1h sur un parking du fond, dans le noir.
Tout le monde est parti. Il est 8h, je suis déjà réveillé malgré les quatre heures de sommeil, je vais prendre ma douche chez Total, ainsi qu'un café long en guise de petit déjeuner. Il fait bon, de retour au camion je fais le ménage profitant de pouvoir ouvrir les portes en grand.
Lorsque le tachygraphe indique 9h de repos je démarre et je me fais une place sur cette A5 déjà bien chargée avec les départs en vacances.
Je dois livrer au plus tôt à Bressolle, nord de Lyon. A midi je m'autorise un quart d'heure de repas, le grand luxe, et puis cela me permettra de ne faire qu'une demi-heure chez le client. Car d'après le GPS, je vais arriver à destination avec 4h15 de conduite.
Nous sommes vendredi et les spéculations vont bon train dans le cerveau inquiet d'Inquiet39 : quelle va être la suite du programme ? descente à Jarcieu ? ramasses sur Lyon ? aurais-je les heures pour remonter ? Vais-je laisser le camion au dépôt ? Bref, un vendredi normal.
Pour l'heure, il est 14h15, j'arrive à destination et nous déchargeons les 3/4 de la semi. Je pensais arriver sur le fil : le patron de la boite, qui me décharge lui-même, me dit que j'aurais pu arriver jusqu'à 19h, 19h30... ou même après, il serait venu.
Bon sang quelle volonté ! Il ne s'en cache pas d'ailleurs, il aime les gens qui bossent ! On discute de ça, puis il dévie sur les fainéants, puis ça devient raciste... alors je change de sujet par une pirouette, il était jusqu'ici plutôt sympa le vieux... c'est dommage.
Incroyable mais vrai : une fois cette livraison bouclée je reçois l'ordre de rentrer chez moi et de passer un bon week-end.
Je choisis de couper à travers champs, à travers les étangs des Dombes et de rentrer tranquillement par les petites routes de Bresse qui paraissent tellement faciles comparées aux petites routes du Suffolk.
Je suis à 17h30 chez les Routiers Bretons, je pars avec mon sac, mes rideaux, ma table et mon spoiler, la semaine s'achève et le weekend s'annonce long.
Peinard, il n'y a pas d'autre mot.
A 7h je suis à la boulangerie en train d'acheter mon pain avant d'aller bosser, tel le prolétaire lambda, alors qu'un vrai routier ça commence sa semaine théoriquement avant 4 ou 5h, minimum. Ce matin non, je ne me presse même pas, car je dois aller charger chez Sobotram à Chalon et c'est à chaque fois la roulette Russe : le risque d'attente interminable est très élevé, alors rien ne sert de courir, j'y vais pour 8h30.
8h30, je me présente au poste de garde, tout de fluo vêtu, tout de chaussures de sécurité chaussé. La procédure habituelle, entre le passage par le gardien, le parking, le bureau, le quai, le parking... fait perdre environ une demi-heure avant de me retrouver au quai 25, prêt à charger.
9h30, je m'en vais.
Pas très loin, je charge chez un autre transporteur, où l'ambiance est nettement différente : pas d'EPI, pas de protocole, c'est moi qui mets le quai, c'est moi qui charge, on fait les papiers sur un coin de bureau - dans un bungalow où s'entassent quatre employés sous un nuage de clope, avec des disques qui trainent sur les bureaux... on se croirait dans une boite de transport des années 80.
Il reste de la place. Direction Lyon.
Il fait un temps épouvantable, l'A6 est chargée, manifestement le départ en vacances le lundi est à la mode.
Je charge sur une plateforme de la zone mi-plaine. A peine j'ouvre la fenêtre pour manœuvrer qu'il pleut dans la cabine. J'ai une pensée pour les malheureux juilletistes, dont mon frère et Sweden qui heureusement ont les carnets de bord de fierdetreroutier à défaut de pouvoir se baigner...
Il est 12h30 et j'écope d'une ultime ramasse à Givors. Rien ne sert de courir une fois de plus, c'est fermé jusqu'à 13h30. Alors je m'arrête manger mes radis sur l'aire de Communay. Philippe de chez GN s'arrête me dire bonjour, ce qui me fait plaisir car Philippe est vraiment très sympa. On discute un petit moment puis je redécolle pour Givors.
J'ai 3 cartons à prendre et cela va me couter deux heures d'attente.
Je ramène toutes ces ramasses sur le quai à Jarcieu, j'y retrouve Galérien26 et ses fûts d'essence à décharger. Ce que je prends-moi n'arrive pas avant ce soir, je propose mon aide voyant qu'il se coltine la tâche tout seul.
