| Carnet de bord de Aout 2014 | Partager sur Facebook |
Hier soir j'ai discuté avec un chauffeur Ecossais de chez "Cooper's Freightmaster", il était très sympa. Lorsqu'il a vu les plaques françaises il est venu me voir pour que je le renseigne au sujet de la nouvelle réglementation concernant les coupures de week-end en France : celle qui implique que le chauffeur devra aller à l'hôtel s'il coupe plus de 45h... Je ne sais même pas le renseigner, je ne sais pas s'il s'agit d'une nouvelle règle appliquée, d'un projet, d'une application imminente où d'une connerie... sachant que dans tous les cas il s'agit d'une connerie vu que presque nulle-part en France on ne peut garer un camion, et encore moins plusieurs, devant un hôtel (exceptés les relais routiers qui font hôtel, et qui se comptent sur les doigts de la main)
Bref, je n'en sais rien, mais cela a permis de discuter un peu.
Ce matin il fait un temps à mettre un Ecossais dehors ; il pleut. Je m'engouffre le traditionnel breakfast "8 items" en regardant d'un œil atterré "Good Morning Britain", le télé matin d'outre Manche, avec un faux William Leymergie accompagné à la présentation d'un mannequin Suédois faisant office de pot de fleur. Je ne comprends pas tout ce qui se raconte mais je devine que c'est à chier. Qu'importe, le petit déjeuner est bon et copieux.
Un brin de toilette dans le lavabo, à l'ancienne, et je rejoins mon camion pour démarrer officiellement la journée ; il est 8h locale. Je vide juste en face.
Mon dernier client est en banlieue de Middlesbrough. Je roule très léger et ça patine à presque tous les démarrages sur les routes détrempées de Cumbria. Il a plu toute la nuit, il tombe encore une espèce de bruinasse.
Dieu que cette région est belle. Certes il faut se taper les pires axes congestionnés pour monter jusqu'ici, mais une fois en haut, c'est tranquille. Les routes sont fluides, il y a des parkings, il y a des restaurants, et il y a surtout ces paysages grandioses, vallonnés, où pait le mouton tondu de près et marqué d'un coup de peinture sur la croupe : rouge, bleu ou vert, selon qu'il s'agisse d'un mouton supporter de Paris ou de St Etienne.
Je n'ai qu'un colis à décharger à Middlesbrough et le réceptionnaire vient encore me faire chier en me disant que je ne suis pas booké. C'était le même problème la dernière fois, à croire que personne n'est au courant que l'on vide sur RDV ici... mais aujourd'hui je n'ai qu'un fichu colis, de 60kg. Je suis à deux doigts de me le mettre sur l'épaule pour aller le jeter devant le bureau lorsque qu'un cariste vient pour décharger.
Il est 11h30, je suis vide. Je n'ai pas idée de manger après mon monstrueux breakfast, je file direct à Blyth pour recharger.
Dans mon SMS c'étais annoncé "chargement par le toit, sanglage, 23t, complet", dans la réalité c'est des palettes, chargement par le côté, 6t, reste 2m50... Suis-je déçu ? Non.
Pas de complément, ce voyage est à vider au plus tôt à Paris, je descends direction Londres via l'A1. Je n'aime pas cette route, ça roule fort, à ras les trottoirs, pas de BAU, des voies de lancement toutes petites et donc des mecs qui déboulent sans élan... je n'aime vraiment pas cette route.
Et puis, je le savais et j'avais donc anticipé une demi-heure avant la limite réglementaire des 9h, mais je galère à trouver une place potable dans les environs de Stansted. Hors de question de couper sur un pauvre refuge, à 50cm de la circulation. Certes j'ai une vie de chien, mais j'y tiens un minimum. Alors je cherche, autre chose. N'importe quoi ferait l'affaire, le mieux serait une zone industrielle avec de belles rues larges et éclairées... mais je rêve : je tente le service de Stansted, sans succès, c'est d'ailleurs pas plus mal voyant de quelle sorte les camions y sont entassés. Je tente alors la première ZI que je trouve sur l'A120... Aucune place de parking possible. Finalement j'échoue sur un pauvre parking le long de cette même A120. Je n'aime pas, mais je n'ai plus le choix : j'ai mes 9h de volant.
Hier la coupure idéale, aujourd'hui la galère.