Transports DELISLE

Un dossier réalisé par Olive66 et Fred77

C’est en septembre 1977 que Jean-Louis Delisle acheta son tout premier ensemble , un Berliet TR 320 attelé à une citerne pulvé . Avec James (Capucin 77) , son tout premier chauffeur , ils se relayent pour enchaîner les voyages et faire grandir le parc . Le Berliet laissera sa place à quelques Scania 110 et 111 , et par la suite à deux Volvo F1020 ainsi que de nouvelles citernes .

En 1982 , date à laquelle Didier , le frère de Jean Louis , rejoint les troupes (comme moi) , dix ensembles forment la flotte . Huit se garent tous les samedis dans l’ordre de départ du lundi matin dans une petite cour non loin du centre ville de La Ferté Gaucher , les deux autres étant tractionnaire se garent chez eux . Les transports se font majoritairement sur la région parisienne , la Normandie , l’Est de la France et une ligne sur la Vendée et Poitiers . En 1983 , c’est le gros déménagement , la cour étant devenu trop petite pour accueillir les nouveaux ensembles supplémentaires . C’est à l’entrée de La Ferté en arrivant par la route de Provins , que s’est construit le nouveau hangar , bientôt suivi par la construction de hangars de stockage pour différents clients . Plus tard , les voyages commencent à s’étendre sur toute la France grace principalement aux contrats décrochés en sucre et en farine de blé .

Les marques se suivent elles aussi , après avoir été fidèle pendant des années à Scania et un petit peu Volvo , c’est sept Renault AE380 qui sont commandés dès leurs sorties . Les retour chez Scania s’est fait de suite après suivi plus tard de l’arrivée de Volvo et Mercedes . Les rachats de différents transporteurs permettent aux Transports Delisle de se diversifier dans des domaines autre que la pulvé . De nos jours , nous pouvons voir des tautliner , des bennes céréalières , bennes de carrière , citernes liquides et pulvé alimentaires sillonner les routes françaises et étrangères .

Le BERNARD au banc d’essai au Maroc

Fondée dans les années 1920, la marque des camions Bernard, disparaitra au milieu des années 1950, reprise par la marque americaine MACK. Très appréciée par les routiers de l’époque de la vieille route, la marque était synonyme de prestige et de qualité, un peu comme le SCANIA aujourd’hui.

Jean Dejean, malheureusement emporté par l’âge s’est remémoré son Bernard de l’époque, qu’il avait affectueusement surnommé Rodrigue…

« C’est comme se souvenir de la première fille que l’on a aimé, même si rien ne s’est concrétisé, elle est parée de beaucoup de qualités. »

Jean appuyé contre l’aile de Rodrigue

J’ai commencé à rouler avec des camions US, Dodge, Fargo ou Ford. Je descendais de l’Atlas du bois, du charbon et liège pour 5T de charge utile, on en mettait 8T. Ils etaient assez fiables et cela m’a familiarisé avec les pistes de montagne et les grandes descentes, 8 à 10 km au frein moteur.

Par la suite, je suis rentré à la compagnie des transports marocains ( CTM ), département marchandises et j’ai touché un BERNARD 105cv grande cabine, un bon petit moulin, pas très gourmand et qui fonctionnait avec très peu de pression d’huile. Le matin à froid 4kg, puis 1kg et en haut des longues côtes 500 grammes. je n’ai jamais coulé de bielles. j’ai ensuite été muté à Kenitra et j’y ai pris un 150cv n°872 calandre chromée, tablier de radiateur s’ouvrant par sonde. Comme le thermostat n’existait pas, nous le tenions ouvert avec un bouchon. C’est vrai que pour le climat, il aurait supporté un radiateur plus vaste… Une pompe avec levier permettait de pulveriser du gasoil pour les demarrages à froid. L’accelerateur etait très dur, une paire de sabots auraient été les bien venus. Doté d’un embrayayge multi disques, d’une boite 5 vitesses qui passait bien au régime sans debrayer, mais fragile, surtout en marche arrière, la première quand à elle l’aurait fait monter un mur. Un jour en livrant du ciment avec un autre collègue, alors que je discutais avec le chef de chantier, le camarade m’appela : « Viens voir » , j’y allais… S’étant legerement embourbé, il avait voulu sortir en marche arrière d’un coup sec. Les pignons gisaient sur 3 mètres….. Au démontage, le mécano n’a pas eu de mal, il ne restait que le couvercle.

Les freins, à moitié air comprimé et huile lookid avaient une efficacité très moyenne. Sur les 4 roues, nous avions le « telma » très utile surtout lorsque l’on trainait la belle mère sans freins. Vitesse max 65 à 70 km/h à 1800 tours. Le Bernard avait deux reservoirs de 250 litres et il n’était pas très gourmand.

Les cabines  » Pelpel  » étaient à l’époque de belles cabines semi avancées et à mon gout harmonieuses. il y avait une tablette repliable à droite pour le casse croute ou autre. Capitonnée, la couchette c’était la banquette, on s’en accommodait surtout qu’elle était assez longue….

Le capot avec volets, le plancher ainsi que les portières étaient en tole epaisse, ça ne prenait guère de jeu à l’usure. Les ponts possédaient le réducteur dans les moyeux, j’ai jamais eu de problèmes.