Pleins, lavage, déchargement, chargement, blagues de Phil26... il est déjà 19h45 et il n'est pas question de manger si je souhaite rouler un minimum.
Je pars vers le sud avec 4 clients dans les environs de Nîmes et Alès.
J'arrive à bout d'amplitude sur l'aire de Nîmes Margueritte, fin du lundi.
Aucune volonté ce matin : j'ai mis le réveil à 5h et je me lève à 7h15, au dernier moment, comme si mon inconscient optimisait la période de glandage potentiel sans pour autant me mettre en danger. Adieux petit-déjeuner, rattrapage de carnet de bord, préparation des itinéraires et douche, je me contente d'enfiler des vêtements et je me pose derrière le volant, pas fier.
Si je ne traine pas, c'est parce que la journée s'annonce chargée. Alors je décolle après 9h et une minutes, pas plus, en direction d'un chantier d'enfouissement de déchets à Bellegarde. On m'a prévenu à Jarcieu : ça risque de prendre du temps chez ce client. J'y suis à 8h pile.
Parking, gilet, chaussures... je me présente à l'accueil où deux dames assez sympas s'affairent entre les aller-et-venues de chauffeurs. On m'invite à visionner une vidéo détaillant les mesures de sécurité, suite à quoi j'ai une interrogation écrite hyper dure où il faut par exemple relier des panneaux avec les interdictions qu'ils expriment, un peu comme dans un cahier de vacance niveau CE1.
Mon diplôme en poche je vais patienter au camion. Heureusement que je n'ai pas coupé ici, l'odeur de poubelle est violente.
Les mecs du chantier débarquent un quart d'heure plus tard, et je dois suivre le kangoo jusqu'à l'endroit de déchargement. Un périple dans la terre humide avec des bons gros dévers - heureusement je n'ai plus de spoiler.
Pour décharger les trois gros rouleaux, pas de prise de tête : "bah y'a qu'à les balancer par terre" décide le chef. J'aime. Me voici pendu par les bras aux barres du toit, afin de pousser avec les pieds... et les rouleaux de 300Kg font une chute d'environ 3m avant de s'écraser dans la boue.
Trois minutes pour vider.
Il est maintenant 9h et ce qui devait être une galère s'est finalement plutôt bien déroulé.
Deuxième client à Nîmes. Sur le papier ça a l'air facile : "Transports Grollier, Impasse Juvénal, 30 Nïmes". Là on se dit : un transporteur, tranquille, pas de souci d'accès...
Ce n'est qu'une fois devant la susdite "impasse Juvénale" qu'on déchante : on n'a pas envie d'y aller, c'est étroit, on n'en voit pas le bout, ça n'inspire rien de bon. Du coup je me pose non-loin avec les warning et j'appelle. On me confirme de bien prendre l'impasse, j'y retourne. Qui a déjà été chez transports Grollier s'en souvient à coup sûr ! Ça passe hyper fin, et au bout on fait demi-tour comme on peut...
Si le mec qui me reçoit n'avait pas été très accueillant j'aurais presque été énervé.
On monte crescendo dans l'adrénaline : troisième client, un chantier de maison de retraite "place du château, 30 Parignargues". Lorsque j'appelle pour m'annoncer et en savoir un peu plus sur l'accès, le contact que j'ai au téléphone me dit "bah, mouai... je pense que ça devrait passer... Y'a un petit camion qu'est venu livrer le chariot hier". Ok, merci d'autant de détail... me voilà encore plus inquiet qu'avant.
Effectivement ça passe, juste, après avoir déraciné un piquet de chantier à la main pour garder mes pare-chocs intacts.
Je livre une clôture métallique, afin que les vieux ne s'échappent pas de l'EPHAD.
Toujours plus fort dans l'adrénaline, direction Salindres, à côté l'Alès. La traversée du village est interdite, il faut suivre un itinéraire PL pour accéder à la ZAC de destination. Tout va bien, on contourne le bourg, puis on redescend en longeant le cimetière, à droite, à gauche... puis soudain un rond-point sans aucun panneau. Le problème c'est qu'on a envie d'aller ni en face à cause des arbres, ni à droite vers l'église... heureusement un habitant du village me voyant en galère m'indique la route vers l'église, puis il rajoute "vous êtes pas le premier, on l'a déjà dit plusieurs fois à la mairie, c'est hyper mal indiqué !".
Alors comme ça il n'y a pas de chargé de mission sur l'étude du trafic à Salindres ? Mais où vont nos impôts ?
A 13h je suis vide. Je reçois un sms de mission : chargement complet à Alès pour l'Italie (yeah !!!)... dans une déchetterie (meeerde...).
