| Carnet de bord de Aout 2014 | Partager sur Facebook |
A l'entrée de la Maidstone Road il y a un gros panneau "interdit aux 3t", et un autre "rue piétonne". On n'a donc pas trop envie de s'y aventurer. Pourtant j'ai beau chercher un autre accès, le GPS persiste à vouloir m'y envoyer, il semble me dire "Vas-y bordel, si je te dis que c'est par là !". Je me méfie. Non seulement parce que là, pour le coup, j'entre en phase d'Inquièt39itude, mais surtout parce l'enfoiré n'en n'est pas à son premier coup d'essai : il m'a déjà envoyé dans une rue piétonne en Belgique, il m'a fait prendre un col en Italie, il m'a même fait traverser le centre de Chanas, à deux pas du dépôt... la honte.
Bref, il faut garder une certaine réserve avec le GPS. Ce matin, complètement indécis, je m'arrête demander des renseignements dans une petite zone industrielle. On me dit de ne pas aller dans cette rue, mais personne ne connait le client. Plutôt que de continuer à perdre mon temps je décide d'aller voir à pied, il y en a pour cinq minutes.
Je trouve le destinataire, c'est bien là, dans la rue interdite... et il n'y a rien pour l'indiquer. Preuve qu'il faut parfois être inspiré... et je me répète, mais le prochain qui me montre hilare une vidéo à la con sur Youtube avec un camion coincé dans une rue interdite, et ben... et ben rien, je suis un non violent.
L'entrée de l'entreprise est à peine plus large que le camion, ce qui implique une manœuvre classée hors-catégorie. Il ne me viendrait même pas à l'idée de me plaindre tellement je suis heureux d'avoir tout simplement trouvé l'endroit.
Je laisse ici ma palette ADR, je plie les plaques, et m'en vais en direction du Dartford.
Ma deuxième livraison est au Nord de Rochedale. J'ai le choix pour monter : M11, A1, M1, M6, W9, TF1... (super blague). Naïvement je me persuade que les autochtones ont déserté, qu'ils peaufinent leur bronzage écrevisse sur la côté d'Azur, en compétition avec les Allemands et les Hollandais, et que je vais avoir l'autoroute pour moi tout seul...
C'est faire preuve de beaucoup de naïveté. En choisissant la M1, suivi de la M6, j'opte pour un itinéraire des plus pénibles, truffé d'embouteillages et autres ralentissements. La galère. Je me demande au passage quel M6 est le plus pourri : l'autoroute ou la chaine de télé ?
J'ai quitté le service de Northampton pour me jeter dix minutes plus tard dans un bouchon énorme... dû à deux clampins qui se sont accrochés le pare-choc. Petites causes - mais effets démesurés.
Et puis, vers Stafford, comme si je n'avais pas assez perdu de temps, voici la VOSA qui démarre derrière moi, puis qui se poste devant avec l'enseigne "follow me" allumée...
Bingo, moi qui m'étonnais il n'y a pas si longtemps de ne les avoir jamais rencontrés.
Je ne sais pas du tout à quoi m'attendre. Concrètement, s'il veulent m'emmerder, ils peuvent : je dois bien avoir quelques excès de vitesses qui trainent sur les 28 jours, ou bien d'autres trucs à la con du genre "conduite sur une période de deux semaines avec horaire de nuit indexé sur le temps de service en rapport avec le code du travail après un repos de 45h consécutif à une amplitude de 15h... " Je reste stoïque, zen, tranquille. Peu importe, si je tombe sur des abrutis et s'il faut mettre la main à la poche ce ne sera pas la première fois...
Le moins que l'on puisse dire c'est que l'Anglais est pointilleux : on procède à un véritable contrôle technique du camion dans son ensemble, tout y passe : les feux, le poids, les pneus (neufs à l'avant... j'ai eu chaud), tout, ils contrôlent tout, y-compris le taux de graisses saturées dans les cuisseaux des rugbymen de Beaurepaire, qui heureusement sont nourris exclusivement au maïs bio.
Bien évidemment je dois aussi présenter tout ce que je possède en documents, licences et autres autorisations... et enfin on analyse mes périodes tachygraphiques à la loupe. Je reste une heure sur la plateforme de contrôle, et résultat : Rien. Si, "il manque une bavette sur le dernier essieu de la semi"... mais il s'agit d'un simple avertissement. Je repars avec tous mes sous et toute ma paperasse à ranger.
Je livre mon second client du jour, entre les murs étroits de Whitworth. Avec ces imprévus il est trop tard pour espérer faire le troisième, alors c'est tranquillement que je monte en direction de Tebay. J'y suis à 18h45, avec 9h30 de volant, comme hier.
Je ne suis pas ravi d'avoir cramé mes deux cartouches de 10h dès le mardi mais bon, je suis dans un endroit agréable, avec toilettes, douches et chili con carne...