Le Bernard supportait bien la charge, 12 ou 14 tonnes, pas de problème, surtout avec du minerai de plomb à 80%, c’est à dire 15 cm dans la remorque et vogue la galère…

Son utilisation était tout de même très difficile sur les pistes qui étaient souvent des chemins élargis par l’armée ou la legion pour les besoins vers 1900 1910. La poussière soulevée, signalait de loin notre arrivée intempestive. la pluie transformait les pistes en bourbier et on roulait en 1ere, 2eme ou 3eme, quelquefois en 4eme, mais il fallait jongler avec les trous et les bosses. Le Sirocco transformait le bernard en fournaise et dans le sud, c’était les vents de sable, tellement fin que ça rentrait de partout. c’était à se demander si ça rentrait pas dans les boites de conserves. Avec ça, la visibilité etait nulle et quand la neige formaient des congères, à nous la pelle sinon creation de tole ondulée garantie. Là, deux solutions, rouler dessus à 20 km/h ou passer à fond, mais avec de gros risques…. Si sous l’effet du vent une Segia s’était creusée, l’essieu avant avait de grandes chances d’arriver au pont arrière et le « Nanar » était à genoux, c’est arrivé une fois.

C’est vrai que dans ses conditions, avec les tours moteurs et la poussière avalée, et malgré les filtres à huile, arrivés à 150 000 kms, les Bernard avaient fait leurs temps. J’ai fait un agrandissement d’une photo prise au col du ZAD à 2180 mètres, lors d’un retour de Taouz. Lorsque je la regarde, oublié les ennuis, c’est avec les yeux de Chimène que je le contemple mon BERNARD.

Tout IOCHUM en une page !

Fondés au début des années 70 à Marignane (13) par Gérard Iochum, la société s’est spécialisée rapidement sur les trafics internationaux, voire intercontinentaux.

Un immense merci à Serge Baguès pour sa précieuse collaboration, mais aussi Max Leprotti, Léo, François, et bien d’autres…

S’il y a des sociétés de transports qui ont fait rever une grande partie des chauffeurs d’aujourd’hui, c’est bien les transports Iochum. De nombreux reportages ont relaté les histoires de ces aventuriers modernes, tant dans le presse locale (le provençal) que dans la presse professionnelle nationale (l’Officiel, France Routiers) Des reportages télévisés ont aussi été réalisés (Km0). C’est avec une grande chaleur,amitié et humilité que Mme Iochum et son fils ont su accueillir le www.fierdetreroutier.com.

C’est avec ces 2 porteurs Mercedes que les Transports Iochum se sont lancés dans le transport entre Marseille et le Rhone Alpes, mais très vite, Serge le chauffeur de Gérard a eu envie de mettre les voiles… C’est au port de Rotterdam, que Serge a rencontré un camion Turc de chez TurcSped, et que Serge a eu envie de voir ce pays. C’est de là que tout a demarré avec un magnifique Scania 110 qu’ils sont partis à l’aventure, à l’assaut du Moyen- Orient.

L’entreprise IOCHUM se forge rapidement un nom et une réputation dans le transport International, c’est alors que la flotte devient vite reconnaissable avec ses couleurs orange et blanc. C’est alors qu’en en scène le mythique Volvo F1220, puis F12 et quelques Renault R310.

Du Moyen-Orient, à l’Afrique en passant par les pays de l’EST on voit des camions IOCHUM un peu partout, le transport étant une grande famille, Iochum se partage alors le transport avec d’autres grands noms de l’époque comme Riand ou Collomb Muret.

Parmi les destinations exotiques, les transports IOCHUM ont desservi le Niger. Débarquement à Alger, puis la longue descente plein sud à travers le desert Algerien jusqu’à la douane de Tamanrasset et enfin le passage au Niger, dans les traces des transports CHAPUIS de Lyon.

Si la Turquie était une destination presque routinière, les transports IOCHUM poussaient aussi jusqu’aux Emirats avec ses galères bien sûr mais aussi ses joies. Le mot liberté et solidarité faisant encore parti du vocabulaire…

A la fin des années 80, le parc passe au Blanc avec l’arrivée des Scania série 3. La ligne est sur le declin, la concurence se fait de plus en plus féroce. C’est la société STGC S.L basée en Espagne qui a repris la majeure partie de la clientèle sur la Grèce, la Turquie et les pays de l’est.

Quelques vidéos : 

la semaine New Yorkaise de Raphy

Une semaine à 4200km pour Raphy, le français parti de l’autre côté de l’atlantique. Il s’accroche, il s’accroche et nous prouve que les français sont pas si mauvais ! On clique ici….

Mise à jour SCANIA 308 photos

Pauvre de vous qui n’avez pas la chance d’être au Mans ce week-end…

Rassurez vous, FDR est là, avec 308 nouvelles photos SCANIA vous allez être aux anges, et attention : Y a des pépites denichées par les plus fidèles spotteurs de la maison, à savoir : Wim, Mich07, Samu88, Malibu12, Larage et Vonvon29. Vous pouvez aussi envoyer vos photos sur la boite mail de FDR… Du vieux Scania76 au dernier NGR, c’est ici que ça se passe !

http://www.fierdetreroutier.fr/piwigo/index.php?/category/9

Pat56 – La BIO

Patrick est un routier breton qui nous raconte ses péripéties dans un livre paru sur le site.Il a connu la Suéde, l’Angleterre, le Maroc, la Roumanie, l’Irak, et une bonne partie de l’Europe .Il a aussi connu les longs parcours, les déboires et les gros soucis de la vie…..