Et puis, comme c'est la journée de toutes les galères, je me retrouve à tourner pour accéder à cette fichue déchèterie dans le bon sens, c'est à dire pas dans celui que m'indique le GPS grâce à qui je me retrouve en pleine ZUP, genre de Bronx cévenole où des gamins font péter des gros pétards type bison rendant l'atmosphère encore plus charmante.
A la déchèterie tout le monde est bien sympa mais je perds un temps fou entre le chargement et les papiers... heureusement pour me consoler et en finir avec la malchance je trouve des sanitaires et une douche très propres. Enfin du positif bordel !
Ce sera d'ailleurs la seule parenthèse chanceuse de cette journée ; à peine reparti je me tape l'énorme bouchon de la rocade d'Alès, suivi du gigantesque bouchon de l'arrivée sur Nîmes. Qu'importe, je roule mes heures tranquillement, il n'y a pas grand monde sur l'A8, je trouve même une place sur l'aire de Beausoleil, 22h, fin de la période.
Rares sont les aires d'autoroutes proposant un tel panorama. On est d'ordinaire content lorsqu'on a vu sur un champ ou une forêt, lorsqu'on peut prendre des vaches en photo comme sur l'aire de Troyes la semaine dernière ; ici c'est l'immensité qui s'offre à nous, la mer, la mer vue de si haut qu'elle s'accapare une bonne partie du tableau, et, en contre bas, Monaco, les immeubles et les yachts. Rien que d'ici on devine l'argent sale.
Je me suis encore levé au dernier moment. Je quitte Beausoleil à 7h10. Direction Sant'Albano Stura, près de Cuneo. C'est un plaisir de faire un tour d'Italie de temps en temps, une simple pause à la station Tamoil dans les hauteurs de Savona et je me sens un peu moins galérien que d'ordinaire : le café y est bon, on le sers dans une tasse, au comptoir il y a le routier avec son gros ventre, le play-boy rital gominé dès 8h du matin, le cadre en costard, le touriste de passage : tout le monde s'arrête boire le café en Italie, c'est une institution qui perdure. Mettez une machine selecta là au milieu et c'est la guerre ! En France c'est mort, nous avons été annexés.
J'arrive à destination avant 10h. Il y a quatre camions devant moi. Bizarrement on me fait entrer direct, il y a peut-être rupture de stock de bouteilles en plastique compressées... j'en doute en voyant les centaines et les milliers de bottes de poubelles, qui jonchent l'endroit.
Les mouches règnent en maitre, j'ai à peine commencé à débâcher qu'elles s'agitent tout autour. Il faut dire qu'elles ont de quoi s'en donner à cœur joie avec les jus divers et variés qui dégoulinent des bottes : du concentré de déchet humain, bien fermenté.
Bien entendu je ne trouve pas de balai dans la belle Schmitz des rugbymen, alors me voici en train de pousser ce qui est resté sur le plancher avec un super bout de bois ! Génial.
Je recharge à Vercelli, complet... du moins théoriquement.
Il s'agit d'une immense base logistique, bizarrement situé dans Vercelli. D'après ce que je comprends il s'agit aussi des douanes historiques de la ville. Le fait est que pour y a aller, on se pose sérieusement la question en voyant les multiples panneaux d'interdiction PL. La mise en garde est telle qu'on n'ose pas s'engager dans la rue, on se dit qu'il doit y avoir un itinéraire spécifique. Pourtant non, il faut bel et bien braver les panneaux... ils n'ont même pas mis le petit panonceau jaune et noir avec le nom du client dessous, c'est au routier de se lancer vers l'inconnu.
Bref, j'arrive à destination, et comme par magie mon beau complet se transforme en lot de 25 palettes. La guigne.
A 16h c'est chargé, il me reste plus de trois mètres et Stéphane me demande d'attendre. Va-t-il trouver un complément à charger ce soir ? Quelle question... bien sûr ! "Avant 17h30 à Castelletto sopra Ticino";
C'est parti, à fond : je tape l'adresse dans le GPS, je regarde sur la carte, j'appelle le destinataire en "Italanglais", je réponds au donneur d'ordre qui s'inquiète déjà, j'envoie la réponse par SMS à Stéphane... et en faisant tout cela... je conduis. Pas de temps à perdre, je n'ai aucune marge d'après le GPS.
Pour couronner le tout, le client est en plein centre de Castelletto, je me demande bien comment y accéder et surtout à quoi m'attendre. Je choisis un itinéraire autre que celui de mon fidèle compagnon guidé par satellite (certes, mais sans cervelle). Chance ou bonne étoile, peu importe : je fais le bon choix, je me faufile dans les ruelles étroites de la ville avec force transpiration sur le front, et j'arrive à destination à 17h28 en super héros !
