| Carnet de bord de Aout 2014 | Partager sur Facebook |
Je n'ai pas tiré les rideaux et c'est la chaleur qui me réveille ce matin. Seuls quelques camions restent sur le parking, dont celui du gros gars tout nu. C'est incroyable : son occupant continue, comme à 2h du matin, à se pencher par la fenêtre pour regarder le bitume, torse nu. Il semble passer le temps comme ça...
Il est des comportements plutôt imprévisibles...
Je vais boire machinalement un café chez Total, je suis mal réveillé. Tandis que je profite de mon gobelet et du soleil sur le perron de la boutique, un couple de hippie, baba cool, punk-à-chien ou je ne sais quoi, se met à chanter du Manu Chao - lui jouant de la guitare, elle souriant aux corneilles. Devant eux une pancarte avec inscrit : "Perpignan/Espagne". Heureusement je vais vers Toulouse. Ils ont tellement l'air non-violent qu'on dirait un sketch, une parodie de Kad et O, un truc dans le genre...
Je retourne du côté routier de la station, là-bas, tout au fond. Le gros tout nu se décide enfin à partir, toujours torse-poil même derrière son volant... J'imagine une seconde le tableau s'il se décidait à prendre les deux chevelus en stop.
9h de pause et c'est reparti. Direction Marmande.
Entre Narbonne et Toulouse on mesure à quel point les automobilistes sont cons et individualistes : tous dans le cul les uns des autres, sans aucune distance de sécurité, tous ayant le réflexe spontané d'accélérer tant que possible lorsqu'un camion ose mettre le clignotant, pour ne surtout pas lui laisser la politesse...
Certes je généralise mais j'ai quand-même l'impression que le niveau moyen baisse... les gens conduisent de moins en moins bien, du moins c'est dans l'esprit que ça merde : il y a un "chacun pour sa gueule" qui tend à se généraliser. Soyons courtois bordel ! Chantons du Manu Chao en souriant aux poubelles, donnons-nous la main et marchons ensemble vers un monde meilleur plein de gros gars tout nu.
Mon premier client à Marmande est une espèce de plateforme chimique située dans un endroit improbable, au milieu des champs. J'ai été bien inspiré de téléphoner pour que l'on me confirme l'accès.
Je vide à quai : un peu du porteur, et un peu de la remorque, répartition des poids oblige nous avons divisé le lot. Le cariste est un ancien, gentil, qui ne parle pas beaucoup. Je réorganise mon chargement puis j'attends la fin de ma coupure : une demi-heure qui me semble une éternité, j'ai juste envie d'enchainer plutôt que d'attendre bêtement pour rien.
Reste des emballages pour un domaine vinicole dans le porteur, et des big bag pour un paysan dans la remorque.
Je vais chez le paysan en deuxième. Il m'explique l'accès au téléphone, puis me demande combien mesure le camion... ce qui n'est pas pour me rassurer.
Blasimon, c'est le nom de la commune, près de La Réole. Je comprends très vite la question au téléphone en arrivant sur place. Il s'agit d'une ferme, ça je m'y attendais, mais dont l'entrée est bordée de deux grand arbres qui compliquent bien les choses. Je sors à pied pour étudier ça de plus près... et franchement je n'arrive pas à jauger si ça va passer ou pas. En semi je dirais non, mais là... peut-être. Il y a du monde derrière et je bouche tout : je décide alors de tenter, sachant qu'il y a une cour pour faire demi-tour au bout.
Comble de malheur, ça ne rentre pas... du moins ça pourrait rentrer, en force, mais il est hors de question de frotter le tilleul. Je me retrouve "cassé", à même la route, et lorsque je descends voir à pied ce que je me cache l'angle mort, l'automobiliste de derrière me harangue et balance un : "bah c'est bon ça passe là !"... je vais le voir, je prends ma voix ma plus grave, et mes yeux les plus noirs, façon Schwarzenegger pour "Sarah Connor ?"... je lui réponds simplement "Je connais mon métier, ok ?".
Bon sang quel gros balaise je fais, quelle impression l'espace de trois secondes, je m'épate moi-même !
Je ressors comme je suis entré, et nous décidons de décharger dans le champ d'en face. Champ dans lequel je rentre au millimètre, d'où je me demande comment je vais ressortir.
Tout le monde est là, l'exploitant, son père, son grand-père, il y a même la grand-mère avec les gamins... tous autour du camion en train de faire des "bah bon dieu c'est qu'il est grand c't'engin..."
Bah bon dieu mais j'aimerais bien qu'on s'active, j'ai un autre client derrière.
Premier big-bag, Je sens le paysan hésitant en maniant la fourche de son tracteur... et bime il se trompe de sens d'inclinaison, le sac finit pare terre, percé car il s'est accroché au camion en tombant. J'appréhende les dégâts... mais non, rien sur le camion, je suis juste au top de mon stress.
Pour les 16 autres, je redouble de recommandations et de guidage, on finit par s'en sortir tant bien que mal. J'abandonne déjà l'idée de décharger le troisième client ce soir, j'aide à pelleter pour ramasser la tonne d'engrais par terre, puis je ressors du pré via une manœuvre hors catégorie devant mon petit public, dont la grand-mère qui a l'œil qui brille devant un tel événement.
Drôle d'aventure, entre la tentative d'entrée, le sac par terre, la sortie improbable, et le souci permanent de ne rien abimer...
J'appelle le troisième au cas où, mais non, on m'indique que ça ferme, mais que je peux venir passer la nuit à quai si je le souhaite. Cool.
Le chef m'a annoncé un domaine, il s'agit en fait d'une chocolaterie, au beau milieu du Médoc, à Margaux dont le célèbre château produit l'un des plus prestigieux breuvages qu'il existe en ce bas monde.