  • Nom : LE BREC PATRICK
  • Date de naissance : 28.04.1955. à Vannes (56)
  • Différents métiers dans le transport : Frigo, baché, benne. Porteur, semi et Camion-Remorque
  • Mes Camions : Berliet Gr200, GR 260 Gr 320 Daf 250, dktd280, dkse310,dkx360, 500 ssc, XF 430 sc, XF 500 SSC. Saviem SM 240, 300 Renault, R340, AE380 Iveco, turbo star 330, daily, Stralis. Scania, LB140, 113.380, 124.400 Volvo, F88, F89, F12, FH 480, FH 520
  • Situation personnelle : marié deux enfants une fille  et un gars
« J’ai la nostalgie des années 70, au moins on était routier, maintenant on est simple ouvrier, c’est tout ».

Itinéraire : 

  • la Suède avec des pommes pour Stockholm.
  • l’Angleterre, à 50 km de Douvres avec des pommes.
  • au sud le maroc, Marakech, avec des pièces mécaniques usagées.
  • Yasi en Roumanie, à la frontière Russe, voyage humanitaire.
  • Bagdad en Irak.
  • Pays Basque.

 

Photos :

Quand j’étais tout petit, je rêvais d’être routier. Je ne connaissais rien aux camions, mais j’avais sans doute le goût des voyages par mon père qui était marin sur les pétroliers de la Shell.

En 1971, je rentre enfin dans une école de routiers à Poitiers, pour faire un CAP conducteur routier mécanicien en deux années. En juin 1973 avec le CAP et les permis en poche, je pensais commencer à rouler. mais une « magouille » entre ma mère et le sous directeur a fait que j’ai rempilé pour faire une quatrième transport. En fait c’était du bourrage de crâne pour les fils de transporteurs, et je n’étais pas motivé du tout. Donc je laisse tombé et le 02.01.1974, je trouve mon premier volant. un Berliet GR200 en porteur, caisse ridelles bâchée avec capucine, pour faire de la France. C’était chez les Transports René Philippe de Janzé 35, très connus à cette époque.

Dans le boite il y avait des camions remorques qui faisaient de l’inter, Espagne Allemagne et beaucoup d’Italie, poudre de lait et peaux de vaches à l’aller et carrelages au retour. Le jeune que j’étais avait envie. Au bout d’un an j’ai eu droit à un Berliet GR260 toujours en porteur. Puis à force de persuasion, j’ai pu enfin avoir mon camion-remorque et faire de l’Italie, c’était un Berliet GR 320 avec un porteur de 11 m et une petite remorque à deux essieux derrière, le tout sur 4.20m de haut, bonjour le balan.

A force de faire l’Italie, je voyais des camions faire du Moyen Orient, Stouff, VIT, Carry, etc…. Ca me tentait. Prenant mon courage à deux mains, je vais à la Stouff à Annemasse. Banco, quelques semaines après j’avais un télégramme pour embaucher.

J’ai eu le droit à deux tours d’Irak, dont le dernier qui a failli mal tourné. En arrivant la boite avait déposée le bilan.

Retour aux sources et donc chez Philippe, mais là j’étais en punition, j’ai eu un Daf 250 toujours en camion remorque et toujours sur l’Italie, et toujours un tour par semaine Bretagne / Santa Croce près de Pise, quand il n’y avait pas de grèves.

Durant cette période je passe l’attestation de capacité par correspondance, malgré les heures que l’on faisaient à l’époque. Un collègue qui avait un Daf 340 partait le dimanche soir de Rennes pour Rome, puis de Rome montait à Paris pour vider, et il rechargeait le vendredi chez nous. Ce serait maintenant………..

1978, je change de boite, je suis aux transports Nivès de Vannes, avec un Saviem SM 240, j’envoie des cheminées sur Cologne en Allemagne. Au bout de quelques mois, je me trouve chez Schambourg à Vannes, avec un Volvo F89, pour faire de l’Allemagne, Hollande.

1979, je me marie et logiquement, je cherche à faire de la zone courte, je vais chez Ridel à Questembert, puis le Gal à Vannes, chez eux j’ai tenu deux mois, et c’est un exploit, d’ailleurs j’attends encore mon certificat de travail.

Enfin en 1982, j’embauche dans une vraie boite de transports, Le Roy à Rennes, avec du matériel en bon état et suivi par un chef d’atelier hors pair, Mr Gendrot et des mécanos supers. De bons dirigeants et des succursales organisées. C’est donc là que j’ai commencé comme tractionnaire, je louais mon tracteur, un Daf 3600 et mes cartes de gas-oil et d’autoroutes puis en fin de mois on faisait le décompte et j’avais la différence. Mon premier tour c’était en juillet 1985. Avec le bilan de fin d’année, j’ai pu acheter un Renault R340, j’avais mis un chauffeur chez Le Roy, moi j’avais trouvé un contrat de traction chez Hautière pour les usines Renault.

