| Carnet de bord de Aout 2014 | Partager sur Facebook |
Wikipedia m'apprend qu'Ernest Hemingway aimait tellement le Château Margaux qu'il a nommé une de ses filles Margaux (et non Margot). C'est dingue. Un peu plus et la pauvre s'appelait Pouilly-Fuissé Hemingway... Ouf.
Hier soir, pour m'égayer l'esprit, j'ai fait un tour à pied à la découverte du village. Le moins que l'on puisse dire c'est que ça sent la tune à plein nez : des châteaux à tous les coins de rue, et pas moyen de trouver une boulangerie ! Certes j'aurais pu diner un mi-cuit de foie gras arrosé de la cuvée 1981 à l'auberge du château, mais j'ai préféré faire plus sobre : plâtrée de ravioles à la gamelle, avec égouttage par la fenêtre du camion et dégustation à même la casserole. Restons simple.
Ce matin j'ai du mal à me motiver, d'autant que je ne connais pas encore mes ramasses. Je traine donc jusqu'à ce qu'un employé vienne présenter sa tronche devant le pare-brise, tout sourire. "Tu viens vider des emballages ? Tu peux te mettre à quai ?"
C'est demandé gentiment, je m'exécute, démarrant officiellement de la même manière cette journée de vendredi.
Blouse, charlotte, sur-chaussures... on ne retrouvera aucune micro particule de Ray dans le chocolat de Margaux. J'aide le cariste en lui amenant les palettes au tire pal manuel... avec l'espoir secret qu'il me remercie d'une boite de chocolat fin ; je suis calculateur. Que dalle ! Une bonne poignée de main et ciao bonne journée.
Me voici vide, pas pour longtemps : une première ramasse arrive, deux machines à charger dans une entreprise de levage, à Bordeaux ; prévu 13h30. Ayant démarré mon amplitude je prévois d'y aller avant, mais je fais d'abord étape au centre routier pour la douche et le café.
10h, je suis chez mon client, "Le numéro 1 du levage" d'après les pancartes qui tapissent l'entrée. Avec un cariste pas franchement habile nous chargeons les pièces. J'essaie de tout surveiller, mais je ne peux pas non-plus monter sur le chariot à sa place... et lorsqu'il se trompe en avançant au lieu de reculer, juste après avoir posé un des éléments, je ne peux que m'arracher les cheveux. : Le numéro 1 du levage vient de laisser une trace sur une des barres qui protège le réservoir. Bordel ! Et en guise de justification il me sort impunément : "bah y'en aura bien d'autres...". J'ai une soudaine pulsion meurtrière.
Prend soin de ton camion les caristes se chargent de l'abimer.
Deuxième chargement : Nersac, tout près d'Angoulême. J'arrive à 12h45, je fais une belle manœuvre, et je charge direct.
Il est 13h, j'enchaine : direction Saint Martin le Pin, Dordogne, Limousin, Périgord, France profonde. En voyant les routes sur la carte je préfère contacter le client. Ce dernier me rassure, c'est apparemment bien fléché.
Alors je roule serein, en pleine campagne, seul, bien. La route est belle, les villages sont pittoresques : des vieilles pierres, des champs de Tournesol, quelques virages, c'est parfait.
L'usine est effectivement perchée dans un endroit improbable, on y accède en marche arrière entre des palettes et le mur du bâtiment, il suffit juste de sortir une nouvelle reculade de haut vol.
C'est le patron qui me charge, puis il entame une discussion interminable, sur le transport, l'industrie, la France, sa grand-mère... je n'arrive pas à l'arrêter malgré quelques "Bon ben..." signe que j'ai quand-même envie de partir.
Il est 15h30 et je n'ai plus de ramasses à faire. Je m'en vais en direction de Mâcon, en passant de la Dordogne à la Haute Vienne, toujours sur ces petites départementales bordées de troupeaux de limousines. J'aime me retrouver là, sur ces routes, je les garderais bien jusqu'à Mâcon mais je rattrape déjà la N21. Arrive alors Limoges où Drazick m'envoie une volée d'appels de phares, puis c'est l'axe Guéret-Montluçon-Moulins, le classique avec ses lignes droites et ses camions de l'est... la balade bucolique est terminée.
Merci la RSE : pour une demi-heure de trop je n'ai pas le droit de rentrer à la maison ce soir ; je m'arrête donc passer la nuit à Moulins pour ne pas me torturer l'esprit à dormir effectivement à 30 minutes de la maison, spéciale dédicace à tous les contrôleurs qui me lisent par centaines et qui me verbaliseront peut-être un jour sous prétexte que je n'ai pas respecté un truc à la con.
Courir toute la semaine, depuis lundi 0h, pour se casser les dents le vendredi à 30 minutes près, il faut vraiment avoir la foi.