| Carnet de bord de Octobre 2014 | Partager sur Facebook |
Journée marathon en perspective. Voici trois matins que le réveille sonne avec deux heures d'avance et que je sors du lit au dernier moment. Or ce matin j'avais prévu de préparer mes itinéraires... 4 de mes 6 clients n'existant pas dans le GPS.
Je suis donc bien énervé, contre moi-même, de bon matin, car en partant à 6h50 contre 6h30 je sais d'avance que ces 20 minutes me manqueront en fin de journée.
Car le fait est que le 6ème client au sud de Barcelone ferme à 16h30.
Je commence par livrer une jardinerie en France, à Pia. A peine le temps de caser un quart d'heure de coupure.
Je passe côté Espagnol, et trouve mon deuxième client à Vilafant, banlieue de Figuérès.
Tout va très vite jusqu'au troisième, à Maçanet de la Selva. Une grosse usine avec protocole débile, gardien pénible, et caristes zélés. Oui zélés, car non seulement on fait jouer la menace de la pause à 12h45 (qui me ferait attendre jusqu'à 15h !) pour décharger 3 pal, mais en plus, une fois en place, on me fait rebouger de quelques mètres alors que j'avais ouvert... quelques mètres pour être en face de la porte et moins fatiguer le chariot élévateur.
Restons calme, toujours.
Quatrième client à Les Franqueses del Vallès, j'arrive à 13h30 et on m'annonce 15h... cette fois je n'y échappe pas, c'est la pause et c'est non négociable, même pour une seule palette, même si je peux la décharger moi-même au hayon... Rien à faire.
Du coup je suis quand-même énervé, moi qui voulais performer et tout vider aujourd'hui ce n'est plus possible.
Jusqu'à ce SMS du chef : "si tu veux va faire le 6em et finis à Franqueses je te recharge au Nord de Barcelone". Parfait. Je fonce à San Boi.
Il est 15h15 et il n'y a personne dans la boite sensée fermer à 16h30. J'attends devant, avec les warning, dans la rue, je gène.
Un autre camion arrive, puis encore un. Nous attendons tous les trois, et lorsque le cariste arrive de sa pause, enfin, il désigne les deux autres chauffeurs du doigt : "toi en 1er, toi en 2ème" puis il me désigne "toi en 3ème" avec un dédain déconcertant.
Je suis arrivé le premier, mais je passe en troisième, c'est non négociable, les camions qui chargent sont prioritaires.
Du coup je poireaute une heure supplémentaire avec mes warning, dans la rue, en gênant.
Pour me mettre à quai, je dois sortir une manœuvre de haute volée, entre le muret, et le premium, en évitant de toucher l'un ou l'autre.
10 minutes pour vider, mais 2h passées ici, je m'en vais après un ultime regard haineux pour le cariste.
Je refonce de l'autre côté de Barcelone, direction Sant Fost de Campsentelles. Je suis tendu, sur l'AP7, quand soudain... bingo, une voiture des Mossos s'intercale devant moi avec les gyrophares. Il ne manquait plus que cela.
Au début je pense que c'est parce que j'ai doublé d'autres camions... mais non, ce n'est apparemment qu'un contrôle de routine. Avant toute chose, j'annonce mon exploit de Genève au flic, au cas où ça le convaincrait à ne pas m'allumer. Puis je fournis tout ce qu'il me demande : carte, permis, licence... la procédure habituelle. Gros suspens durant les longues minutes d'analyse de mes heures ; puis l'officier revient, me rend tout... et me sort un truc du genre : "c'est très bien Monsieur, aucun problème, bonne route"
Je tombe des nues. Sans blague ? Je viens de me faire féliciter par un flic ? Par la Mossos ?
Quelle fierté. Je ne mange plus le midi, je n'ai jamais été aussi stressé, j'ai plein de cheveux blancs, mais putain je me fais féliciter par la Mossos ! Un peu comme le condamné d'une erreur judiciaire qui recevrait une petite claque dans le dos de la part du bourreau, genre "allez, vas mon petit... c'est bon". Quand je vois un flic analyser mes heures et chercher désespérément la faute, je me demande ce qu'il se passe dans sa tête : frustration ? excitation ? vide ?
Je tente Sant Fost, même si j'ai encore perdu du temps. Je réussis à vider juste avant la fermeture.
Alors je tente Franqueses... et je réussis aussi à vider juste avant la fermeture.
Parfait. La boucle est bouclée, j'ai fait mes 6 clients, je suis content, le chef aussi, du coup je suis content que le chef soit content, et sans doute lui-même est content que je sois content. Tout le monde est content.
Je reçois un chargement à Sant Hilari Sacalm.
J'ai les heures pour y aller, à condition de cramer ma deuxième 10h... mais peu importe, de là-bas j'aurais largement de quoi rentrer à Mâcon. Mieux vaut donc aller dormir sur place, afin de ne pas prendre de risque avec l'amplitude en cas de marchandise pas prête.
Savant calcul... mais félicitations de la Mossos !
Sant Hilari Sacalm est perchée en haut de la montagne, entre Vic et Girone. Je m'y pose pour une grosse coupure au calme, devant l'usine. Pas un bruit, pas un chat, seulement quelques lapins qui s'accaparent la zone comme terrain de jeu.