Puis la connerie, étant juste en trésorerie, j’ai pris le risque de prendre deux autres tracteurs, avec hélas des brêles comme chauffeurs. Dont un qui m’a viandé un ensemble frigo à Usseau sur la route Niort La Rochelle. J’ai donc déposé le bilan et je suis reparti seul avec un Ivéco turbo star. Le hasard d’une rencontre dans une usine, a fait que j’ai commencé à transporter de la ferraille sur l’Espagne à partir de 1987. Descente en ferraille et retour à vide au début puis avec des ardoises. En 1995, j’ai un accident avec mon Magnum, et ma benne neuve. J’achète une Daf 500 SSC, super génial.et je continu ma ferraille. Voulant gagner plus ce qui est logique, je supprime les intermédiaires, je monte ma société d’import export, j’achète et je revends ma ferraille directement. Puis encore plus fort, je monte une autre société au Luxembourg. La première vends la ferraille au Luxembourg avec le minimum de bénef et la seconde la revends en Espagne avec le maximum de bénef. le tour est joué.

 

Mais un beau jour de 1999, contrôle fiscal, quand le fisc s’est aperçu du manège, ils ont considérés que toutes les factures de la société française était fausses, donc trois ans de fausses factures, avec escroquerie à la TVA, etc.. Saisie des camions, de la grue, des voitures, de la maison tout quoi, et Le Brec en prison préventive. Deux mois de tôle, avec des doutes des peurs, sans savoir de quoi l’avenir sera fait. Puis en sortant on recommence à zéro en attendant le procès, sans savoir le résultat. J’ai racheté un petit Daily et j’ai fait des petits lots. Je gagnais bien ma croute, mais au bout de deux années, le daily était à bout de souffle, 300 000 km. J’ai donc décidé avec mon épouse d’arrêter et de prendre une place chauffeur, chez Dejan à Vannes, qui fait partit maintenant du groupe Rouxel. Le lendemain de mon embauche, je passe au tribunal, là sur le cul, 48 mois de prison don 15 mois fermes et le reste en sursis. J’ai quand même gardé ma place car j’ai eu la possibilité d’avoir un aménagement de peine, je n’ai fait que 9 mois en y allant que le week-end, du samedi 7h au dimanche soir 18h30. Maintenant c’est fini, c’est de l’histoire ancienne tout ça, mais quand on y repense….

Durant mes fameux week-end, j’ai commis mon livre  » Patrick Le Brec la légende », c’est un bouquin qui retrace toute ma vie. J’ai au moins le mérite d’avoir essayer.

Parallèlement à tout cela, ma fille avait eue un accident de voiture. Malgré le fait qu’elle n’était pas en tort, on a été emmerdé un maximum par l’assurance. Plus tard, quand j’ai commencé mes week-end à la maison d’arrêt de Vannes, c’était le tour de mon fils d’avoir un accident de le route. Mais le sien a été très grave, et il a failli mourir au milieu du carrefour. Le détail est dans le livre « la légende ».

 

Bref mon fils s’en est sortit tant bien que mal, puis il a commencé à rouler; Il m’a alors incité à redémarrer une entreprise. C’est ainsi qu’est née la « SARL SLBS ». SLBS, comme Société Le Brec Sébastien. C’était moi le gérant, mais c’était lui qui apportait les fonds. Et d’ailleurs c’était prévu qu’il devait passer la capacité et prendre la suite lors de ma retraite. Malheureusement il a abandonné le navire en route. Donc restant tout seul, ce n’était plus la peine que je développe l’entreprise, pour ensuite la fermer lors de mon départ en retraite.

Le 05 octobre 2015, j’ai eu un grave accident qui a fait deux morts. Heureusement je n’ai pas fait partie des deux morts, mais j’ai été bien abîmé quand même. Tassement de vertèbres, et des problèmes auditifs entrainant un appareillage aux deux oreilles. Par contre mon camion était mort, ainsi que mon châssis. Finalement au bout de 44 ans de route j’en avais vraiment marre. J’ai réussi à faire reprendre le financement du dernier tracteur, par un autre transporteur et le 17 août 2017, j’ai arrêté définitivement le métier pour aller en retraite.

Figurez vous qu’après toutes les aventures que j’ai vécu dans la vie, je suis bien content d’être arrivé jusqu’à ma retraite: VIVANT.

Mes anciens Carnets de route, cliquez ici

Reflexions :

Je suis rentré, il y a 44 ans maintenant dans le monde des routiers. Au départ, je n’y connaissais rien. J’avais donc signé sans savoir ce qui m’attendais, mais j’en voulais. J’ai tout appris sur le tas. Au début, le métier était dur, mais nous étions heureux. Nous étions respectés par tout le monde, et il y avait une solidarité sans faille. Pour faire ce métier, il fallait avoir la vocation, presque comme les curés, quoi.

Après 5 à 10 ans de route, je me suis aperçu d’un changement de comportement, parmi les routiers qui faisaient du national. Cela devenait le début de la période « ma gueule d’abord, les autres débrouillez vous ». Il restait alors une bonne ambiance parmi ceux qui faisaient l’inter.

Maintenant, 44 ans après, tout est pourri. Mon métier, est devenu un métier banal, pratiqué par des gens qui s’en foutent complètement. La majorité des entreprises de transports sont maintenant dirigées par des « fils à papa », qui n’ont jamais mis les pieds dans un camion, qui ne connaissent rien au transport, si ce n’est que les comptes de fin de mois. Je sais, qu’il y a des bons dirigeants, mais je dois avouer que je suis de l’ancienne génération, et j’ai appris mon métier, dans le plus pur style « marche ou crève ». Ce n’était d’ailleurs plus du tout le même métier qu’aujourd’hui. Les chauffeurs, eux, ne sont pas meilleurs. Fini la vocation, ils travaillent, parce qu’il faut travailler, c’est tout. Le principal pour eux, n’est pas la qualité de leurs prestations, ni la pérennité de leur entreprise, non, la seule chose qui compte maintenant, c’est avoir un maximum d’argent, pour un travail minimum. A titre d’exemple, en Bretagne où il n’y a pas d’autoroutes, mais des voies express, et des nationales, une semi-remorque, ne doit pas dépasser les 80 Km/h. Hors, nous voyons en permanence des camions roulant à 90 / 100, des cars à 110, même des citernes d’essence, qui elles étant limitées à 60 ou 70 roulent allègrement à 90 comme les autres. Les seules qui respectaient la vitesse, étaient celles appartenant aux compagnies pétrolières, maintenant, il n’en n’existe pratiquement plus.

