FDR - Carnet de bord
Carnet de bord de Octobre 2014 Partager sur Facebook
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  • Jarcieu, 1h
    dans les ruelles bordelaises
    technicentre Aquitaine
  • Mercredi 1 Octobre 2014
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    Il est 1h du matin, Jarcieu, je bois mon café dehors, en terrasse. Silence absolu, parfois percé par quelque cri d'animal noctambule qui essaie de me faire peur. Il doit faire 17 ou 18 degrés et je suis pénard, là, avec ma tasse, le cheveux encore humide de la douche, et le dessous de bras bien frais. Il s'agirait de se mettre au travail : je ne me suis pas réveillé à minuit et demi uniquement pour regarder dans le vide et écouter les chouettes. Je démarre et file discrètement afin de ne pas réveiller les copains qui dorment.

    Cap à l'ouest. D'aucun diront que j'y suis en permanence, à l'ouest... donc cap encore plus à l'ouest. Je vais à Bordeaux, au "technicentre SNCF Aquitaine", tout un programme.

    Par où va-t-on à Bordeaux au départ de Jarcieu ? Plusieurs choix possibles : Mon imbécile de GPS tente de me convaincre de passer par Toulouse, en vain. Je préfère faire au plus court, quitte à ne pas faire au plus plat : direction Clermont - Brive - Périgueux .
    Quelques zones de travaux animent mon parcours mais dans l'ensemble ça roule, ça roule tout seul, ça roule tranquille, je n'ai pas sommeil.

    En quatre heures et quelques je fais connaissance avec la nouvelle aire de Chavanon, près de la Bourboule, où l'on a planté une station sur un ancien parking insignifiant. Pas mal, ça manquait dans le coin. Pas mal, sauf ces saloperies de places en épis. On a l'impression que les chargés d'études sur la réalisation de nouveaux parkings ont découvert soudainement la place en épis ?
    Isaac Newton s'est pris une pomme sur la tête et en a déduit la loi de l'attraction universelle - Michel Boulachon s'est entravé dans un champ de blé, il est devenu créateur de parking...

    En évoquant La Bourboule, j'ai une pensée émue pour "La Boule" de Fort Boyard qui nous a quitté hier... mais je m'égare et j'écris vraiment n'importe quoi.
    Je bois un nouveau café sur cette aire de Chavanon. L'endroit est désert, il n'y a qu'une pauvre mouche pour profiter des miettes de mon pain au chocolat, une pauvre mouche dont on se demande bien ce qu'elle fout là, à quelques centaines de Km de Pomezia.

    Je repars et traverse Creuse, Corrèze, Dordogne dans un épais Brouillard ; le jour peine à se montrer.

    Je n'ai pas de RDV au Technicentre, du moins je n'en ai pas la connaissance. Je prévois d'y arriver à 11h.
    Ce n'est qu'à hauteur de Libourne qu'un franc ciel bleu finit par s'imposer, effaçant d'un trait cette chaotique nuit Auvergnate.

    Les choses sérieuses commencent. L'adresse que j'ai n'a pas l'air facile, comme souvent avec les technicentres SNCF : centre ville, vieilles infrastructures, jamais de place pour se garer, et rien pour faciliter l'accès aux camions.
    Pour le coup l'accès au centre Aquitaine est vraiment pourri, sans le GPS je n'y serais pas allé, avec, j'avais l'impression de me tromper. Il est 11h et je suis à destination. Il y a un autre camion dans la toute petite cour pleine de voitures. Apparemment nous nous sommes trompés tous les deux d'après le réceptionnaire : il faut livrer à l'autre entrée, Boulevard Albert1er, "et attention c'est très très fin pour entrer dans la rue" nous met-il en garde. Certes... moi on m'avait donner cette adresse.

    Va pour Albert1er....
    Et effectivement, c'est "très très fin", on n'a pas idée de tourner là dedans en camion... mais c'est l'accès officiel ! D'après le mec il devait y avoir de la place pour se garer dans la rue, il n'y a rien du tout, je me case sur la droite, comme je peux. Mon collègue n'est pas derrière... j'apprendrais plus tard, en le voyant enfin arriver, qu'il n'a pas oser tourner à l'intersection, persuadé que j'étais en train de me tromper.

    Il est 11h15. Il faut maintenant attendre 13h. J'aime.
    Nous sommes dans une impasse avec barrière SNCF fermée au bout. Deux autre camions arrivent d'ici 13h et ça devient un sacré bazar.
    Débarque alors le gros con du jour. Un type dans une 307, jeune, armoire à glace, l'air énervé... il s'arrête à ma hauteur tandis que je discute avec le collègue de derrière :
    "C'est à vous les camions ?! faut pas rester là, vous voyez pas que vous emmerdez tous le monde ?!"
    Dès cette phrase de présentation je comprends qu'il n'y a que très peu de matière grise là dedans, et comme pour m'achever il poursuit :
    "non non vous reculez, je suis de la police nationale, faut pas rester là"
    Comment rester calme ? C'est vraiment difficile. Commençons par la base : je lui montre le portail fermé devant ma calandre, puis les trois autres camions derrière... afin qu'il comprenne qu'il n'y a aucune manoeuvre possible. J'enchaine en tentant de lui expliquer que je ne suis pas dans cette rue pour le plaisir de la boucher, mais afin de faire mon travail, à savoir décharger de la marchandise chez des gens qui me maintiennent dehors parce qu'ils sont en pause. Quand à faire ressortir 4 camions à contre main, sur un boulevard sans visibilité, entre les murs étroits... on peut le tenter - il faudra toute l'après midi je pense.

    Bref, un pur abruti, qui ne comprend strictement rien à notre métier... il finit par dire "bah fallait pas vous engager dans la rue"...
    Je suis bête aussi ? mon destinataire est Boulevard Albret1er... pourquoi je n'irais pas y livrer dans la Zone de Bègles, et puis merde, pourquoi être venu à Bordeaux, j'avais qu'à y décharger au technicentre de Lyon ?

    Et dire que des cons comme lui nous mettent des PV sur les routes...

    Il finit par se barrer, persuadé d'avoir raison, persuadé que l'on a rien à faire ici et que les routiers sont vraiment de gros emmerdeurs. Je reste consterné par cette rencontre.

    A 13h30 on nous ouvre enfin la barrière, je vais décharger en traversant un parcours du combattant fait de pièges multiples en haut, en bas, à gauche, à droite.
    Cette journée et surtout cet environnement commencent à me stresser sérieusement.
    Au moment de partir c'est le camion qui s'y met : voici que le témoin d'alerte "frein de parc déverrouillé" ne cesse de retentir, comme si le camion était arrêté et que j'avais effectivement oublié de le verrouiller... or je suis en train de rouler.
    Bref ça hurle dans la cabine dès que je roule sous les 10km/h... J'ai beau éteindre et rallumer le camion, rien n'y fait.

    Je ressors de l'impasse en coupant un terre plein, devant les automobilistes grincheux : je ne peux pas sortir autrement.

    C'est incroyable cette sensation de faire chier la terre entière alors que je fais mon travail, consciencieusement, depuis 1h ce matin...
    ça fout la rage, tout comme cette alarme à la con et ce frein de parc automatique révolutionnaire. Révolutionnairement nul.

    Je termine ma journée avec 9h59, manoeuvre comprise,  sur l'aire d'Onesse-et-Laharie, en compagnie de mes collègues Roumains, Hongrois, Polonais, Bulgare et Tchèques. Pas de Français, plus de Français, c'est finit tout ça, quelle idée de s'acharner à faire un boulot de pestiféré.