Fier de moi !
Je charge une machine, à 17h45 je me retrouve tout seul dans la cour, en train de sangler. Les caristes ont filé comme une volée d'hirondelles.
Enfin tranquille. Je peux rouler en direction du Fréjus sans trop de pression. Je vise d'abord l'autoport de Suse, puis comme il m'en reste un peu sous le tachygraphe je pousse jusqu'au Gran Bosco : la douche et le café y sont disponibles 24/24... à Suse non.
Cette fois je me fais violence : à 5h20 je sors du lit et je traverse le parking 3/4 vide du Gran Bosco pour aller prendre ma douche. C'est gratuit, un peu plus propre que la dernière fois, on a même réparé les portes cassées et débouché le siphon ; grand luxe !
Je ressors avec le dessous de bras frais et le cheveu humide dressé sur la tête, tel le footballeur de l'En-Avant-Guingamp sortant du vestiaire après un choc au sommet contre Evian-Thonon-Gaillard. Malheur, que vois-je garé devant la station... UN CAR DE TOURISTES FRANCAIS ! On ne souhaite ça à personne, pas même à son pire ennemi... Ils sont là, agglutinés derrière la caisse, impatients, en train de compter leurs sous pour payer "oune grandé café pour favor".... haaaa rien que de les entendre ça m'énerve, mais je n'ai pas le choix, je me mets à la suite, il faut que je rende les clés de la douche contre mon permis de conduire. Et aussi que je boive "oune grandé café".
Tranquille le chauffeur du car : le caissier lui offre café et viennoiserie... bah ma foi. Moi la sous-merde je suis prié de sortir le portefeuilles.
6h, départ, direction le tunnel.
Je suis en ADR, il me faut passer sous escorte. 40 minutes d'attente.
Me revoici en France. Je dois livrer un premier client à Grenoble. La Maurienne se descend tout schuss, comme d'habitude. J'arrive à destination à 9h. Problème : j'ai une machine de 3 tonnes au cul, il faut vider par le côté, ce qui ne fait pas forcément plaisir au cariste. Heureusement je suis dans une petite boite, ici on ne se permet pas de refuser un camion avant d'avoir au moins essayé de trouver une solution. Car il n'y a qu'un pauvre gerbeur et les palettes sont dans le mauvais sens. Avec un peu de biceps on parvient à en tourner quatre, ce qui laisse la place ensuite pour manœuvrer avec un transpalette. Imagine-t-on faire ça chez Intel ou Intel où plus personne ne prend de responsabilité ?
A 10h c'est fini. Je repars, avec ma lourde machine sur le porte-à-faux arrière... piano piano. J'ai de la chance : non seulement il ne pleut pas, mais en plus il ne neige pas.
Piano, mais pas trop quand-même : si ça marche bien je vais juste pouvoir vider avant midi à Saint Maurice L'Exil.
Verdict : vide à 12h10. C'était tendu. Et voilà ma récompense : "chargement avant 14h à Rive de Gier". Et dire que si je n'avais pas couru j'aurais eu deux heures pour manger...
Et puis c'est quoi ces impératifs toujours plus contraignants ? "Avant 14h" et puis quoi ? A 14h10 ils éteignent la lumière et se cassent ? On créée de l'urgence chaque jour un peu plus, comme ça, par souci protocolaire, sans vraiment se soucier des répercutions.
J'arrive à Rive de Gier à 13h20 et c'est presque comique : "bah faut attendre le chef qui est parti manger, il revient vers 14h..."
Régis réduit à l'état de sous-sous-merde.
Je m'en retourne blasé vers Jarcieu à 15h. En route j'écope d'une ultime mission : charger un matelas et un sommier chez la "Halle au sommeil" à Salaise. Je la joue gros bourrin : je débarque sur le parking client, au milieu des bagnoles avec le camion, je vais chercher le lit, et je me sauve... Direction le dépôt.
Je case 3h de coupure pour valider une 11h ce soir. A quai je récupère un chargement pour Saint Quentin Fallavier.
Lorsque je repars je n'ai plus l'amplitude pour m'arrêter manger, alors, comme je n'ai plus rien dans le frigo, je m'arrête choper un Mc Do à La Verpillière... que je bouffe dans la rue de mon client, à la suite des 75 camions dont je retrouverai les chauffeurs à la réception demain matin... mais demain est un autre jour, je broute mon Royal Cheese en regardant indifférent l'A43.