Pour moi, le mot « sécurité » veut bien dire quelque chose. J’estime et je sais que j’ai raison, qu’il vaut mieux dépasser les temps de conduite de 10 ou 20 minutes, tout en respectant la vitesse, que de respecter les temps de conduite et rouler pied au plancher du matin au soir. Cela me paraît évident, mais pas aux fonctionnaires bornés qui ne savent que lire bêtement leurs notes internes.

De plus, au niveau social, si on roule 10 Km/h plus vite que la norme, sur une période de 8 heures, cela fait une heure de travail gratuite donnée à l’entreprise. Sur 20 jours de travail mensuel, cela fait 20 heures gratuites, soit deux jours et demi. Deux jours et demi, c’est le nombre de jours de congés obtenus par mois de travail. Donc en simplifiant l’exposé, nous voyons bien que les congés payés des chauffeurs sont en fait payés par eux même, et non par leur employeur. En périodes de grèves, quand ces messieurs barrent les routes, en gueulant contre les patrons, parce qu’ils sont exploités, cela me fait rire aux éclats. Personne n’est derrière eux, pour appuyer sur la pédale d’accélérateur. Et c’est encore sans compter sur leurs responsabilités en cas d’accidents. Leurs permis sautent et leur emploi aussi.

Il suffit de s’arrêter dans un relais routier, et de les écouter raconter leurs exploits devant les serveuses, qui d’ailleurs n’en n’ont rien à foutre pour la plus part. Ensuite, quand ils sont sur le terrain au devant de difficultés, ces mêmes personnes se font discrètes, et l’expression « rentrer en marche arrière dans le bureau », prend tout son sens, avec des gens comme çà.

Durant ma carrière, j’ai vu passer le PTRA des camions de, 35 tonnes, à 38 tonnes, puis 40 tonnes et maintenant nous en sommes à 44 tonnes. Bon d’accord le matériel a évolué, mais quand même. Ce n’était pas la peine dd nous verbaliser quand on faisait 35,500 tonnes alors que de nos jours nous en sommes loin.

J’ai eu le droit aussi de voir des mecs en contre-sens sur l’autoroute. Dont dernièrement sur la bretelle de sortie du Guilberville (50), et cela en pleine nuit.

Vu aussi sur le périf de Caen (14), lors du dépassement d’un autre poids lourd, à 80 ou 90, un mec en moto qui passe entre les deux camions. Enfin ce n’est pas un mec, c’est un abruti de première, un inconscient.

Quand j’écrivais, que le métier de conducteur routier, était devenu banal. Banal, au point de ne plus m’intéresser du tout. Enfin le métier, si, il m’intéresse, mais ce sont les personnages autour qui ne m’intéressent plus.

Accidents :

l y a eu une évolution certaine du style de conduite des automobilistes. Déjà il y a trente ans, il y avait beaucoup moins de véhicules sur les routes. Cela se passait mieux, même s’il n’y avait pratiquement pas d’autoroutes, ni de voies express. Sur les Volvo de Schambourg, on roulait couramment à 105 Km/h, chose impossible maintenant. Et pour cause, le style actuel de conduite, se rapproche plus de celui que je voyais en Turquie dans le temps. C’est à dire qu’aujourd’hui, on peut voir à longueur de journées, des types qui grillent des feux rouges, des stops. Les lignes continues, on ne connaît pas, les clignotants idem. Les ronds-points, sont plus facile à prendre à contre sens pour tourner à gauche, plutôt que faire les trois quarts du tour. Cela devient de la folie sur la route. Et le Sarkozy, qui nous annonce une diminution des accidents et des morts sur la route. Je n’y crois pas, déjà il est de notoriété publique, que les statistiques sur la délinquance sont bricolées par lui, alors, celles là ne peuvent que l’être aussi.

Et il n’y a rien à y faire, la police et la gendarmerie, on ne les voit plus depuis longtemps sur les routes.

Pourtant, c’est beau la route, le paysage, les voyages, les rencontres.

Je vais vous narrer, les deux plus gros accidents que j’ai vus durant ma carrière. Je commencerais par le deuxième, car au cas où les fidèles lecteurs que vous êtes, auraient l’âme sensible, il vaudrait mieux en ce cas, se passer de lire les lignes se rapportant au premier accident.

Donc nous étions vers la fin des années 80. Je faisais de la ferraille sur l’Espagne, avec mon Iveco. C’était un soir, peu avant Noël, vers les 21H, sur la route nationale entre Nantes et Montaigu. Il faisait nuit. Un peu avant le resto « La Saucisse Volante », une Citroën Visa, me double à très grande vitesse, en pleine côte et sur une ligne continue. Comme il n’y avait pas de circulation, cela c’est passé sans problèmes. Mais comme à chaque fois que je vois cela, j’ai mal au ventre de voir des abrutis comme çà.

Un peu plus loin, après Aigrefeuille, Je vois dans la nuit des feux de détresse. C’était un accident, je m’arrête donc. Mon âne de tout à l’heure, venait de doubler un camion en pleine côte encore. Mais en face, cette fois-ci il y avait eu une autre voiture, une camionnette C25. Ils se sont percutés de plein fouet, à combien ? Peut-être 100 ou 110. Un vrai carnage. Nous étions seuls, le chauffeur de l’autre camion et moi, dans la nuit. Sur l’autre voie, il y avait les deux autres épaves toutes fumantes encore. J’ai été chercher mon extincteur au cas où, et une grosse pile. Dans la voiture qui m’avait doublée, le cow-boy était mort. Son volant était cassé et la colonne de direction était enfoncée dans la tête. Horrible, du sang partout, et de la moelle qui sortait du crâne. Il était heureusement seul dans sa voiture, mais aux places arrières, il y avait des cadeaux de Noël. Sacré Noël pour sa famille. Dans l’autre voiture, idem, une seule personne écrasée dans sa cabine, du sang, des membres désarticulés, mort aussi.

Enfin au bout de longues minutes un car de tourisme arrive. Il s’arrête et voyant la situation, s’arrêtera prévenir les gendarmes dans le village à coté. Plus tard arriveront les pompiers de Montaigu, les gendarmes, les ambulances. Ensuite, ce seront les dépositions, les témoignages, et tout le reste.

Bref vers minuit, je m’en vais quand même. Inutile de dire que je n’avais plus envie de dormir. J’ai donc relié Saint-Genis de Saintonge, mon arrêt habituel entre Saintes et Bordeaux, cela sans avoir aucune envie de dormir, malgré l’heure tardive. Curieusement, là bas, ils étaient déjà au courant de l’accident. Mais c’était à cause de la déviation mise en place, les nouvelles ont été plus vite que moi, avec la CB.

Voilà donc pour cet accident. Attention, maintenant, j’attaque le deuxième et plus coriace.

C’était il y a très longtemps, je roulais à l’époque pour Schambourg. J’étais donc jeune marié. Je revenais d’Allemagne par la Nationale 4, vers Ligny en Barrois. Je ne sais plus en quelles circonstances, je me suis retrouvé en pleine nuit, par temps de brouillard, sur les lieux de cet accident. La situation, se présentait comme ceci.

Un camion qui s’est payé un arbre de plein fouet, sans doute pour éviter une voiture qui devait en doubler une autre. Ce camion était du type « nez long », c’est à dire qu’il avait le moteur devant la cabine. C’était donc le moteur qui avait morflé en premier. Par contre le chauffeur était coincé par les jambes dans sa cabine, mais il était conscient. Donc pour lui, des blessures légères, mais impossible de bouger.

Il y avait aussi une voiture, sans doute, celle qui avait due frotter le camion, car le coté gauche de cette voiture, était carrément arraché. Sur la route, il y avait un homme, le conducteur de la voiture. Un homme sans tête, enfin, si, la tête était à cotée de lui, mais rattachée au corps, avec quelques morceaux de chairs et de peau. Le sang coulait à flot par les artères, il n’y avait plus rien à faire pour lui.

Mais, ce n’est pas encore fini. Je voyais tout cela à la lueur de mes phares et de l’espèce de clair de lune au travers du brouillard. Il était éventré et des boyaux lui sortaient du ventre…Ce n’est pas la peine d’en dire plus, je pense. Quand on voit cela, on ne l’oublie jamais, pour le reste de sa vie. Le gars avait donc été éjecté de sa voiture. Mais il restait dans la voiture, la femme et les deux petits gosses qui avaient dans les cinq ou dix ans.

La femme a été touchée, elle aussi. Comment, Je n’en sais rien, mais je l’ai entendu hurler, pas crier, hurler pendant cinq minutes, puis, elle s’est tue, plus rien. Elle était morte, elle aussi.

Je me suis retrouvé seul, avec les deux enfants. Ils étaient vivants et à priori sains et saufs. Ils avaient vus leurs parents mourir devant eux, dans des souffrances intenables. Que faire et que dire ? Je ne pouvais rien faire d’autre que d’essayer de les consoler. Bien plus tard, les pompiers se sont occupés d’eux. Que sont-ils devenus maintenant ? Je n’en sais rien, mais c’est une bien triste entrée dans la vie pour eux.

Ces choses là, on ne les oublie jamais. Dès qu’une voiture, une moto, un camion, roule avec un comportement accidentogène, j’y repense automatiquement, et j’ai mal partout. Autant dire, que maintenant, c’est à longueur de kilomètres, que cela m’arrive.

Enfin, moi aussi j’y ai eu le droit aux accidents. Durant ma carrière j’ai bousillé trois camions. Le Saviem de la Stouff, sur du verglas. Puis Renault AE, je ne sais pas comment. Et enfin mon Daf tout neuf, à cause de deux vieux qui se sont suicidés.

Ma fille aussi, un accident qui a détruit notre voiture et qui a fait deux morts. Et bien sûr mon fils qui était entre la vie et la mort pendant longtemps, à cause d’un ivrogne qui avait grillé un feu rouge et percuté sa moto.

Mes enfants :

A priori, je n’en ai eu que deux. Céline en 1980, et Sébastien en 1985.

CELINE :

C’était notre premier enfant, une fille. Rien à redire, elle était bien portante et normale. Tant mieux. Par contre, elle est née, huit mois après notre mariage. Pour nous, cela ne changeait rien, mais pour les chefs de la famille Guénégo, à savoir, les deux sœurs Le Corno, c’était un crime de lèse-majesté. Cela voulait dire que Jeanne avait couchée avant son mariage. Mais ceci est une autre histoire. A sa naissance, je roulais pour Schambourg. C’était au retour d’un tour de Danemark, que j’appris la naissance de « Bicou ». J’étais à Pontivy, en compagnie de Le Hir, un jeune qui était à son compte, et qui faisait un tour de Danemark, toutes les semaines avec un F 88. J’ai donc appris que c’était une fille. Dès que j’ai pu, je suis aller la voir à l’hôpital. La suite fut plus classique, les couches, les biberons, etc.….

Du fait de mon métier, c’était Jeanne qui s’occupait principalement de sa fille. De temps en temps, je mettais quand même la main à la pâte, ou plutôt, les mains dans la merde, quand il s’agissait des couches. Pour les mêmes raisons, je ne l’ai pas vu grandir non plus.

Maternelle à Noyal, secondaire à Muzillac, et elle a déjà seize ans. Elle ne voulait pas nous dire quel métier, elle voulait faire. Ce n’était pas grave, un jour viendra, où elle nous le dira d’elle-même. Ne serait-ce que pour faire ses études. Ce fût donc à ma mère, qu’elle s’est confiée. Elle voulait être conducteur routier. Diable, sa mère comptait la voir faire coiffeuse, elle en avait été vexée.

Donc elle a fait ses études à Pont-l’Abbé dans le Finistère. Deux années pour avoir ses permis poids lourds et ses examens. En pension la semaine, elle rentrait le week-end en train. A suivre, elle a fait une année de plus en agent du transport. Cette année là, elle a eu le droit d’avoir un appartement. C’était l’époque où nous, ses parents avions les moyens. Ensuite, elle est partie à l’école du Porteau à Poitiers, où moi-même j’étais, trente années plus tôt. Là bas, elle a fait un Bac Pro transports, en deux années. Puis à cause de mes problèmes avec la justice, elle n’a pas voulue continuer pour faire un BTS Transports. Déjà, sans parler des études, qui sont relativement dures, elle avait eu son accident et les soucis que nous avions lui ont sapés le moral.

Durant sa jeunesse, elle a eu beaucoup de coups de gueule avec sa mère. Un jour, elle a fuguée. Elle devait avoir sept ou huit ans peut-être. Elle avait mis des vêtements dans un sac, puis elle est partie à pied. On l’a retrouvée à la sortie du bourg. Elle partait chez sa grand-mère à Damgan.

Chaque fin de semaine, en rentrant à la maison, je lui apportais un petit quelque chose. Le plus souvent, c’était des Kinders, un œuf en chocolat, avec un cadeau surprise à l’intérieur. On en a eu toute une collection. Lorsque l’on rentrait de promenade le dimanche après-midi, en voyant le camion dans la cour, la réflexion habituelle était: « Tiens, papa, est là, peut-être qu’il a ramené un coco chocolat, on peut allumer la télévision ? ». Comme toutes les petites filles, je pense, elle aimait les jupes et robes volantes. Elle prenait plaisir à tourner sur elle-même pour faire voler les pans du vêtement. Comme sa mère, elle a été majorette à la Jeune France de Noyal. Elle faisait la fière avec sa petite jupette et son bâton.

Un jour où nous faisions le plein d’essence dans une station de Vannes, nous avions décidés de faire laver la voiture aux rouleaux. Donc nous restons dehors tous les quatre, car il me semble que ma mère était avec nous ce jour là. Le fameux « Queue Plate », son nounours, était resté sur la lunette arrière. Tout allait bien jusqu’à ce que le rouleau arrive au niveau de l’arrière de la voiture. C’est à ce moment que Céline s’aperçoit que le Queue plate était resté dans la voiture. Elle a piquée une crise, car elle avait peur pour son Queue plate. Et là, ce n’était pas un caprice.

Un jour, elle a failli se faire estropier, elle aussi, et par sa faute. A Damgan, après être sortie de la voiture, elle a refermée de toutes ses forces la porte du véhicule. Pour ce faire, elle avait une main sur la porte, et la seconde était en appui sur le montant de la voiture, au niveau de la serrure. Ce n’est qu’une fraction de seconde avant l’impact qu’elle l’a enlevée, sans le faire exprès. Ma sœur avait vue cela aussi, mais nous ne pouvions rien faire.

Depuis elle est rentrée en CDD chez les Tps Massicot à Redon. C’était son premier emploi. Je lui ai fait passer son BTS transport, et elle est montée en grade chez Massicot, devenu Be Way maintenant. Elle est devenue exploitante. Au niveau familial, elle s’est mariée et a deux enfants, une fille et un gars. Donc nous sommes maintenant grands parents depuis déjà quelques années.

SEBASTIEN

Viens ensuite le tour de Sébastien. Pour lui, j’ai voulu assister à l’accouchement, et ainsi j’ai pu voir comment cela se passe. Au moment où il est né, j’ai pleuré, je n’ai pas pu me retenir. Pleuré de joie, certainement, mais surtout d’émotion. Car derrière ma carapace, je suis très émotif.

Lui non plus, je ne l’ai pas vu grandir. Quoique de temps en temps, il venait avec moi en camion, en Espagne. Il passait le plus clair de son temps à dormir, et à faire des cabanes avec les couvertures dans la couchette de l’AE.

Quand il était petit, il appelait sa sœur « ya », lui c’était « moné », quant à moi c’était « gros didet ».

Au niveau scolaire, je dois avouer que j’ai été déçu. Il était bien le fils de son père, on ne se casse pas trop la tête, mais on avance toujours plus loin. Il devait avoir environ onze ans, quand j’avais récupéré une vieille mob. un Peugeot 102. Il s’en servait, pour faire le tour de la maison, sur la pelouse, puisqu’il n’avait pas le droit d’aller sur la route avant d’avoir 14 ans. Plusieurs fois il me demandait l’autorisation d’aller sur la route, mais il faut être ferme. « Encore trois ans à attendre, je ne tiendrais jamais ». Ben si mon gars, il va falloir. Maintenant, il a 32 ans, et il en a eu des mobs, des scooters, et des voitures.

Autant sa sœur est du genre intello, que lui s’est plutôt un manuel. Très vite, les moteurs de mobs n’ont plus eu de secrets pour lui. Les montages d’autoradios, de petites lumières et des Klaxons, sur les scooters des copains non plus. A l’âge de onze ans, c’est lui qui était aux commandes de ma grue de vingt cinq tonnes, pour charger la ferraille dans mon camion.

Après son cap de routier à Guer, il a commencé à rouler chez Le Gal à Vannes, sur une poubelle de Scania. lui non plus, ça n’a pas duré longtemps. Il a rallié le STAT à Rennes pour faire du frigo. Souvent des tractions de nuit en viande pendue. Puis il a fini par me convaincre de monter la SARL SLBS. Depuis il en est sorti, et il fait du frigo en grand régional. le frigo et lui, c’est une longue histoire d’amour.

PROJETS

Depuis toujours, j’avais envie de voyager. Quand j’étais jeune et célibataire, j’aurais du le faire. Quoique je n’ai pas à me plaindre de ce coté là. Mais j’aimerais bien faire une traversée des USA, en Harley ou en trike, l’Europe, maintenant, je connais.

Le trike aussi, me manque. Autant la moto ne m’intéresse pratiquement plus, qu’avec le trike, j’avais retrouvé de belles sensations et cela en toute sécurité.

Au point de vue travail, comme je l’ai déjà dit, j’aimerais bien retourner au Moyen Orient, en camion. Le voyage humanitaire en Roumanie, c’était bien, mais il y avait beaucoup mieux à faire. Enfin, cela avait été une soupape de bonheur qui se ré ouvrait pour Jeanne et moi. Avec la guerre en Afghanistan, j’espérais qu’il y aurait eu des voyages humanitaires à faire là bas, mais non, rien, pas de contact, maintenant peut-être en Irak ? Pas sûr, étant donné la tournure des évènements.

Le Maroc, il y a des affaires à faire là bas. Mais maintenant, avec ce qui m’est tombé dessus, je n’ai plus le courage. Quant à faire de la Mauritanie, comme cela était prévu, je crois que c’est définitivement annulé.

Ce qui me désole, c’est que je redevienne un Monsieur tout le monde, avec une vie banale. Il est fort possible que l’on va rester habiter à Noyal, à proximité de la belle-mère jusqu’à sa mort, mais ce n’est pas demain la veille. Nous n’irons pas habiter à Damgan non plus. ma mère est décédée depuis presque deux ans, en décembre 2015. La maison est vendue. Je ne connais pratiquement plus personne là bas. A Noyal non plus je ne connais presque plus personne. je suis seul. Voila ce que c’est que de partir toutes les semaines et de ne passer que le dimanche à la maison sans sortir. C’est tout juste si je connais mes voisins.

Je ne me suis jamais plut à Noyal, et encore moins maintenant. C’est le salon de coiffure qui retient mon épouse ici, et c’est mon épouse qui me retient ici. Moi, je n’ai qu’une hâte, partir, partir.

Maintenant, tout en restant poli, je m’emmerdais dans mon travail, plus de motivation. Au volant de mon camion, j’ai souvent le cafard. Je sens le poids de l’âge, je sens que ma vie se termine. Moi qui rêvait des grands espaces, des déserts, des aventures, j’en ai connu, oui mais, c’est fini maintenant, cela c’est arrêté brutalement. Maintenant, il me faut rentrer dans le rang, vivre normalement comme tout le monde. Il faut penser à ma famille, ma femme, mes enfants et petits enfants. Pourtant il me reste encore tellement de pays à visiter, de projets qui vont tomber à l’eau. Adieu les pistes du Moyen-Orient en camion, les transports sur le Maroc, la Mauritanie. L’aventure est finie. C’est comme un film que l’on regarde et qui se termine. Il faut revenir à la réalité, au train train quotidien.

Je ne reverrais sans doute jamais plus les grandes traversées de désert, en camion, sous le soleil, avec des gerbes de sable ocre qui volent sur les cotés de la remorque. Au frais, dans la cabine climatisée, écoutant un concert de Beethoven ou Aznavour chantant « emmenez-moi ». C’était fantastique et j’étais alors prêt à affronter le monde entier comme cela. Mais il aurait fallu être célibataire pour continuer cette vie là.

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